ES-TU CELUI QUI DOIT VENIR ?

Is 6, 1-13 ; Lc 7, 18-23

Samedi de la première semaine d'Avent – B

(5 décembre 1981)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Air du vanneur en Samarie
 

J

 

ean-Baptiste est le dernier des prophètes. Il avait été formé à l'école des prophètes et en particulier d'Isaïe, et il situait sa propre mission dans le droit fil de ses prédécesseurs. Nous entendions tout à l'heure Isaïe nous faire le récit de sa vocation prophétique devant l'infinie majesté de Dieu entouré des séraphins. Dieu qui vient purifier avec un charbon ardent les lèvres du prophète pour l'envoyer proclamer la destruction du péché et l'épreuve qui allait s'abattre sur Jérusalem. Et la prédication de Jean annonçant le Messie se situait dans cette ligne même d'Israël : "Déjà le Messie est proche. Il a pris la pelle à vanner et Il va nettoyer son aire, Il va jeter la bale dans le feu."

Or, voici que Jésus arrive et ne détruit pas le péché, le Christ ne condamne pas les pécheurs, ne débarrasse pas la surface de la terre de tous les méchants qui l'entourent. Le Christ vient dans la douceur et apparemment les puissances du mal, les puissances du péché continuent à régner et à triompher sur la terre. Jean-Baptiste en est troublé d'autant plus qu'il voit autour de lui sa mission s'achever, ses propres disciples le quitter pour suivre le Christ et lui-même va être emprisonné. Lui-même va voir les puissances du mal se déchaîner contre lui en la personne d'Hérode, ce pécheur public dont il a justement condamné le péché. Dans son épreuve Jean-Baptiste est atteint par le doute sur sa propre mission : "Ne me suis-je pas trompé ? Ai-je vraiment annoncé le Christ qui vient ? Le Messie est-il celui que j'ai annoncé". Du fond de sa prison Jean est ainsi saisi d'une sorte d'angoisse sur tout le sens de sa vie et de sa vocation.

Et c'est vers Jésus que Jean se tourne. Il n'a pas d'autre recours que le Christ Lui-même. Il Lui envoie ses disciples pour demander la lumière : "Es-Tu Celui qui doit venir ? Dis nous quel est ce secret de Dieu que tu portes dans ton cœur" ? Alors Jésus manifeste aux disciples de Jean, le Dieu qui vient sur la terre et qui est un Dieu de compassion, un Messie qui sauve, un Messie qui apporte la santé, qui apporte la joie la lumière : "Les aveugles voient, les boiteux marchent, les morts ressuscitent". La vie l'emporte sur la mort. Les puissances du mal ont le champ libre, apparemment elles se déchaînent, en réalité leur empire est déjà miné de l'intérieur car l'amour de Dieu rayonne et sauve les hommes, les redresse les relève et leur donne la vie.

Nous sommes nous aussi quelquefois atteints par l'épreuve, par la déréliction. Il nous arrive comme à Jean-Baptiste d'être saisis par l'angoisse et l'inquiétude, par les soucis ou le déchaînement du mal. Et parfois avec l'épreuve vient aussi le doute et le doute sur le sens de notre propre vie sur le sens de ce que Dieu a voulu faire en nous créant et en nous situant comme nous le sommes. Il faut, dans ces moments de doute, non pas douter de Dieu, mais nous tourner, comme Jean-Baptiste vers le Christ et Lui demander la lumière, de mettre en notre nuit la lumière que Lui seul peut apporter. Et alors le Christ nous manifestera qu'à travers les épreuves, la déréliction, le déchaînement apparent des forces du mal, déjà la vie véritable est en marche, déjà l'amour et la miséricorde de Dieu sont à l'œuvre. Il fera apparaître à nos yeux émerveillés tous ces germes de résurrection qui sont déjà à l'œuvre, tous ceux dont les yeux s'ouvrent, tous ceux dont les membres fatigués retrouvent vigueur, tous ceux qui, aux portes de la mort, retrouvent la vraie vie.

Le doute est une épreuve que nous devons traverser mais le Christ seul peut nous donner la lumière, peut nous manifester sa vérité et sa miséricorde.

 

AMEN