ZACHARIE

Gn 18, 1-14 ; Lc 1, 5-25

Samedi de la troisième semaine de l'Avent – C

(18 décembre 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

A l'heure de l'offrande de l'encens

V

 

oici que les temps sont accomplis" et saint Luc pour nous faire comprendre ce mystérieux passage entre l'ancien et le nouveau Testament nous propose comme en un diptyque de voir les événements de l'histoire du salut qui ont marqué l'aboutissement de l'ancien ne alliance par la naissance de Jean-Baptiste et d'autre part le début de la nouvelle alliance par la naissance de Jésus dans le sein de la Vierge Marie. Pour ce qui est de Marie, Jésus naît de la Vierge. Il ne naît pas des hommes comme les autres hommes. Il naît dans l'humanité mais c'est une humanité nouvelle qui a une origine virginale, intacte. Pour Jean-Baptiste, il s'agit de l'ancienne Alliance dans ce qu'elle peut avoir de meilleur, de plus fort, de plus vigoureux qui, à ce moment-là se manifeste pour donner celui qui montrera le Sauveur, celui qui annoncera sa venue.

Je voudrais que nous méditions ce mystère de l'ancienne Alliance, du moment même où, se penchant sur l'histoire, nous voyons le dernier moment des temps préparatoires à la venue du Messie. Ce moment, c'est précisément cet épisode que nous venons de lire, lorsque Zacharie, dont le nom veut dire : "Dieu s'est souvenu" - "Dieu tient compte de ses promesses" - "Dieu est fidèle", lorsque Zacharie s'avance dans le Temple c'est un vrai Israélite. Il est de la classe sacerdotale et sa femme Elisabeth est de la descendance d'Aaron. C'est donc une famille sacerdotale de la plus ancienne tradition d'Israël qui vit dans l'attente de la venue du Messie. Et voici que, au milieu du culte du Temple, puisque c'est Zacharie lui-même qui va porter l'offrande de l'encens, au beau milieu de ce culte du Temple, est donnée l'annonce de la naissance de Jean-Baptiste. Et curieusement, dans ce moment de très grande intensité où est annoncée la bonne nouvelle du salut celui qui est "grand parmi les enfants des hommes", celui qui annoncera la venue du Seigneur, celui qui marchera devant Lui, comme son héraut et son précurseur, à ce moment-là surgit encore une pointe de péché et d'incrédulité.

Zacharie ne peut pas croire à ce qui va se passer. Sa femme est stérile et lui est trop âgé. Dans l'Ancien Testament qui pourtant est ce moment qui doit nous préparer à la foi, il y a toujours, pour nous montrer cette ultime fragilité de l'homme, que l'homme ne peut rien vraiment sans la grâce, au moment même où tout va s'accomplir, il y a encore cette fragilité du péché, ce presque rien qui fait que la promesse est incroyable et qui rend les hommes incrédules devant elle parce qu'ils sont encore livrés à leur seul pouvoir humain, ils ne peuvent pas croire que Dieu fera tout cela. Comme Sara avait ri au moment où commençait l'histoire du salut, maintenant Zacharie est incrédule Il ne peut pas croire que les promesses de Dieu soient si grandes. Il ne peut pas même croire qu'il va y prêtre associé.

Et c'est alors que le signe va s'accomplir. Malgré l'incrédulité de Zacharie, malgré la stérilité d'Elisabeth, eux, dans leur vieillesse, donneront la vie à un enfant. Dieu, malgré tout, accomplira la promesse. Et le prodige de Jean-Baptiste c'est qu'il est cet enfant né de la stérilité et surtout il est cet enfant qui aura pour mission d'être la voix qui crie dans le désert, d'être la voix qui annonce la venue du Seigneur et celui qui est la voix est né de celui qui était sans voix, de celui qui avait été rendu muet à cause de son incrédulité, celui qui n'avait pas osé croire aux promesses de Dieu et qui, par conséquent, ne pouvait pas les proclamer. C'est son fils, qui, dans l'obscurité de la foi vétéro-testamentaire, annoncera, proclamera les merveilles que Dieu opère. Il sera la voix.

Par un certain côté de nous-mêmes, nous sommes toujours des hommes de l'ancienne alliance. Chaque fois que Dieu veut opérer en nous des prodiges et des merveilles, nous avons du mal à y croire. Il y a encore en nous cette incrédulité de Sara. Il y a encore en nous cette incrédulité de Zacharie. Pourtant, Dieu accomplira ses merveilles. Et même si, à certains moments nous sommes sans voix, même si à certains moments nous ne pouvons pas parler car nous avons l'impression que ce que Dieu veut nous faire dire ou ce que Dieu veut nous manifester est trop grand pour nous, même si à certains moments la peur nous oblige à nous taire, cependant, sachons que nous avons la vocation de Jean-Baptiste. Nous n'avons pas d'autre rôle au milieu de ce monde que d'être la voix qui crie au milieu d'un monde désertique, d'un monde sans Dieu. Mais même si nous sommes sans voix, c'est le Seigneur qui nous donnera de parler par son Esprit-Saint.

 

AMEN