LA PAROLE EXULTANTE
Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 46-56
Samedi de la troisième semaine de l'Avent
(20 décembre 2003)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Pleyben : calvaire de l'enclos paroissial
La visitation
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uand les mots d'une confidence intime deviennent des mots que tout le monde peut reprendre, des mots qui véhiculent ainsi une sorte d'attente qui est en chacun de nous, dont Marie aurait fait une expérience ultime et totale, c'est cela la visitation. Elle n'est pour rien dans un choix, dans une exultation qui la remplit non seulement la remplit, mais cette exultation, cette présence comble et transforme son être. L'avènement du Verbe, l'avènement du Fils de Dieu, ce qui révolutionne et donne naissance au christianisme, le fait que Dieu descende, prenne chair, soit confondu avec les hommes (c'est cela "le Verbe s'est fait chair"), est précédé par ces phrases de femmes qui de femme en femme se transmettent, se confient l'émerveillement de la vie, et pas seulement de la vie humaine, comme les femmes qui ont des enfants le savent, mais aussi la vie au-delà de cette vie humaine, ce quelque chose d'autre qui dépasse, qui traverse, qui n'efface pas mais qui traverse et transforme les choses, comme s'il y avait des événements dans la vie qui n'effacent pas le tragique, le drame ou la douleur qui sont en nous, mais qui donne une couleur plus intense.
Ces phrases du début de l'évangile de Luc sont des phrases du cœur, que ces femmes se sont dites l'une à l'autre, aucune voisine ne pouvait l'entendre, pourtant, ce sont des phrases qui résonnent en chacun de nos cœurs, en chacun de nos corps, puisque nous aussi, nous portons quelque part une transformation future. En recevant la Parole de Dieu, en l'écoutant, puis en la mangeant, nous nous destinons à être transformés. Quand Elisabeth dit que quelque chose a bougé en elle, comme une femme qui sent que son enfant a bougé, elle le dit, et elle parle au nom de tous les hommes.
Notre vie humaine s'apprête, comme on s'apprête à un festin, à une rencontre, notre vie humaine se prépare à cette rencontre, à cette transformation. Les jours de nos promenades quotidiennes de la vie terrestre passent par des ravins, par des vallées bien sombres. A d'autres moments, ce sont les collines plus verdoyantes, plus ensoleillées qui vont avec le paysage de la rencontre, au fond, nous allons quelque part. Nous y allons, avec ce frémissement de la vie vers ce printemps divin, vers cet accouchement. Il est certain que ceux qui nous ont quitté vivent avant nous, bien que ce terme n'ait plus de sens puisqu'ils sont entrés dans l'éternité, mais ils vivent avant nous cette rencontre totale, cette transformation de part en part, la manière dont Dieu de façon fulgurante accomplit ce qu'il avait commencé en chacun de nous. Ces mots de Marie sont les mots de l'accomplissement, sont les mots du début et de la fin. Ils réconcilient l'homme non plus dans cette marche chaotique qui est la sienne, avec ses jours et ses nuits qui ont pu faire croire que rien ne s'arrêterait, que tout s'endormirait, que tout est désespoir, mais qu'au fond, il y a un travail de la sève, de la grâce de Dieu qui vient irriguer de manière secrète notre vie humaine, pour l'amener là où elle doit être, dans le soleil de Dieu, dans l'ardeur de l'amour.
Quand nous célébrons, c'est pour nous approcher au plus près de ce mystère que chacun de nous porte comme un espoir que l'on n'ose pas s'avouer. Etre aimé au point d'être rempli de l'autre, être aimé au point d'être rempli de Dieu. C'est la fenêtre de la foi, car c'est comme une fenêtre. Par la fenêtre de la foi, on aperçoit déjà ce que Dieu fait. Et j'aime que ce Magnificat que nous avons entendu ait été inauguré par la figure d'Abraham. La marche a commencé, il y a bien longtemps. Abraham, c'est celui qui dit : je te suis. Et Marie ferme la marche, cette marche qui a commencé si humblement, et elle la ferme parce qu'elle porte en elle, elle clôture et elle couronne l'ensemble attirant à elle tous les autres hommes qui vont suivre derrière elle, parce qu'elle porte le Verbe, la totalité de Dieu.
Maintenant, rien n'échappe à la manière dont Dieu va venir nous remplir, nous sauver, nous aimer, même si notre vie humaine, nous ne pourrons l'apercevoir que furtivement. Mais il y en a une qui s'est ouverte totalement corps et âme, celle qui s'est ouverte à Elisabeth et qui nous a confié cette prière, prière du début, prière de la fin, prière de la présence de Dieu, de l'invincibilité de Dieu pour nos vies humaines.
AMEN