LA QUESTION
Isaïe 26, 1-6 ; Luc 7, 18-23
Samedi de la première semaine de l'Avent
(6 décembre 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT

Brienne : Jean-Baptiste
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I |
l arrive que l'Écriture bégaie, comme dans cet évangile où l'on a deux fois cette question : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" Et Jean-Baptiste envoie deux de ses disciples pour répéter fidèlement la consigne, pour aller vraiment s'enquérir de la nature de ce personnage. Deux de ses disciples, comme Jésus enverra ses disciples deux par deux, parce que quand l'annonce est importante, il faut être deux, mais quand la question est importante, il faut être deux aussi. L'Écriture bégaie, mais elle nous renvoie à une sorte de triple question qui est celle que chacun de nous se pose : "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" Cette question c'est comme un caillou lancé sur un étang et qui fait des ricochets, qui est lancé par Jean-Baptiste et qui rebondit jusqu'à cet Avent. L'Avent, c'est cette question qui est posée : "Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ?" La foi est en quelque sorte la certitude des choses qu'on espère, la foi elle est tendue vers l'espérance, la foi est une question, la foi est quelque chose qui est comme une brèche, comme quelque chose d'incomplet qui appelle une réponse. La foi ne pourrait jamais être repliement sur ma finitude, sur ce que je suis, sur mes limites, mais la foi, elle est une question, comme nous l'avons chanté dans le psaume : "Redressez-vous et relevez la tête". Si je devais vivre renfermé sur mes pauvres certitudes, si je devais vivre enfermé sur les deux ou trois choses que je sais, si j'ai réponse à tout, alors je n'aurai pas le courage de me redresser : "Redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche".
Et la question demeure, c'est la question d'un homme debout, c'est la question de l'homme qui demande: est-ce que c'est toi, ou est-ce que nous devons en attendre un autre ? Si je suis simplement replié sur l'instant, je n'ai pas le courage de voir un avenir, si je n'attends rien, je ne pourrai jamais poser la question. Si j'ai mes réponses, si j'ai déjà ces quelques choses auxquelles je tiens et qui me suffisent amplement, si le jour de la saint Nicolas, j'ai déjà rempli ma hotte avec ces petites choses qui habillent ma vie, pour que ma vie ait assez de consistance pour les traîner pendant cinquante, soixante ans, non, la foi ce n'est pas cela.
La foi c'est une question, c'est une brèche, c'est l'attente de quelqu'un. Jean-Baptiste ne se trompe pas, il ne demande pas à saint Nicolas telle ou telle chose. Jean-Baptiste ne se trompe pas, il attend quelqu'un. Il est comme ce creux, ce vide, cet espace par lequel passe toute l'attente d'Israël, par lequel passe tout le mystère d'Israël qui est une immense question face à celui qui doit venir. Israël continue à poser la question, Israël continue aussi à rebondir sur cette question de Jean-Baptiste. Et nous, nous sommes là, confrontés aussi quelquefois à la disparition de quelqu'un qui avait encore plein de choses à nous apporter, à la disparition de quelqu'un qui avait une question à poser. Maintenant qu'elle a les réponses, demandons les uns pour les autres, pour chacun d'entre nous, demandons de rester fixés dans cette question, demandons de rester fixés dans cette attente, demandons de garder l'attitude de l'Avent pour une vie entière.
AMEN