LE PÉCHÉ PAR OMISSION
Isaïe 6, 1-13 ; Luc 3, 7-18
Vendredi de la première semaine de l'Avent – B
(2 décembre 2005)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
|
N |
ous avons deux réactions paradoxales au discours de Jean-Baptiste. La première, c'est de le trouver un peu difficile, ou un peu raide, et au fond, il n'a pas totalement tort, même si cette couleur a la couleur prophétique, l'intensité de ceux qui ont payé de leur corps et de leur vie, l'annonce de la venue du Messie et qui le font avec une intensité, une ardeur peu commune.
Le texte est assez bien construit, parce qu'il y a ce premier discours très coléreux de Jean-Baptiste : "Déjà, Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham". C'est comme une condamnation qui exclut les enfants d'Abraham. Et ensuite, les publicains, la foule, même les soldats vinrent lui demander : "Et nous, que nous faut-il faire ?" Ce n'est pas directement sur le plan moral, comme si nous avions fait une erreur, c'est que nous sentons vite qu'une certaine torpeur peut endormir notre vie humaine, et par là même, notre relation à Dieu. Nous avons sans arrêt à reprendre un certain labeur qui nous est demandé, mais il n'est pas le même pour chacun de nous. Nous pourrions nous aussi reprendre à notre compte la question que la foule pose à Jean : "Et nous, que nous faut-il donc faire ?" La réponse personnelle de Jean arrive pour chacun.
Je repensais récemment en écoutant le procès de Barbie, rediffusé par France Culture. Cet homme redoutablement intelligent dit, en demandant au Président : "Vous me reprochez des choses que je n'ai pas faites ! Comment pouvez-vous me reprocher des choses que je n'ai pas faites ? J'ai bien accompli mon devoir de préfet, à l'époque. Ce que vous me reprochez, je ne devais pas le faire, ce n'était pas inscrit !" Le péché par omission, le péché par paresse, le péché par laisser-aller qui consiste effectivement à laisser s'endormir la vie et les choses, est un péché qui, à long terme est meurtrier. Il l'était pour Barbie évidemment, une sorte de déni des autres, je crois même qu'il cachait un racisme profond et un antisémitisme indéniable.
Pour nous, il n'en est pas ainsi, mais cette omission, cette petite omission, ce point de départ d'une omission, cette légère indifférence, ce sommeil sur les choses, sur les opinions, sur les nécessités, finit par abîmer notre propre dignité, notre propre vie. Entendons le discours de Jean-Baptiste comme une exhortation solide, ferme, qui nous permet de reprendre le chemin qui nous conduira au Christ Notre Seigneur.
AMEN