MOURIR EN VIVANT !
Jn 8, 31-40 +51-58
Vigiles du deuxième dimanche d'Avent – B
(5 décembre 1999)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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eux qui gardent ma parole, ils ne verront jamais la mort." Pour allier le passé le présent et l'avenir, un écrivain anglais disait : "Puissé-je être vivant lorsque je mourrai."
S'il il y a une chose qui réunit les ancêtres de ceux qui attendent que le ciel se déchire c'est qu'ils ont pris conscience que quelque chose les atteindrait avant qu'ils ne meurent. Quelque chose de l'ordre delà mort et qui les faisait mourir avant de mourir, quelque chose de cette mort préalable, spirituelle qui gâchait, qui troublait la vie que Dieu leur avait promise, et c'est donc cette première mort, cette mort sournoise, anonyme, qu'ils ont appelé "péché". Ils ont pris conscience et c'est cela qu'ils ont découvert, et qui fait le peuple de ceux qui nous précèdent, le peuple de ceux qui cherchent Dieu, ils ont pris conscience que cette mort avait un lien, avait quelque chose à voir avec la relation avec Dieu.
C'est pourquoi dans le texte d'évangile ne sont pas de la race d'Abraham, ceux sortes de gens, il y a ceux qui de par le sang sont de sa race, mais ceux qui sont réellement de la race d'Abraham, comme le nouvel Israël, tel que Jésus vient l'accomplir, ce sont ceux qui découvrent que la mort a touché, a abîmé, a entravé la relation avec Dieu.
Le péché, c'est d'abord cela, cette sorte de prise de conscience comme Abraham qui prend conscience que la stérilité de sa femme que leur stérilité de couple s'oppose à la promesse divine, et avoir des enfants aussi nombreux que les étoiles dans le ciel et que les grains de sable de la mer. Comme Moïse qui découvre que la servitude de ses frères en Egypte est une injure au juif qu'il est, qu'il a oublié, et qu'il redevient. Et toutes ces prises de conscience des uns et des autres, des patriarches, puis des prophètes qui vont crier, de Jean-Baptiste qui va définitivement parachever ce cri, c'est la relation, c'est dans l'homme que naît quelque chose qui s'appelle déjà la mort et qui s'oppose à Dieu qui lui, ne peut pas être la mort.
Ainsi, en prenant la suite de nos ancêtres, de ceux qui nous ont précédés sur le chemin de Dieu, sur le chemin de celui qui vit "celui qui garde ma parole ne verra jamais la mort", c'est-à-dire celui qui me reconnaît comme cette Parole de Vie envoyée de Dieu, qui dès maintenant, dès ma vie va atteindre la mort qui voudrait me faire trébucher, me faire douter et me détourner de la promesse que Dieu me fait.
Ces ancêtres, ce peuple immense que nous connaissons, et de ceux qui se sont ajoutés, de ceux qui s'ajoutent encore, ce sont tous ceux qui luttent encore contre la mort dans leur vie, pour que leur vie soit vivante pour qu'elle se reçoive de Dieu, et qu'elle ne supporte pas ce qui pourrait y abîmer la créature et la relation qu'il pourrait avoir avec Dieu.
En quelque sorte, ces veilleurs, ces marcheurs, ces contempleurs, (pour rester dans le même registre) ces hommes, ces femmes, et de la race d'Abraham et pas forcément toujours de cette même race, mais animés par un certain désir de vaincre la mort ont finalement joint leur voix et fait entendre à Dieu non pas qu'ils l'attendaient, non pas que Dieu attendaient qu'ils le supplient, mais ils ont joint leur désir et ont attendu que le Fils vienne pour que le Fils plante la victoire de la vie au cœur de leur vie pour que leur vie soit vivante, et qu'au jour de la mort, ils reçoivent pleinement la Vie.
AMEN