LA VISITATION, FRUIT DE L'ESPRIT SAINT

Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 39-45

Samedi de la troisième semaine de l'Avent – A

(20 décembre 1980)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Visitation

E

 

n ces jours qui précèdent immédiatement la fête de Noël, l'Église nous fait revivre tous les évènements par lesquels la venue de Dieu sur terre a été préparée. Nous avons remonté la suite des générations, depuis Abraham jusqu'à Joseph, nous avons entendu l'ange Gabriel annoncer à Zacharie qu'il aurait un fils qui serait le prédicateur de la joie pour la multitude, celui qui préparerait un peuple à la venue du Messie, nous avons entendu hier, ce même ange Gabriel annoncer à Marie qu'elle serait la Mère de Dieu. Et voici que, aujourd'hui, c'est Marie portant en son sein le Fils de Dieu, qui vient à la rencontre d'Elisabeth, l'épouse de Zacharie, la mère du précurseur, elle-même encore enceinte de cet enfant du miracle de la grâce de Dieu.

Dans ce passage si connu, si souvent médité, si amoureusement ruminé dans notre cœur, je voudrais attirer votre attention sur Celui qui est, en quelque sorte, le chef d'orchestre de tous ces préparatifs, cet Esprit Saint, dont on nous parle à plusieurs reprises, en ces premiers chapitres de saint Luc et de saint Matthieu, où s'annonce la venue imminente de Jésus. L'Esprit Saint qui remplit Elisabeth, l'Esprit Saint qui fait tressaillir de joie Jean-Baptiste dans le sein de sa mère, l'Esprit Saint qui avait recouvert Marie de son ombre pour façonner en elle le Fils de Dieu, la chair du Fils de Dieu, l'Esprit Saint qui va remplir Marie pour qu'elle exulte en chantant le Magnificat. C'est encore l'Esprit Saint qui, après la naissance de Jésus, conduira Siméon au Temple, lui promettant de ne pas goûter la mort avant d'avoir vu le Christ du Seigneur. C'est l'Esprit Saint qui envahira le cœur de Siméon quand il chante le Nunc Dimittis en recevant dans ses bras le Messie de Dieu.

L'Esprit Saint qui a tout organisé de cette venue de Dieu sur la terre. L'Esprit Saint qui est la force vivante de Dieu parce qu'Il est l'amour personnel de Dieu. Et les fruits de l'Esprit Saint, nous les voyons à l'œuvre dans toutes ces scènes que nous relisons et revivons avec amour et avec joie. Il y en a trois qui apparaissent dans cette rencontre de la Visitation.

Tout d'abord c'est la hâte. Marie s'en va en hâte pour rencontrer Elisabeth. L'Esprit Saint nous met debout, nous met en marche. L'Esprit Saint, c'est le dynamisme de Dieu. L'Esprit Saint c'est ce qui nous rend vivant, ce qui nous rend agissant. Etre rempli de l'Esprit Saint, ce n'est pas être passif, rester là, immobile à attendre. C'est une attitude vivante, c'est un désir véhément. Marie s'en va en hâte, comme les bergers dans la nuit de Noël viendront en hâte aussi à la crèche, poussés par la Parole de Dieu.

Le deuxième fruit de l'Esprit, la deuxième conséquence apparente de l'Esprit Saint, c'est la joie. Jean-Baptiste tressaille d'allégresse dans le sein de sa mère et il avait été dit qu'il serait la cause de la joie pour un grand nombre. Et, tout au long de notre Avent, ce cri a retenti sans cesse : "Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, le Seigneur est proche !" Oui, la joie, car être rempli de la présence de l'Esprit de Dieu, être façonné, être modelé intérieurement par cette vie divine dont l'Esprit est l'agent, c'est déborder de cette allégresse, de cette positivité de la vie de Dieu. Il n'y a plus de place pour le repliement sur soi, pour la tristesse, pour je ne sais quel laisser-aller qui nous replierait sur nous-mêmes, qui nous rendrait médiocre et triste.

Et le troisième fruit, c'est la bénédiction, car dès que l'Esprit Saint s'empare d'Elisabeth, elle dit : "Béni sois-tu, toi qui as cru à la Parole de Dieu ! Bénie soit la mère de mon Seigneur qui vient à moi!" Et Zacharie, lui aussi, s'écria : "Béni soit le Seigneur d'Israël car Il a visité son peuple !" Bénédiction signifie littéralement : dire du bien, proclamer le bien. Proclamer le bien de Dieu, car on bénit d'abord Dieu et tous ceux qui sont dans l'orbite de Dieu, tous ceux qui sont proches de Dieu : Marie qui porte Dieu, Jean-Baptiste qui est le précurseur de Dieu, Elisabeth, Zacharie. Tout ce peuple de pauvres qui est là, dans l'attente, le désir de Dieu, la bénédiction l'envahit, le remplit.

En ce temps où nous nous préparons à Noël, non pas parce que le Christ ne sera pas venu, mais parce que nous ne cessons de vivre de cette venue qui se répercute indéfiniment dans les siècles, laissons-nous guider par l'Esprit, laissons-nous "hâter" par l'Esprit, soyons dans l'allégresse, dans la joie, et que notre parole soit parole de bénédiction, cette parole qui rend bon de la bonté de Dieu tous ceux à qui elle s'adresse, tous ceux vers qui elle s'avance. Que notre parole soit une parole qui construit, une parole qui édifie, une parole qui rend la joie, une parole qui rend vivants tous ceux qui nous approchent.

 

AMEN