LA GÉNÉALOGIE DE JÉSUS
1 S 16, 1-13 b ; Jn 8, 31-40+51-58
Vigiles du deuxième dimanche d'Avent – C
(8 décembre 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

La Ferrière : Arbre de Jessé
|
D |
ans la généalogie de Jésus telle que nous la rapporte saint Luc, Jésus fils de Dieu est en même temps présenté comme le fils des hommes. Remontant de génération en génération jusqu'à David, jusqu'à Abraham, jusqu'à Adam, cette généalogie se termine par ces mots : "Fils de Seth, fils d'Adam, fils de Dieu." C'est à cette généalogie que faisait allusion le "répons" que nous avons chanté tout à l'heure.
Ainsi Jésus est fils de Dieu selon une double ascendance. Fils de Dieu dans la gloire, Fils de Dieu par identité de nature, Fils de Dieu par la génération éternelle, Verbe du Père Lui qui, au commencement, était auprès de Dieu et qui était Dieu, Jésus est aussi fils de Dieu à travers les méandres et les longs déroulements des générations humaines qui remontent de patriarches et de rois jusqu'à l'origine même d'Adam sorti des mains de Dieu.
C'est de cette manière que Jésus tout à la fois accomplit la Promesse faite aux Père faite aux patriarches, cette promesse faite à Abraham, la promesse faite à David, et en même temps qu'il l'accomplit, Il est Celui-là même qui a donné cette promesse à Abraham, à David et avant eux à Adam Lui-même. Jésus, le Verbe du Père, est Celui-là même qui se promenait à la brise du soir dans le jardin du paradis et qui, après le péché d'Adam, a promis que la descendance de la femme écraserait la tête du serpent. Et en même temps Jésus est cette descendance de la femme, cette descendance de Marie qui, par sa victoire, par sa Pâque, a effectivement écrasé la tête du serpent quand le serpent l'a blessé au talon au moment où Il est mort crucifié par le péché et le mal du monde.
Le Verbe de Dieu c'est Celui qui rendait visite à Abraham sous une figure humaine. Et Abraham s'est prosterné devant Lui, pressentant en cette figure humaine celle de son Seigneur. Et le Verbe a promis à Abraham qu'il aurait un enfant, l'enfant qui transformerai le rire de doute de Sara, ce rire un peu désespéré d'Abraham et de Sara, en un sourire de Dieu, selon le sens même du nom d'Isaac, l'enfant du rire de Dieu. Et en même temps, au-delà d'Isaac, le même Verbe du Père était aussi l'Isaac véritable qui, après bien des génération donnerait à Abraham cette descendance nombreuse comme les étoiles du ciel ou le sable de la mer. Et quand Abraham montait sur le mont Moriah pour offrir en sacrifice son fils Isaac et le recevoir comme ressuscité des mains de Dieu, c'était en figure de cet ultime Isaac que serait Jésus, le Sauveur. Et c'est à bon droit que Jésus, descendant d'Abraham par toute la suite des patriarches et des rois, c'est à bon droit que Jésus peut dire : "Avant qu'Abraham fût, Je suis !"
Jésus, le Verbe du Père, est aussi celui qui promettait à David, par la bouche du prophète Nathan, que cette onction qu'il avait reçue au milieu de ses frères, cette onction qui faisait de lui le Christ de Dieu, le Messie de Dieu puisque c'est le sens même du mot Messie, Christ, Oint de Dieu, cette onction qu'il avait reçue rejaillirait sur ses descendants et non seulement sur ses descendants immédiats, Salomon et la suite des rois qui se perdraient dans le péché et la destruction de Jérusalem et la déportation à Babylone, mais surtout cet ultime descendant, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, le Messie, l'Oint par excellence et le même Verbe de Dieu qui promettait cela à David serait cet Oint, ce Messie, ce Christ de David. "Hosanna au fils de David !" crieront les enfants au jour des Rameaux, les enfants qui le reconnaissent pour ce qu'Il est. Et David, pensant à ce descendant sorti de sa chair, à travers la chair de tant et tant de générations et la chair de Marie, David pourra dire : "Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Siège à ma droite !" pressentant ainsi que ce descendant serait son Seigneur, serait son Dieu.
Ainsi la présence du Verbe encercle en quelque sorte de toutes parts l'histoire de l'Ancien Testament, l'histoire des patriarches et des prophètes. Elle enserre de toute part l'histoire des hommes. Le Verbe de Dieu, le Christ est à la fois avant l'histoire et à la fin de l'histoire ? dans la plénitude des temps. Et Il est présent tout au long de cette histoire comme s'Il la façonnait de ses mains, pas à pas, parole par parole, promesse par promesse. Et Il est Lui-même cet élan qui traverse toute l'histoire des hommes et qui la conduit du cœur de Dieu d'où elle a jailli jusqu'au cœur de Dieu ou cette histoire des hommes s'accomplira et trouvera son repos.
C'est le sens de ce temps de l'Avent où nous évoquons tous ces patriarches, tous ces prophètes, tous ces Pères de notre foi, tous ceux qui ont patiemment attendu, préparé cette révélation qui dans sa plénitude nous a été donnée. Le sens de cette attente, c'est d'être conduits par Dieu vers Dieu, par le Verbe vers le Verbe, d'être enserrés de toute part par cette présence de Dieu qui se fait de plus en plus proche, dont la sollicitude est de plus en plus intime et profonde jusqu'à ce que, après avoir promis, Il vienne en personne habite cette histoire des hommes, prendre pied dans cette histoire des hommes, ensemencer notre temps avec son éternité.
Héritiers de la foi de nos Pères, héritiers de l'espérance de nos Pères, remplis désormais par la plénitude des temps qui nous a été donnée dans le Christ Jésus, nous devons avec tous ceux qui nous ont précédés, rendre gloire à Dieu, Dieu qui vient, Dieu qui ne cesse de venir, Dieu qui est déjà venu et qui reviendra, Dieu qui sans cesse vient à notre rencontre pour remplir de plus en plus notre vie et notre humanité de sa présence, de sa grâce, de son salut.
AMEN