LA PEUR DE DIEU
Is 6, 1-13 ; Jn 1, 6-8+15
Vendredi de la première semaine d'Avent – C
(2 décembre 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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I |
saïe, Jean-Baptiste, des témoins de la Lumière, la Lumière de Dieu, la gloire de Dieu, la présence insoutenable de Dieu. Et devant cette présence de Dieu qui envahit le Temple, pour Isaïe, qui envahit le monde (pour Jean-Baptiste), devant cette présence glorieuse et puissante de Dieu, des témoins, des témoins qui s'effacent humblement devant ce dont ils témoignent.
Devant cette venue de Dieu, Isaïe a une réaction bien compréhensible. Il a peur. "Saint ! saint ! saint le Seigneur Sabaoth !" chantent les séraphins. Sa gloire emplit le Temple comme une fumée et au bruit de la louange et de l'acclamation, "les montants des portes vibrent" alors Isaïe a peur. "Malheur à moi, je suis perdu !" Devant Dieu, devant la sainteté de Dieu, devant la lumière de Dieu, nous ne pouvons que découvrir notre péché, notre pauvreté. Et la première réaction de tout homme, notre première réaction devant cette sainteté de Dieu, c'est la crainte, c'est l'impression que notre péché ne peut pas subsister devant cette lumière, que nous sommes perdus à cause de cette misère, de cette médiocrité, de cette profonde pauvreté qui fait de nous ces pécheurs "aux lèvres impures". Comment nos yeux pourraient-ils voir le Roi, le Seigneur Sabaoth, alors que nous sommes des hommes pécheurs ?
Réaction de crainte qui fait que beaucoup d'hommes se détournent de Dieu, s'enferment dans leur misère, laissent "passer l'ouragan" de Dieu au-dessus de leur tête, en se repliant sur leur pauvreté. "Malheur à moi je suis un homme perdu !" Nous avons crainte de rencontrer Dieu et ce serait peut-être une solution facile, en tout cas une solution d'échappatoire, que de nous détourner de cette vision de Dieu qui nous fait peur. Mais voilà la réponse de Dieu :"Un des séraphins prit dans sa main une braise ardente, il en touche les lèvres d'Isaïe :"Voici, ta faute est effacée ! Ton péché est pardonné !" Car la présence de Dieu est comme de feu dévorant, cette braise ardente, non pas pour nous détruire, non pas pour nous perdre, mais pour nous purifier, nous sanctifier. La sainteté de Dieu n'est pas une sainteté jalouse, hautaine, qui s'enferme à l'intérieur d'elle-même et qui nous rejette. La sainteté de Dieu est rayonnante, communicative, la sainteté de Dieu est d'une douceur infinie et elle vient nous sanctifier, c'est-à-dire nous délivrer de notre peur, de notre péché, de notre misère.
La rencontre de Dieu, qu'il s'agisse de la rencontre au cœur de la prière ou de la rencontre au jour de notre mort, la rencontre de Dieu nous apparaît toujours comme terrifiante, mais pourtant elle est sanctifiante, transformante. Non pas parce que nous sommes bons, non pas parce que nous sommes saints, mais parce que Dieu nous sanctifie, parce que Dieu nous recrée. De même qu'au premier jour où il a créé toute chose, Il a vu que "cela était bon", de même Il nous recrée pour que nous soyons rendus à cette bonté originelle. Ou plus encore renouvelés dans une bonté plus jeune encore, plus belle encore, plus nouvelle. La venue de Dieu est une venue non pas d'abord comblante mais transformante, transfigurante. C'est pourquoi cette peur que nous avons de Dieu, nous devons la vaincre par la foi, par la confiance, par l'ouverture de notre cœur à la certitude de cette bonté infinie de Dieu qui rayonne d'une sainteté non pas écrasante mais pleine de douceur, pleine d'amour et qui veut notre propre sanctification, parce que Dieu veut que nous soyons avec Lui, proche de Lui, semblables à Lui, pris en Lui, remplis de Lui, comblés de sa présence.
C'est comme cela que nous pourrons être des témoins non seulement d'une Lumière aveuglante mais d'une lumière illuminante, qui nous rend transparents à elle-même, qui nous rend lumineux. Que Jean-Baptiste et Isaïe nous apprennent à dépasser cette première peur de l'homme pécheur pour entrer dans cette certitude de l'homme sauvé.
AMEN