VIENS, SEIGNEUR JÉSUS, NOUS T'ATTENDONS

Ba 5, 1-9 ; Ph 1, 4-6 + 8-11 ; Lc 3, 1-6
Deuxième dimanche de l’Avent – année C (8 décembre 2024)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

« Et toute chair verra le salut de Dieu ».

Toute chair, dans la Bible, dans l'Ancien Testament et dans le Nouveau, signifie tout humain doué d'un corps, avec ses faiblesses et ses fragilités, « toute chair verra le salut de Dieu ».

Aujourd'hui, cette parole de Luc qui cite le prophète Isaïe, est particulièrement opportune : elle nous invite à vivre au futur, avec toutes ses ambiguïtés. La plupart du temps, le futur est ce dont on rêve, ce que l’on veut et quand ce n’est pas comme on veut on n’est pas content, d'où l’évident mécontentement généralisé en France, plus qu'ailleurs encore. Mais surtout, « toute chair verra le salut de Dieu », c'est ouvrir à un avenir tel qu'il vient. Nous avons un très bel exemple de la manière dont nous devons aujourd'hui dans l'actualité, accueillir ce que Dieu nous propose, ce vers quoi Dieu nous tourne.

En effet, vous l'avez remarqué frères et sœurs, cet événement de la re-consécration de l'autel de Notre-Dame est tout à fait extraordinaire, non pas pour ce que vous imaginez, la splendeur et la beauté du monument, tout cela, on en avait un peu l'habitude. Maintenant, on est encore plus ébloui… Mais surtout, c'est qu’attendre, ouvrir son cœur à l'avenir, c'est tout simplement se rendre présent à ce qui vient.

Or, reconnaissons que ce qui vient, ce n’est pas toujours ce que l’on attend. On a supplié ce cher pape François de venir consacrer l'autel à Notre-Dame et il n’est pas venu. On attendait et on désirait vraiment, le peuple – pas uniquement Monsieur Macron comme la presse a essayé de le dire – attendait la venue du pape. On attendait François et c'est Donald qui est venu. Frères et sœurs, je crois qu'il faut vraiment réfléchir là-dessus. On attendait François, c'est Donald qui est venu... Nous avions pour ainsi dire formaté l'avenir. On s'était dit, l'avenir doit être comme ceci, comme cela, eh bien pas du tout. Non seulement celui que l’on voulait, que l’on espérait, et je dis bien le peuple français espérait, n’est pas venu mais celui dont on a dit pis que pendre depuis un an – je dois d'ailleurs vous dire que j'en faisais un peu partie – celui qui paraissait le plus fou, le plus désordonné, qu'a-t-il fait ? Il a agi comme un pape, il a même fait mieux qu'un pape ! Pourquoi ?

Quand Jean-Paul II a failli être tué par une balle, il est allé lui-même à Fatima. Il n’est pas allé à Paris qu’il Paris, mais il est allé déposer la balle qui aurait pu le tuer au pied de la Vierge Marie à Fatima. C'était un geste sympathique, c'était de la reconnaissance. Eh bien je pense – mais je ne suis pas dans la tête de Trump ! – qu’en venant, Donald – appelons-le par son prénom parce qu’il veut des relations simples – est venu non pas pour déposer la balle, mais il a fait le même geste. Il s'est dit : « Voilà un endroit où tout le monde va se rassembler pour reconnaître la beauté et la grandeur de la foi, de la vie chrétienne qui dure déjà depuis des siècles, je ne veux pas déposer une balle, mais je veux être là. Je veux être là avec tout un peuple pour remercier. » Alors je sais ce que vous pensez, il y a des arrière-pensées politiques. Bon, gardons-les pour nous. Mais ce qui est quand même très intéressant et je me permets de le souligner, c'est que premièrement il a fait une prophétie. Ah ! Vous ne l'avez pas lue ? Eh bien, voici la prophétie – il ne l'a pas dite à Notre-Dame mais à l'Élysée : « Il semble bien que le monde devienne de plus en plus fou ».

Il a dit cela. Je dois dire que c'est un connaisseur en matière de folie. Pour qu'il dise une chose pareille, c'est qu'il doit y avoir quand même du vrai dans « le monde devient de plus en plus fou ». Il a fait le prophète comme il arrivait parfois que le grand prêtre fasse les prophéties. « Le monde devient de plus en plus fou… » C'est quand même extraordinaire qu'il ait dit cela au moment où il venait à Paris pour rencontrer tout un parterre d'autorités, de princes, de rois, de présidents. Je ne sais pas s'il a pensé à lui ? On ne peut pas l'exclure, mais en tout cas, c’était très vrai. Puis il est allé tout simplement avec cette cravate dorée, il a posé un acte tout simple, il s'est assis au milieu de l'assemblée, avec tous ceux qui étaient là, qui à mon avis n’avaient peut-être pas la même simplicité ou la même spontanéité. S’il avait voulu faire américain, il serait venu avec une batte de baseball ou une canne de golf, mais là, il nous a fait la grâce d'avoir une élégance quasi française. Une sagesse, une simplicité de participer, au premier rang certes, mais tout simplement, à la prière de tous ceux qui étaient là ce jour-là. J'ajouterai même, ça vaut la peine d'être noté, qu’à Notre-Dame, il a assisté à un office de vêpres. Ça fait quarante ans qu’on célèbre les vêpres tous les jours dans cette église, on n’y voit presque personne. À Notre-Dame, on célèbre les vêpres une fois, tout le monde y est, même Trump. À réfléchir.

