JEAN-BAPTISTE ET JEAN DAMASCÈNE

Is 6, 1-13

(4 décembre 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

F

rères et sœurs, la promesse de Dieu s'adresse progressivement à tout notre être et à nos sens. Les premiers mots qu'un petit enfant d'Israël entendait de la bouche de ses parents c'était la prière traditionnelle : "Ecoute, Israël !" La première réalité de notre être qui doit s'éveiller au mystère de Dieu, ce sont nos oreilles. Il faut que nous entendions, que nous écoutions non seulement dans ce sens banal d'écouter comme on écoute les informations, mais dans ce sens profond qu'il a dans la tradition d'Israël, qui est d'écouter, c'est-à-dire de se laisser envahir et investir de la parole de Dieu, de telle sorte que le mot "écouter" peut aussi bien dire prêter l'oreille qu'obéir. C'est-à-dire laisser la parole prendre tellement de place en nous qu'Il nous possède tout entier et qu'Il devient la règle, la norme de tout notre agir, de tout notre comportement.

       Et puis, il y a mystérieusement déjà, en Israël cette parole mêlée de visions qui nous a été évoquée tout à l'heure par la lecture de la vocation d'Isaïe. Le moment où la parole n'entre plus par les oreilles, mais entre dans la bouche comme un tison, comme un charbon ardent qui est déposé sur les lèvres d'un homme et qui le brûle. Cette parole-là est appropriée d'une autre manière, ce n'est plus par les oreilles, mais c'est par la bouche. C'est Dieu qui se saisit d'un être comme d'un feu et qui va jusque dans son cœur pour le brûler. A ce moment-là, c'est ce déchirement de la vocation prophétique.

       Jean-Baptiste était dans cette lignée, dans cette tradition des hommes que Dieu avait brûlés du tison de feu de sa parole. Et peut-être même déjà un peu plus puisqu'il avait été sanctifié par la présence du Christ dans le sein de sa mère. Il avait tressailli et dansé de joie. Mais au fond, ce que Jean-Baptiste, tout petit enfant, dans le sein de sa mère, en tressaillant et en dansant en présence du Sauveur avait pressenti, c'était simplement l'achèvement de la vocation des prophètes d'Israël. C'était le Christ lui-même dans le buisson ardent de la vierge Marie qui venait toucher, qui venait illuminer de sa présence de feu, ce petit enfant qui, ainsi, devenait le prophète du Très-Haut et qui marcherait devant le soleil levant comme un petite lampe qui annonce l'aurore.

       Et c'est pourquoi, même lorsque Jean-Baptiste accomplit sa mission prophétique, d'annoncer la venue du Christ, il a besoin encore d'une ultime étape, celle que nous-mêmes nous allons faire, dans ce temps de l'Avent et dans ce temps de Noël et qui résume toute notre foi chrétienne, toute la condition de notre existence actuelle. Nous avons vu sa gloire. "Allez rapporter à Jean ce que vous, vous voyez !" La grande nouveauté du salut, c'est que nous avons vu la gloire de Dieu resplendir sur un visage humain, le visage de Jésus de Nazareth. Nous avons vu cette gloire resplendir dans les miracles qu'Il a faits dans les guérisons qu'Il a opérées, dans les foules qui Le suivaient et qui se convertissaient à sa Parole et à sa présence.

       Voilà ce que Saint Jean-Baptiste, petit à petit a vécu, dans son cœur, se tournant vers le Seigneur, du fond de sa prison. Et voilà aujourd'hui ce qu'à travers la figure de saint Jean Damascène, nous continuons à célébrer. Le Christ, le Fils unique de Dieu s'est rendu visible à nos yeux. Alors il ne reste plus qu'à laisser tout notre être se laisser saisir et illuminer par ce visage de la tendresse de Dieu, de sa miséricorde, par tous ces gestes que le Christ a faits aux jours de sa chair et qu'Il continue de faire aujourd'hui, à travers la sainte liturgie, à travers tous les gestes sacramentels, à travers tous les gestes de charité et d'amour de nos frères et de nous-mêmes, les uns vis-à-vis des autres. C'est cela ce visage multiforme du Christ aujourd'hui, cette sagesse bigarrée, colorée qui est la Sagesse du Christ prenant chair, prenant racine en nous, prolongeant les traits de son visage dans la beauté de la célébration ou dans la beauté des icônes et dans la beauté de chaque visage de chrétien baptisé, appelé à ressusciter.

 

       AMEN