LE DÉPASSEMENT DE L'ATTENTE
Is 11, 10-16 ; Lc 7, 18-30
Vendredi de la première semaine d'Avent – B
(6 décembre 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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vec ce temps de l'Avent, nous poursuivons notre méditation sur la personne et le rôle de Jean. Le texte d'aujourd'hui est tout à fait important et caractéristique. Nous y voyons Jean hésiter sur l'attitude du Messie. Il attendait comme tous les prophètes un Messie justicier, un Messie vengeur qui rejetterait tous les impies comme la bale emportée parle vent, et qui rassemblerait tous les justes, tous les saints, comme on rassemble le grain. Il l'avait dit tout au long de sa prédication : "Pourquoi fuyez-vous devant la colère qui vient ? " Le Messie de l'Ancien Testament, c'est un Messie qui vient rétablir le droit et la justice, qui vient récompenser le bien et punir le mal. Or, voici que Jésus n'est pas conforme à ce qu'attendaient les prophètes, à ce qu'attendait l'Ancien Testament, à ce qu'attendait Jean.
Il y a donc un doute dans le cœur de Jean : "J'ai été envoyé pour préparer tes chemins. L'Esprit m'a inspiré de te reconnaître, comme le Messie, et pourtant ce que tu fais ne ressemble pas à ce qui était annoncé. Tu ne viens pas pour rétablir le droit et la justice, tu te compromets avec les pécheurs, tu viens dans la douceur, dans une miséricorde qui pourrait passer pour de la compromission avec le mal et le péché. Es-tu celui qu'on attend ou bien faut-il en attendre un autre ?" Le doute de Jean ne manifeste pas chez lui un manque de foi, mais manifeste toute la distance qu'il y a entre l'attente de l'Ancien Testament et la réponse de Dieu. La réponse de Dieu qui avait suscité pourtant les prophètes, et Jean-Baptiste lu-même dépasse du tout au tout ce que ceux-ci avaient attendu. A l'injustice, il répond par ce dépassement infini de la justice qu'est la miséricorde, le pardon, qu'est l'amour des hommes même dans leur péché, dans leur faute. C'est un amour qui va guérir, non pas seulement récompenser ou punir, mais guérir, transformer. Un amour qui va faire que les pécheurs puissent devenir des justes, non pas d'abord par les efforts qu'ils accomplissent, mais par la grâce de Dieu qui les transfigure. Jésus avant de répondre aux envoyés de Jean-Baptiste, manifeste par ses actes la vraie signification du salut qu'il est venu apporter : "A cette heure-là, Jésus guérit des malades affligés de maladies, d'infirmités, d'esprits mauvais. Il rend la vue aux aveugles, et Il dit aux envoyés de Jean, Il les charge de rappeler à celui-ci : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres".
Voilà donc Jésus par l'intermédiaire des envoyés de Jean qui invite celui-ci et avec lui, tout l'Ancien Testament, toute l'attente de l'humanité à dépasser une vision trop juridique, trop morale, d'un Dieu qui punit ou qui récompense pour accéder à la découverte d'un Dieu qui pardonne, qui transfigure, qui guérit, qui renouvelle. Ce n'est pas dans l'esprit de Jésus une critique de Jean, car aussitôt après, Il va dire : "Vous n'êtes pas allés voir Jean comme un roseau agité par le vent, vous n'êtes pas allés le voir comme un homme revêtus d'habits délicats ? Alors, qu'êtes-vous allés voir ? Un prophète ? Oui, et plus qu'un prophète. Celui qui amène l'Ancien Testament aux portes de l'évangile, celui qui est le messager venant devant moi pour préparer la route devant mes pas." Donc, Jésus manifeste toute la grandeur de Jean-Baptiste. Il va aller jusqu'à dire : "Parmi les enfants des femmes, il n'y en a pas de plus grand que Jean", il est le plus grand de toute l'humanité dans son attente, dans son désir, sa recherche de Dieu, et aussitôt Il va marquer le dépassement de cette attente. Cette attente des hommes que nous avons dans notre cœur, que justice soit rendue, que l'équilibre soit rétabli, que Dieu prenne en compte nos bonnes actions, et que Dieu punisse ce qui est mal. Cette attente qui est dans notre cœur, comme dans le cœur des prophètes et de Jean-Baptiste, cette attente est dépassée et Jésus dit : "Oui, il est le plus grand des enfants des femmes, et pourtant, le plus petit du Royaume des cieux est plus grand que lui". C'est cela le dépassement inattendu, inespéré de tout le désir de l'humanité qui voulait la droiture, la justice, l'équilibre, qui voulait que Dieu remette toute chose à sa place. Dieu a un autre dessein, Il ne veut pas remettre chaque chose à sa place en punissant le mal et récompensant le bien, Dieu veut que même le mal soit guéri et transformé, que même les pécheurs soient renouvelés de l'intérieur et qu'ils puissent accéder au Royaume. Le plus petit dans le Royaume, le dernier, par exemple le bon larron, est plus grand que Jean-Baptiste. C'est tout le mystère de cette nouvelle Alliance, de ce commandement nouveau, de ce cantique nouveau que nous sommes invités à chanter et que nous préparons à saluer dans la fête de Noël.
Sans l'attente des hommes, sans l'attente des prophètes, sans l'attente de l'Ancien Testament, cela n'aurait aucun sens, mais justement, c'est le dépassement de cette attente qui est l'essence même de l'évangile, qui nous invite à nous convertir, non pas seulement au bien à pratiquer, mais à convertir notre cœur au vrai dessein de Dieu, ce dessein par lequel Il pardonne, Il renouvelle, Il transforme, et même ce qu'il y avait de péché en nous se trouve ainsi tiré vers le Royaume par la guérison que nous apporte Dieu en mourant sur la croix pour nos fautes.
AMEN