REVÊTONS LE VÊTEMENT DE LA GLOIRE DE DIEU
Ba 5, 1-9 ; Ph 1, 4-6 + 8-11 ; Lc 3, 1-6
Deuxième dimanche de l'Avent – année C (5 décembre 2021)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS
« Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de gloire et de beauté de Dieu pour toujours, enveloppe-toi du manteau de la justice de Dieu.»
Frères et sœurs
, dimanche dernier nous contemplions une œuvre de Fra Angelico qui est toujours là, derrière moi. Je vous disais que cette œuvre nous faisait voir la rencontre du monde de l'Ange avec la Vierge Marie, – notez que c'est l'Ange qui s'incline devant une créature humaine – et constituait une des premières dimensions de notre célébration de l'Avent. C'est le temps de la patience, le temps que vit une femme lorsqu'elle conçoit un enfant et qu'elle le porte pendant des mois en son sein. C’est une patience tout à fait spécifique à laquelle la femme est soumise parce que c'est déjà le petit qui commande et fait comme il veut.
Aujourd'hui, changement de décor car nous avons la chance d'avoir une deuxième œuvre créée pour la circonstance : c'est la manière dont la façade de l'église est illuminée. L'artiste est un homme extrêmement reconnu mais surtout très simple, très modeste et plein d'humour. Il a accepté de faire pour la façade, avec d'autres créateurs de "mappings", – excusez le néologisme anglais –, cette espèce de rideau de lumière qui tombe sur la façade avec un rythme de musique et surtout un rythme visuel de présence, une présence animée, qui n'est pas simplement une projection comme en peinture, d'un état, d'une situation ou même comme une photographie. Là, au contraire, l'idée est une sorte de mouvement presque insaisissable, impalpable tellement il est léger puisqu'il n'y a même plus la matière picturale. On ne peut pas dire que c'est une toile et c'est cela qui m'invite à vous exhorter à trouver la même attitude spirituelle que celle qui est évoquée dans cette œuvre.
Que se passe-t-il ? Cela parle et coïncide parfaitement avec le texte que nous venons d'entendre. « Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la beauté de la gloire de Dieu. » L'art qui est en cause dans
cette figuration lumineuse sur la façade de notre église est précisément quelque chose d’impalpable. Cela n'est que de la lumière – il n'y a même plus de pigments –, de la lumière déclinée sur tous les tons et toutes les formes, à la fois des filets, des points, des taches cosmiques qui se déploient sur la façade. C'est véritablement une présence purement lumineuse sur le mur de la façade de notre église. Si vous en avez le loisir et si vous arrivez à vaincre le froid, en remontant un peu la rue Cardinale, vous verrez comment cette façade est littéralement revêtue. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : cette interprétation esthétique de la construction géométrique de la façade fait que le monument de pierre, qui est immobilité, fixité, solidité par excellence, est tout à coup visité par un mouvement de lumière. Et c'est un peu, je crois, ce qu'est le vêtement de la gloire de Dieu.
Nous sommes de la terre, nous sommes des terriens et nous essayons, même si ce n'est pas toujours facile, de résister solidement à tout ce qui peut d'une façon ou d'une autre rendre difficile ou fragile notre existence. Mais en même temps, nous sommes habités, revêtus par des vêtements. Je suis extrêmement touché par cela. Qu'est-ce que le vêtement ? Evidemment, comme nous sommes des hommes modernes habitués aux données fonctionnelles de la vie et de l'existence, les vêtements c'est ce qui nous protège du froid.
Mais qu’est-ce encore que le vêtement ? C'est aussi une maison. D'ailleurs, il y en a parmi nous qui sont emmitouflés de plusieurs couches isolantes pour pouvoir résister à ce froid qui nous environne. C'est une maison dans laquelle il n'y a pas de fixité, une maison qui bouge tout le temps, qui change, qui est sans cesse dans une sorte d'inventivité, d'invention. Comment vais-je trouver ma place aujourd'hui dans tel ou tel mom
ent de cette vie de la famille, pour un repas de fête, pour accueillir des amis ? Le vêtement est la maison parfaitement adaptée – c'est pour cela d'ailleurs qu'on a tellement travaillé sur la question des tissus depuis des siècles – à la mobilité et à la souplesse du corps. Nous sommes loin de toutes les formules avec des cerceaux, des arceaux censés magnifier le corps féminin surtout. Là, finies les crinolines, enfin la souplesse du vêtement qui épouse le corps et le met en valeur. Non pas d'abord dans un souci de monstration, mais dans un souci de reconnaître que nous sommes aussi dans notre corps, habillés, revêtus de ce mouvement. À ce moment-là, le vêtement que nous portons n'est pas du matériau lourd ; plus il est léger, plus il est fin, plus il peut être porté en général avec élégance et bonheur. Je sais bien que pour les messieurs la cravate reste parfois de rigueur mais cela n'est pas nécessairement le meilleur vêtement de la gloire de Dieu. De toute façon, c'est mieux que le col romain, parce que pour vous scier la pomme d'Adam, il n'y a rien de tel ! Le vêtement, c'est la souplesse même de mon être, de la masculinité ou de la féminité, qui est là et qui prend des formes diverses selon les mouvements du corps, s'y adaptant le mieux possible etc.
Or c'est précisément cette image-là que Dieu prend pour dire la joie de Jérusalem : « Mets ta plus belle robe » et cette robe est tellement souple, tellement légère, tellement joyeuse qu'elle va épouser tous tes mouvements de marche et de danse à la rencontre de Dieu. Évidemment, on ne peut pas dire que l'on prêche souvent sur ce sujet-là dans l'Église. Et c'est très regrettable parce que c'est vrai que quand on est revêtu de la lumière et de la gloire de Dieu, le vêtement finit par faire partie de la personne dans sa corporéité, dans ce qui peut parfois paraître quelque chose de lourd à porter à cause de la souffrance d'un lumbago ou de l'arthrite. Mais il n'empêche que le corps reprend alors cette espèce de légèreté, de bonheur d'être là, pour s'avancer à la rencontre de quelqu'un et lui apparaître dans cette présence. C'est ce qui se passe jusqu'au 24 décembre sur notre façade. La façade de l'église et son clocher qui habituellement nous paraissent comme la fixité par excellence, prennent tout à coup une sorte de lumière, de légèreté, de mouvement de danse dans toutes les figures géométriques qui les décorent, ce qui leur donne vérité, mouvement, beauté et souplesse.
Frère
s et sœurs, il faut que cette deuxième semaine de l'Avent soit comme pour les mannequins le "catwalk", cette espèce de déplacement tout à fait étrange et très étudié, très cultivé mais qui met en valeur le vêtement et la personne qui le porte. Cela peut paraître bizarre de vous le dire comme ça mais je le pense vraiment, notre vêtement c'est Dieu. Notre vêtement est cette espèce de chatoiement permanent de la grâce de Dieu et de la tendresse de Dieu dans nos vies et parfois même le secours de la force de Dieu dans les moments où cela est plus difficile.
Alors frères et sœurs, quand vous aurez quelques minutes, le soir évidemment, vous pourrez passer dans la rue Cardinale et regarder de près ou de loin et repenser à cette manière dont il faut que nous revêtions tous la gloire de Dieu, un peu comme la façade de Saint-Jean-de-Malte nous y invite pendant ce temps de l'Avent.