JEAN, LE PLUS GRAND DES PROPHÈTES

Is 30, 19-26 ; Jn 1, 6-8+15

Samedi de la première semaine d'Avent – A

(5 décembre 1998)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

e temps de l'Avent est tout rempli de la pré­sence de Jean-Baptiste, de cette voix qui s'élève et qui annonce la venue du Seigneur, mais le passage que nous avons entendu aujourd'hui est tout à fait particulier, vous l'avez peut-être re­connu, il est extrait du prologue même de saint Jean.

C'est au cœur de cette première page de l'évangile, où saint Jean nous entraîne dans le mystère de l'éternité et de la Trinité de Dieu, où il nous dit qu'au commencement, le Verbe était près de Dieu, ce même Verbe qui s'est fait chair, qui est venu nous visiter pour que nous aussi nous devenions enfants de Dieu, c'est au cœur de cette page dans laquelle la plus grande profondeur de notre foi nous est dévoilée : Dieu personne ne l'a jamais vu, mais le Fils, le Verbe, qui est dans le sein du Père, nous l'a révélé, c'est donc au cœur de cette page qu'apparaît Jean. Non plus si j'ose dire comme un personnage historique seulement, avec le côté anecdotique de son apparition : Jean dans le désert, Jean, vêtu de peau de chameau, Jean qui se nourrit de sauterelles, Jean qui proclame la conver­sion, même pas Jean qui prêche un baptême de repen­tir, mais Jean confronté à cette lumière du Verbe de Dieu.

On vient de dire que le Verbe était la Vie, que la Vie a lui dans les ténèbres, que les ténèbres n'ont pas pu la saisir, l'étreindre, ni étouffer cette lumière. Et voilà que là apparaît un envoyé de Dieu, Jean, pour témoigner de la lumière.

Le rôle de Jean va prendre une ampleur cos­mique, une ampleur non seulement aux dimensions de l'histoire, mais de l'éternité, Jean est celui qui apporte le témoignage de la lumière au milieu d'un monde de ténèbres.

Il n'était pas lumière, il n'était que le témoin de la lumière, mais à lui appartenait de rendre ce té­moignage, de dire aux hommes qui sont dans la nuit, qui cherchent à tâtons, désespérément, un sens pour leur vie, pour leur avancée dans ce monde, aux hom­mes qui sont dans la souffrance, qui sont dans la peine, dans l'épreuve, aux hommes qui sont de tous côtés assaillis par le Malin, par toutes les forces hos­tiles qui les déchirent, à tous ces hommes qui, par-dessus le marché, ne vont pas savoir accueillir l'espé­rance, car la lumière va briller dans le monde et le monde ne saura pas la recevoir, à tous ces hommes nés dans la souffrance, ou de mauvaise volonté, nés dans le péché et l'épreuve, voilà que Jean apparaît comme celui qui affirme qu'il y a au milieu des ténè­bres celui qui est la lumière

Il dit : je ne suis pas la lumière, mais je vous annonce la lumière, car quelqu'un que vous ne connaissez pas, quelqu'un dont vous n'avez même pas le pressentiment, vient, il arrive derrière moi, et il est plus ancien que moi, il était là avant moi, il était avant toutes choses, il était au commencement avant la création du ciel et de la terre, il était de toute éternité auprès de Dieu, avec Dieu, il est Dieu, et celui-là qui vient derrière moi, qui était avant moi et qui est plus grand que moi, il passe devant moi et il va apporter un sens, une lumière à nos ténèbres.

Il va faire de nous des enfants de Dieu, il est d'ailleurs l'Enfant bien-aimé, Fils unique de Dieu, et se faisant notre frère, il va nous prendre avec lui, pour que nous entrions dans ce mystère éternel d'amour du Père et du Fils, et ce Dieu que nous n'avons jamais vu, car nous sommes dans les ténèbres, nous sommes au ras de la terre, nous rampons, nous sommes en quel­que sorte à la surface de notre vie et de notre monde, ce Dieu donc, que nous n'avons jamais vu nulle part et dont nous ne savons plus au fond s'il existe vraiment, lui qui nous connaît, il nous le révèle, il nous le dé­voile, il nous le manifeste, il nous fait entrer dans son mystère. Jean est celui qui déchire les ténèbres pour que nous puissions voir la lumière.

Frères et sœurs, il y a dans notre vie un mo­ment où ainsi l'oppression des ténèbres, l'oppression du doute, de l'ignorance, du manque de foi, du péché, de l'épreuve, de la souffrance, il y a un moment où cette oppression est comme déchirée par un éclair, une révélation, un moment de grâce, nous ne savons pas toujours saisir cet instant, car il est quelquefois imperceptible, mais c'est l'instant de Jean-Baptiste au cœur de notre vie.

Il faut que nous essayons d'être attentifs, à ce moment où la grâce se fait proche de nous, où Dieu s'adresse à voix basse au fond de notre cœur, pour nous prendre dans ses bras et nous dire son amour, il faut que nous sachions nous mettre à l'école de cette voix de Jean-Baptiste, pour que puisse se transformer notre vie de ténèbres, en une vie où la lumière appa­raît et un jour rendre grâces pour cette lumière.

 

 

AMEN