LA VISITE DE DIEU A L'INTIME DE NOUS-MÊMES
Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 39-45
Jeudi de la troisième semaine de l'Avent – B
(19 décembre 2002)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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a visitation : deux femmes se saluent. Mais plus que deux femmes, il s'agit en fait de la visitation du Seigneur, d'un Dieu qui, parce qu'il a toujours voulu être proche des hommes et de chacun des hommes, visite son peuple. On le sait déjà dans l'Écriture, et Marie comme Élisabeth l'ont certainement souvent médité, d'un Dieu qui est le Dieu du peuple, le Dieu au milieu de son peuple, le Dieu qui sait conduire son peuple, le Dieu qui fait "passer" son peuple. Oui, les visites de Dieu, sa proximité, sont certainement encore dans la mémoire dans le cœur de ces deux femmes.
Mais il est important certainement de manifester ici que cette visite de Dieu ne se passe pas de l'extérieur vers un peuple auquel il se manifesterait, mais de l'intérieur même de deux personnes, de l'intérieur même de l'humanité. On se souvient bien sûr que dans les religions antiques la manière de manifester un peu de liens avec le dieu qui protégeait la cité, pour effacer cette indicible distance qui semblait séparer les hommes de leur dieu, on avait inventé des processions, des "visitations", le terme est parfois employé, de la statue du dieu au milieu d'une foule rassemblée pour le voir, au moins une fois par an, à travers le signe d'une idole, d'un bout de bois sculpté et paré. Et là, tout se faisait comme d'habitude dans la religion, il y avait le dieu et les hommes, les hommes adorant étant comme les esclaves des dieux, et cette divinité acceptant de protéger cette humanité, cette cité ou cette personne. Pour les bienfaits donnés, donnant-donnant !
Mais cette visitation que nous célébrons aujourd'hui n'est pas du tout du même ordre. Il ne s'agit pas d'un Dieu lointain ou extérieur. Il ne s'agit pas d'un Dieu qui n'a rien à voir avec ce que je suis ou avec ma vie, mais c'est en fait le Dieu qui se dit et se révèle dans le plus quotidien, dans le plus intime de ce que je suis. Deux femmes enceintes auraient pu simplement se parler de leurs bébés, peut-être se jalouser, en tout cas se replier sur leur propre grossesse, être tellement pleines de l'enfant qu'elles portent, qu'elles seraient même pleines d'elles-mêmes. Or là, c'est tout différent. Ce sont des femmes pleines de la rencontre, pleines de la visite, pleines du don de Dieu : ce que Dieu leur a donné, c'est pour elles et pour les autres. La joie et le secret de cette visitation c'est le partage de ce qu'elles portent, c'est la reconnaissance de ce qu'elles sont. "Tu es bénie entre toutes les femmes". Élisabeth reconnaît la bénédiction du Seigneur, la bénédiction que porte cette humble femme, Marie. "Tous les âges te diront bienheureuse". Elle reconnaît la grâce et le don faits à cette simple femme. Le mystère de la visitation nous ouvre, à nous, une réflexion sur notre propre manière d'être à Dieu, ou d'être en Dieu. Comment se fait-il qu'encore trop souvent nous abordions Dieu comme s'Il était extérieur à nous, comme s'Il était un étranger à notre vie quotidienne, comme si l'Incarnation avait été vaine parce que nous le traitons comme un Dieu qui aurait simplement besoin d'un petit peu de ce qu'on peut Lui donner pour qu'Il nous donne plus. C'est défigurer ce que Dieu a voulu être et vivre au milieu de son peuple.
Je prends un exemple tout simple qui pourrait nous servir dans notre célébration. Combien de fois encore, des gens qui viennent juste de recevoir le Corps du Christ, s'en vont-ils prier devant le Saint-Sacrement ? Cela rime à quoi puisqu'on a Dieu en soi ? On l'a déjà par le baptême, on est visité par Lui depuis qu'il nous a faits enfants de Dieu, nous sommes temples de son Esprit Saint, mais visitons nos frères, saluons-les et reconnaissons en eux la bénédiction et les bienfaits de Dieu ? Le Saint-Sacrement n'en a pas besoin pour lui-même ! Oui, nous sommes appelés à ne plus vivre Dieu comme de l'extérieur, mais comme le plus intime de nous-mêmes, pour notre propre grâce et pour celle des autres.
AMEN