"SI TU DÉCHIRAIS LES CIEUX !"
Is 63, 15 – 64, 3
(22 décembre 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Saint Denis : Elisabeth et Zacharie
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rères et sœurs, nous sommes d'incorrigibles optimistes. Nous sommes dans une société et une civilisation dans laquelle nous croyons que nous allons du "moins" vers le "plus". Nous pensons que l'avenir est devant nous, qu'il sera pavé de bonnes intentions et de fleurs, nous pensons que le mieux est toujours devant nous et pas derrière nous. Nous avons beau savoir que les sciences n'ont pas allégé le cœur de l'homme et que l'homme a encore mieux utilisé la technique pour tuer son semblable; il n'en reste pas moins que nous pensons que le mieux est devant nous.
Il n'en a pas toujours été ainsi. Dans l'Antiquité, c'est exactement l'inverse. L'avenir est à l'origine, et je ne sais pas si vous avez fait attention au texte d'Isaïe, mais il est question d'Abraham, d'Israël, autrement dit de Jacob, et il est question aussi du fait que le peuple a joui de son héritage bien peu de temps à l'origine. Nous sommes donc dans un monde où le temps est par définition la décadence, la déperdition de l'énergie et cela vient du fait que nous nous éloignons de notre point d'origine.
Quand on écoute l'évangile, on retrouve la même idée. Il est important que le patrimoine de la famille puisse se transmettre de père en fils, par le prénom. Zacharie s'appelait ainsi, et il est évident que son fils tant attendu et espéré à un tel point que les parents pensaient ne plus pouvoir avoir d'enfant, il est donc normal que cet enfant s'appelle Zacharie comme son père. Or nous avons dans les deux cas, à la fois dans la conception des modernes et la conception des anciens, nous avons là une appréhension plate du temps. Dans un cas, le bien, l'extraordinaire, le fantastique, le point de référence est toujours dans le passé. Vous connaissez la rengaine de certaines personnes qui vous disent toujours : avant, c'était bien mieux ! Et dans l'autre sens, vous avez ceux qui se réfugient dans l'avenir et qui osent espérer que malgré la bombe atomique et tout le reste, l'homme va inéluctablement vers le progrès et vers sa perfection.
Je crois que ce qui est très intéressant, c'est la fin du petit passage d'Isaïe que nous avons entendu, que nous chantons sur tous les tons depuis plusieurs jours, et tant mieux : "Si tu déchirais les cieux". Avec cette prière des croyants, nous accédons à une autre dimension du temps. Dans ce cas, il n'est pas question du temps plat où l'on se réfugie soit au point d'origine, soit dans un point d'arrivée, mais nous arrivons à une lecture verticale de l'histoire. Autrement dit, ce qui meut l'humanité, ce ne sont plus des références à des principes comme : maintenant on sait bien que tous les jeunes sont mal élevés, etc… mais vous savez, déjà les anciens, au troisième siècle avant Jésus-Christ on lisait dans des textes que les jeunes ne laissaient pas les anciens s'asseoir. La lecture verticale, c'est de découvrir que la lecture n'est ni dans un point d'origine ni dans un point d'action, mais qu'il est dans la venue maintenant de Dieu.
Vraiment, cette conception verticale des cieux qui se déchirent et qui mettent en contact intime et étroit le ciel et la terre. Je ne reprendrai pas d'ailleurs ce que le Frère Daniel a dit il y a quelques jours, pour l'annonce de Gabriel, quand il disait qu'effectivement c'était la célébration de cette communion intime entre deux mondes qui jusque là ne communiquaient pas, Nous arrivons à un monde qui est usé et nous pensons nous réfugier soit dans le passé, soit dans le futur. Cette prière d'Israël dans le livre d'Isaïe et cette prise en main d'Élisabeth qui dit : non, mon fils ne s'appellera pas Zacharie mais Jean, c'est la même chose. Quand Élisabeth dit que son fils va s'appeler Jean, que dit-elle ? Elle dit que la présence de Dieu ne s'établit pas uniquement par rapport à une référence passée, Zacharie "Dieu se souvient", et l'on récite la généalogie depuis les pères jusqu'à maintenant, mais la venue de Dieu se fait à travers la grâce que Dieu donne même quand l'homme l'oublie. C'est cela l'humour de Dieu, Dieu donne un enfant qui va s'appeler Jean, à un couple qui ne pensait plus avoir la possibilité d'être parents.
C'est une méditation qui est très importante pour nous dans cette célébration de Noël. Ce n'est pas une vague commémoraison ou commémoration, comme vous voulez, d'un monsieur qui serait né le 25 décembre (il n'est pas né le 25 décembre), mais qui serait né il y a 2007 ans plus ou moins, mais il s'agit quand on fête Noël, effectivement de se mettre en condition que les cieux s'ouvrent et que nous puissions véritablement recevoir cette grâce que Dieu veut nous donner.
Je crois frères et soeurs que nous sommes tous un peu Zacharie, et un peu Élisabeth, nous sommes tous un peu vieux dans le sens où nous pensons tous que nos points de référence sont soit uniquement dans le passé, soit uniquement dans le futur. Que la venue du Sauveur dans notre monde usé, soit pour nous l'occasion de découvrir que le Sauveur vient dans notre cœur usé pourvu que nous puissions mettre sur nos lèvres cette prière d'Israël, de ceux qui attendent le Seigneur : "Viens déchirer nos cieux".
AMEN