ES-TU CELUI QUI DOIT VENIR ?
Isaïe 11, 10-16, Luc 7, 18-23
Samedi de la première semaine d'Avent - B
(5 décembre 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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s-Tu Celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?" Cette parole devrait nous paraître surprenante. Jean-Baptiste n'est-il pas celui qui avait été envoyé, choisi dès le sein de sa mère, pour arriver au cœur du peuple et proclamer la venue du Messie, le désigner et dire : "Voici l'Agneau de Dieu ! Voici Celui qui enlève le péché du monde !" Jean-Baptiste devrait être celui qui s'y connaît le mieux en affaire de désignation du Messie, car c'est sa vocation, sa raison d'être. Or, quand il est en prison, il pose la question : "Es-Tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?"
C'est pour nous un grand enseignement. Voilà ce que cela veut dire. Jean-Baptiste est prophète. Et le prophète est celui qui a reçu de Dieu la capacité de dire ou de discerner la présence de Dieu ou l'accomplissement du dessein de Dieu. Le prophète est toujours celui qui, à la différence de ses contemporains, ne voit pas les choses à la surface de l'histoire, à la surface de son déroulement au jour le jour, mais qui discerne les moments opportuns, les moments choisis par Dieu pour intervenir Lui-même. Or Jean-Baptiste était choisi pour cela. C'était même le plus grand des prophètes puisque le moment qu'il devait désigner était celui où Dieu interviendrait personnellement dans notre histoire.
Mais le prophète ne trouve pas sa certitude en lui-même. Il ne trouve même pas sa certitude dans le témoignage prophétique. La prophétie ne se suffit pas à elle-même. Si nous devions croire au Christ simplement à cause des prophéties, cela serait insuffisant. Pour le prophète lui-même, il`faut qu'à un moment ou l'autre, il reçoive de la part de Dieu la certitude même de ce qu'il était appelé à proclamer. En demandant : "Es-Tu Celui qui doit venir ?" Jean-Baptiste ne fait que résumer toute l'attente des prophètes. Israël et les grands prophètes d'Israël ont attendu le Seigneur. Ils ont vu qu'à un moment ou l'autre de l'histoire, Dieu devait s'introduire dans cette histoire, y prendre chair, y prendre corps. Mais voilà, tant que Dieu Lui-même n'a pas donné sa réponse, la prophétie reste un appel, elle reste même, d'une certaine manière, une sorte d'incertitude. "Es-Tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?"
Pour nous aussi, frères, nous vivons la plupart du temps dans la même situation que Jean-Baptiste. Nous avons besoin de ce qui s'appelle la foi, la foi qui n'est pas d'abord une sorte de manière de nous rassurer, de nous donner des certitudes, de nous bâtir une conception religieuse du monde. Mais nous avons besoin, dans notre prière, de la façon la plus pauvre et la plus dépouillée, de nous retourner sans cesse vers le Christ et de lui poser simplement la question : "Es-Tu Celui qui doit venir ?" ne serait-ce que pour lui montrer les limites et les incertitudes de notre cœur, de notre attente et de notre désir.
Et alors, bienheureux serons-nous si nous entendons la parole dans toute sa vérité, comme Jésus Lui-même l'a annoncée à Jean-Baptiste : "Les pauvres sont évangélisés, les sourds entendent, les aveugles reçoivent le don de la vue." C'est l'histoire même de notre propre existence. Nous aussi, qui sommes incapables de marcher, voici que Dieu nous met sur le chemin du salut, nous aussi, qui sommes incapables de voir, Voici que Dieu nous ouvre les yeux par la grâce de l'illumination et du baptême, nous qui n'entendions plus rien, voici que Dieu fait retentir sa Parole. C'est là la racine profonde de notre certitude. Elle ne vient pas de nous, elle vient de Dieu. Et au cœur même de certains doutes, de certaines interrogations, de certaines hésitations de notre vie, plus profond que cela même, il y a toujours cette parole du Seigneur : "Allez dire à Jean ce que vous avez vu et entendu."
AMEN