DÉPOUILLÉ COMME LE TÉRÉBINTHE
Is 6, 1-13 ; Jn 1, 6-8+15
Vendredi de la première semaine d'Avent – C
(2 décembre 1994)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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C |
ette première phrase de l'évangile sur Jean le Baptiste ouvre la "geste" de Jean le Baptiste qui va annoncer, proclamer la conversion en montrant Celui qui est venu pour vraiment convertir et sauver. Et en parallèle, nous avons lu le passage d'Isaïe qui montre comment s'est déroulée la vocation d'Isaïe. D'une manière paradoxale, Isaïe est envoyé au peuple pour annoncer mais annoncer afin que ceux qui écoutent ne comprennent pas, que ceux qui regardent ne discernent pas, que leur cœur s'appesantisse, que la Parole du prophète puisse les rendre durs d'oreille, leur embue les yeux de peur que leurs yeux ne voient, de peur que leurs oreilles entendent, de peur que leur cœur comprenne, de peur qu'ils ne se convertissent et ne soient guéris. On pourrait se demander pourquoi annoncer si c'est pour ne rien comprendre, proclamer si ce n'est pour ne rien entendre, désigner si ce n'est pour rien voir.
Or il me semble qu'il y a là un enseignement important dont la clé est donnée par le verset 13 où il est dit que, après avoir décrit que le monde doit être entièrement détruit, s'il "en reste un dixième, de nouveau il sera dépouillé, comme le térébinthe et comme le chêne." Mais ils seront tellement dépouillés que, comme le térébinthe et le chêne, une fois émondés, lorsqu'ils n'ont plus qu'un tronc, leur tronc est une semence sainte.
Il y a là un grand enseignement. Lorsque Jean-Baptiste va proclamer la lumière de Dieu, c'est cette lumière de Dieu qui sera suspendue à la croix et que les ténèbres alors couvriront la terre. C'est Celui qui sauve et qui guérit qui sera malmené et impuissant sur la croix. Pourtant, c'est de ce dépouillement complet du sacrifice du Christ, de ce tronc complètement émondé pourrait-on dire que vient la semence sainte. Ainsi nous avons le signe même paradoxal que dans ce dépouillement voulu, dans ce dépouillement assumé, c'est de là que vient le salut.
Je crois qu'il en est de même pour nous, dans notre vie. Nous pouvons faire aussi cette constatation. D'abord peut-être de l'inefficacité de notre "salut chrétien" que nous essayons de faire. Nous écoutons la Parole de Dieu, nous l'écoutons. Mais la comprenons-nous ? Nous contemplons dans les sacrements le don de Jésus. Nous regardons, mais est-ce que nos yeux ne sont pas embués ? Nous avons la grâce, sous tous ses aspects multiformes, qui nous est donnée, à travers toutes les réalités chrétiennes. Mais est-ce que notre cœur se convertit ? Nous le voyons, ce ne sera toujours que dans l'entier dépouillement, dans le signe même de la croix, que nous sera donnée, pour nous-même, dans notre vie émondée et dépouillée, la possibilité de connaître entièrement ce que le Seigneur a voulu assumer, cette vie uniquement destinée à être Dieu. Pour lui appartenir, il ne doit plus rester que cette semence sainte c'est-à-dire une vie dépouillée de tout artifice, y compris l'artifice religieux. Une vie entièrement émondée pour qu'on puisse comprendre cette chose paradoxale, que l'amour de Dieu a été jusque-là pour nous dire combien, dans notre détresse, combien même dans le péché, il y a encore la possibilité d'être sauvé.
Que ce temps de l'Avent nous fasse entrer plus pleinement dans cette compréhension, dans ce dépouillement. Laissons-nous émonder afin de pouvoir être raclement sauvés par la venue de Dieu.
AMEN