UN SIGNE DANS L'ESPRIT
Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 39-45
Samedi de la troisième semaine d'Avent – B
(19 décembre 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

Village d'Aïn-Karem
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orsque Dieu vient annoncer aux hommes un évènement qui ne vient pas du cœur ou de la conscience des hommes, toujours Il leur donne un signe. Et si c'est vrai pour chacun d'entre nous, c'est vrai aussi pour la vierge Marie, la mère de Dieu.
Au moment où l'ange est venu lui annoncer qu'elle enfanterait un fils qui serait appelé "Fils de Dieu", elle s'entend dire : "Voici qu'Elisabeth, ta parente, a enfanté dans sa vieillesse, elle en est à son sixième mois, car, rien n'est impossible à Dieu." L'ange annonce à Marie qu'elle sera mère de Dieu et lui donne un signe, la fécondité de sa cousine Élisabeth qui était stérile. Et c'est à la recherche de ce signe que Marie, en hâte, court vers le haut pays de Juda. Et la rencontre d'Élisabeth et de Marie n'est pas d'abord une rencontre d'ordre familial, l'une allant rendre visite à l'autre en bonne politesse. Ce n'est pas non plus une rencontre charitable ou strictement humaine, la première allant aider l'autre dans sa maternité prochaine. C'est une rencontre éminemment spirituelle car il est bien dit : "L'enfant tressaillit de joie dans le sein d'Élisabeth et elle fut remplie de l'Esprit Saint." Le signe de la maternité d'Élisabeth, donné à Marie comme gage de sa propre maternité, c'est un signe dans l'Esprit, dans l'Esprit de Dieu. C'est pour cela qu'il "ne vient pas du cœur ou de la conscience des hommes." Ce signe de l'Esprit se développe dans le cœur de celui qui le reçoit de trois façons.
D'abord c'est une bénédiction de la part de Dieu. Élisabeth s'écrie : "Tu es bénie entre les femmes." Tout signe qui vient de Dieu c'est une bénédiction. C'est un don de Dieu, c'est un cadeau de la bonté de Dieu fait à quelqu'un dans l'Esprit Saint. Et cette bénédiction devient source d'allégresse et de joie, car il est dit que "l'enfant a tressailli de joie dans le sein de sa mère Elisabeth lorsqu'elle a entendu la salutation de Marie !" Cette allégresse est la source, dans le cœur de l'homme cette allégresse de l'Esprit est la source de la béatitude. Car Élisabeth, en une troisième réflexion, s'écrie : "Bienheureuse celle qui a cru." Bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur. Dieu a donc donné à Marie un signe. Et dans la découverte spirituelle de ce signe, elle a compris, au cœur de sa foi, que ce qui lui a été dit, à elle, s'accomplirait. Et que ce qui s'accomplirait en elle deviendrait, pour d'autres, signe de la bénédiction de Dieu, de l'allégresse dans l'Esprit et de la béatitude, pour ceux qui accomplissent la parole qui vient du Seigneur.
L'Église, quelle que soit sa situation terrestre, quelle que soit sa situation sociale ou politique dans les systèmes du monde, l'Église a cru le signe que Dieu lui a envoyé dans la naissance de Jésus à Bethléem. Et c'est de cela, et de cela uniquement, qu'elle doit et qu'elle peut vivre, de rien autre chose. Et nous savons très bien que toute crise, appelée politique, économique ou idéologique est essentiellement, pour les chrétiens et pour l'Église, un évènement d'ordre spirituel. L'Église quelle que soit sa situation est toujours appelée à "partir en hâte vers le haut pays de Juda", à retourner à la source de sa vie qui est cette ville de Juda, Bethléem. Et quelles que soient ses difficultés, quels que soient ses drames, quelle que soit sa Passion, elle est toujours l'Épouse du Cantique des Cantiques qui ne se lasse pas de chanter dans son cœur, quand elle ne peut pas le faire dans le reste de sa vie par manque de liberté : "voici qu'il arrive, mon bien-aimé, mon bien-aimé est semblable à une gazelle, voici qu'il se tient derrière notre mur, voici qu'il me dit viens, ma toute belle, l'hiver est passé."
Frères et sœurs, l'Épouse du Christ, aujourd'hui, est persécutée, est emprisonnée. Elle est réduite au silence extérieur. Mais, parce que nous sommes croyants, quel que soit le signe qui nous est donné, nous croyons fermement, dans l'Esprit, que malgré sa Passion, l'Église tressaille d'allégresse au fond de son cœur, parce qu'elle sait, que son Seigneur vient, parce qu'elle sait qu'elle accomplit la Parole de son Seigneur et que, déjà, elle connaît la béatitude la plus profonde, la seule de l'évangile : "Bienheureux les persécutés pour la volonté de Dieu, car le Royaume des cieux, déjà, leur appartient."
Nous allons prier ensemble pour que l'Église qui est encore libre, c'est-à-dire nous-mêmes, dans notre prière, dans notre affection, et dans notre solidarité avec l'Église emprisonnée, que nous soyons, que nous devenions, dans la foi et dans l'Esprit, le signe visible et intérieur que Dieu n'abandonne pas ceux qui sont aujourd'hui dans les ténèbres. Et nous demanderons que les anges de Dieu, qui vivent au-delà du visible et des frontières, que ces anges de Dieu transportent vers le cœur de l'Église emprisonnée, notre affection, notre prière, notre solidarité pour qu'au cœur même de sa détresse, elle voie là un signe de la présence de Dieu à côté d'elle. Nous prierons pour que la Vierge Marie, comme l'épouse du Cantique, s'en aille, bondissant au-dessus des collines, passant par-dessus les murs élevés par les hommes, qu'elle aille au cœur de la maison de l'Église annoncer qu'un Sauveur va naître encore aujourd'hui pour elle, afin que dans son cœur torturé elle puisse encore aujourd'hui, tressaillir d'allégresse et déjà se réjouir de la béatitude promise à ceux qui croient malgré tout.
Donne à ceux qui sont persécutés, aux malades, à ceux qui ont froid en ce moment, donne un peu de joie à cette fête de Noël.
AMEN