L'ÉGLISE, SIGNAL POUR LES PEUPLES
Is 11, 10-16 ; Jn 1, 19-28
Samedi de la première semaine de l'Avent – C
(9 décembre 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ela a très mal commencé ! Quelles têtes de mules ces prêtres et ces lévites, qui posent ces questions à saint Jean-Baptiste, menant une véritable enquête : que dis-tu ? que fais-tu ? qui es-tu ? que dis-tu de toi-même ? Ce genre de questions qui font plus penser à un interrogatoire qu'à un intérêt pour la personne. Prêtres et lévites n'auraient jamais dû poser ce genre de questions, ils devaient savoir ! Normalement, les signes parlent d'eux-mêmes. Justement, ils ne reconnaissent pas les signes.
Vous l'avez remarqué, saint Jean-Baptiste ne dit pas : je suis Jean, dit le baptiste, fils de Zacharie et d'Élisabeth, né à Aïn Karim, etc … Non, il dit : "Je suis une voix qui crie dans le désert : préparez les chemins du Seigneur". Je suis une voix : je ne suis rien par moi-même, je ne suis que par la Parole proclamée, que par le Verbe qui devient chair. "Quelqu'un se tient au milieu de vous que vous ne connaissez pas". Je suis la voix, c'est-à-dire, je suis le signe que la Parole se fait chair, qu'elle est en actes, et qu'elle est présente au milieu de vous.
C'est exactement la même chose que nous trouvons dans cet oracle du prophète Isaïe, au chapitre onzième, et qui commence par cette phrase : "Ce jour-là, la racine de Jessé qui se dresse comme un signal pour les peuples sera recherchée par les nations et sa demeure sera glorieuse". Dans la premier paragraphe de la Constitution dogmatique sur l'Église, Lumen Gentium, c'est exactement ce verset-là que les Pères du Concile ont choisi pour parler de l'Église : signal levé parmi les nations, non pas pour décrire une histoire glorieuse de l'Église, non pas pour faire son apologie, de ses ors, de ses richesses, de sa puissance ou de sa gloire, il n'en était pas question, mais simplement pour dire ce qu'était l'Église comme Jean-Baptiste : une voix, un signe. L'Église ne se prend pas pour la Parole elle-même, ni pour le Christ lui-même, elle n'est que la servante comme Jean-Baptiste qui doit préparer les chemins du Seigneur.
C'est cette vocation-là qui est inscrite au cœur du baptême de chacun d'entre nous. Comme le dit Jésus, "vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre", pour donner du goût, pour faire signe que cette lumière, celle du Christ ressuscité va resplendir et écraser toutes ténèbres. C'est la vocation même du chrétien.
Peut-être que cela devrait pouvoir nous aider à resituer la manière dont nous sommes missionnaires. Sommes-nous missionnaires pour imposer un programme pré-établi, même si ce programme a pour nom Jésus-Christ, ou bien sommes-nous les serviteurs de l'Esprit Saint qui déjà éclaire et réchauffe le cœur de ceux que nous sommes amenés à rencontrer ? Sommes-nous au service de l'amour et de l'Esprit Saint qui déjà est dans le cœur de ceux qui sont appelés un jour à venir vers ce signal levé qui aujourd'hui est l'Église ?
Cela pose aussi pour nous la question de la manière dont nous servons l'Église, et non pas la manière dont nous servons "de" l'Église pour réaliser certaines choses qui n'ont rien à voir avec l'évangile. L'Église n'est pas un parti, elle n'est pas une institution qui servirait es idéologies ou mes idées pour telle ou telle réalité, mais je suis au service de cette Église pour l'aider à être un signal, et seulement un signal, c'est-à-dire rappeler à toutes les nations qu'il y a un Seigneur, il y a un Dieu qui a voulu être proche de nous, et qui ensuite, en inscrivant sa vie dans la vie des hommes, nous laisse les signes de sa présence et nous appelle tous à vivre, qui que nous soyons, hommes de toutes races, peuples langues et nations, dans la communion entre nous, comme dans la communion avec Lui.
C'est d'ailleurs le sens même de l'eucharistie qui n'est pas faite que pour les "bons chrétiens", il faut d'ailleurs parfois se méfier de ceux qui se disent bon chrétiens, mais qui est faite pour que la multitude comme nous l'avons entendu dernièrement, soit nourrie, remplie de cette vie. Dieu ne vient pas pour quelques-uns, Il vient pour tous, et pour atteindre tout le monde, il passe par le signe de la particularité, celle de l'Église, celle de notre baptême.
AMEN