L'ENFANT OUVRE NOTRE AVENIR
Ml 3, 1- 4 + 23 - 24
(21 décembre 2002)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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implement cette petite réflexion pour nous préparer à Noël à la lumière de la fin du texte de Malachie que nous avons entendu tout à l'heure. "Je vais envoyer Élie le prophète, il ramènera le cœur des pères vers leurs fils, et le cœur des fils vers leur père". Le premier membre de phrase est clair : "Ramener le cœur des fils vers leur père", c'est tout simplement l'éducation traditionnelle, que ce soit dans le monde juif, ou dans le monde païen. Eduquer un enfant c'est l'enraciner dans une histoire, dans un passé, dans les richesses d'une culture, d'une tradition. Donc, "tourner le cœur des fils vers leur père" c'est simplement faire prendre conscience à un enfant, de cette humanité qu'il a en germe mais à laquelle il ne peut parvenir que par le détour de l'éducation, des modèles, des références que lui donnent ses parents. Dans toutes les sociétés anciennes c'est là une chose fondamentale, évidente, c'est la condition minimale de la survie.
Ce qui est étonnant c'est que cette phrase de Malachie implique comme autre perspective l'inverse : "tourner le cœur des pères vers leur fils". Avouons que même encore aujourd'hui, c'est beaucoup plus difficile. C'est très difficile malgré le sentiment un peu primaire qu'on a que lorsqu'il y a une naissance on fait beaucoup attention au bébé, on se préoccupe beaucoup de lui. Oui, mais l'idée d'accepter que cet enfant porte l'avenir, et que non seulement lui reçoive de notre histoire, de notre rôle d'éducateurs ou de parents, mais que les parents et les éducateurs doivent recevoir de l'histoire de l'enfant, c'est beaucoup plus difficile : accepter que ce soit l'enfant qui ouvre un avenir au monde des adultes.
Je crois que c'est une bonne manière de nous préparer à Noël. C'est pour cela qu'on fait des crèches, et c'est pour cela qu'on est toujours émerveillés. C'est parce que c'est le phénomène de la naissance. En fait, on n'a jamais dit aussi bien Noël que dans cette simple phrase du prophète Isaïe : "Un enfant nous est né !" Quand un enfant naît, c'est une nouvelle histoire qui commence, c'est un nouvel avenir qui s'ouvre, et cet avenir n'est pas simplement pour lui, l'enfant, mais il est aussi pour nous. Quand Jean-Baptiste naît c'est pour préparer le cœur d'un "peuple qui soit bien disposé", c'est pour ouvrir le peuple à un avenir. Que ce peuple y réponde plus ou moins, c'est autre chose, mais la raison d'être de la naissance c'était bien cela. Et quand le Christ naît au jour de Noël, c'est pour ouvrir toute l'humanité de la plus ancienne, de la plus antique à la plus récente et à la plus contemporaine, à cet avenir qui est l'avenir de l'Église, le Royaume de Dieu.
Cela doit nous aider à modifier un peu notre vision des choses. Il n'y a pas d'un côté les valeurs comme la sagesse, la mesure, la prudence, toutes les qualités qui seraient du côté des vieux, et les jeunes ne seraient que des jeunes chiens qui n'ont rien à apprendre, tout juste bons à être domestiqués. Mais c'est précisément cette réciprocité entre le don et la transmission des valeurs de la part des parents, des pères aux enfants, qui doit générer et s'alimenter elle-même cette transmission, du fait que les enfants transmettent, portent l'avenir non seulement pour eux, mais pour nous aussi. Le plus vrai de tout, c'est effectivement cet Enfant de Bethléem quand Il naît, c'est Lui qui porte notre avenir, et c'est pour cela que nous devons tourner notre cœur vers Lui.
AMEN