Frères et sœurs, c'est quand même un événement. Je pense que c'est la première fois qu'un président américain assistait aux vêpres à Notre-Dame. Cet homme nous montre que toutes nos prévisions, tout ce que l’on attend, tout ce que l’on voudrait voir se réaliser, ce n’est pas la peine de vouloir les imposer, ni à Dieu ni aux autres. Je trouve très bien qu'il ait eu le culot de répondre tout de suite : allez, j'y vais. 

Et de ce point de vue-là, en contrepoint, je suis désolé, c'est tout de même un peu dommage, alors que de nombreux papes sont déjà venus à Notre-Dame de Paris, surtout à l'époque moderne, pourquoi manquait-il le pape ? Ce n'est pas Monsieur Macron qui voulait le pape, c'est nous qui voulions que ce magnifique témoignage de la foi chrétienne qui existe depuis huit, pratiquement dix siècles même, puisse être fêté avec le pasteur de tous les humains. Je sais bien, il fallait s'occuper des nouveaux cardinaux. Mais si le peuple de Paris vaut bien une messe, cela valait bien un déplacement du pape. Attendre ne va pas de soi… 

Ce n’est pas nécessaire de vouloir préparer l’attente. D'ailleurs que signifie le texte que nous avons lu : « Préparez les chemins du Seigneur, toute montagne ou colline sera abaissée » ? Ça veut dire que le monde attend parce qu'il est en face de l'exigence de soulever des montagnes. Ce que je trouve extraordinaire dans le geste qui était célébré hier et ce matin à Paris, c'est que les gens qui se sont rassemblés sont évidemment des élites, ceux que l’on déteste parce que l’on n'est pas dans les élites… Discours connu, jaloux et ravageur du Français moyen. Mais cela n'empêche qu’il y avait toute une assemblée avec les princes, des malades, des gens qui n’étaient pas très bien habillés, qui n’avaient pas les mêmes couturiers que Macron et Donald. Tous ces gens-là étaient là. C’est cela une cathédrale, c'est une maison qui accueille tout le monde, même le pape.

Alors, la première chose est donc de savoir qu’aujourd'hui, attendre, c’est s'attendre à tout. Et si on fête Noël en ayant déjà tout prévu, soyons attentifs aux surprises que ce Noël nous apportera. Il y en a une notamment, toute petite surprise, qui est peut-être une fausse surprise, c'est que quand Donald est arrivé, il a rencontré Emmanuel. Et comme vous savez, Emmanuel, c'est « Dieu avec nous ». Il a rencontré Emmanuel et il a rencontré Zelenski, qui est quand même le chef de l'État le plus violenté du monde actuellement, avec aussi d'une certaine façon, mais d'une toute autre manière, les Palestiniens.

Donc vous le voyez frères et sœurs, il s'est passé quelque chose, on ne sait pas si ça donnera quelque chose, mais si vraiment on ne veut pas voir cela, est-ce qu’on verra la venue de Dieu ?

Frères et sœurs, je crois que nous sommes confrontés – il faut s'y faire – dans la période actuelle, à un temps dans lequel nous serons sans doute bouleversés. Il y aura sans doute des moments très difficiles à passer. C'est cela l’attente, s'attendre à tout, c'est-à-dire ne se laisser démonter par rien.

Frères et sœurs, je crois que c'est très important aujourd'hui pour nous, pour la génération qui vient, je dis cela particulièrement aux parents des enfants qui sont rassemblés aujourd'hui parmi nous, et il faut que nous puissions avoir cette attitude. C'est facile de dire : l'espérance, tout va bien, Dieu va tout arranger. Mais c'est une échappatoire. La vérité, c'est que Dieu nous demande d'être là, attentifs, et d'ouvrir les yeux et de voir ce qui se passe et de voir comment la prière peut avoir son rôle public, même si les têtes que vous voyez à la télévision n'étaient pas de votre goût, c'était tout le monde. Qui vous dit que dans une assemblée comme celle-là, il n’y a pas des gens qui se convertissent ? Après tout, ce n’est pas le privilège de Claudel avec son pilier devant Notre-Dame.

C'est cela qu'il faut aujourd'hui : nous sommes appelés à vivre véritablement cette entrée dans un monde nouveau qui, d'une certaine façon, doit nous interroger sur le sens même de la façon dont chacun d'entre nous se prépare à l'avenir. Et là, il n'y a pas de solution, il n'y a pas de procédé tout fait. Et je pense que ceux-là même qui ont des responsabilités pour faire des projets – je pense que Donald va s'en apercevoir assez vite – se rendent compte qu’ils n'arrivent pas à gérer comme ils voulaient.

Demandons au Seigneur aujourd'hui que dans ce temps de l'Avent, le temps de la venue, le Dieu qui vient, pas le Dieu que l’on a fabriqué avant, le Dieu qui vient et qui ne correspond généralement jamais à ce que nous avons prévu d'avance, que nous sachions redire en toute vérité cette prière très simple qui est au cœur de tout l’Avent : « Viens, Seigneur Jésus ».