L'ŒUVRE D'ABRAHAM

Is 6, 1-13 ; Lc 3, 7-18

Vendredi de la première semaine de l'Avent - A

(5 décembre 1980)

Homélie du Frère Michel MORIN

Mambré : La promesse

L

 

e Christ vient pour nettoyer son aire et recueillir le blé dans son grenier. Quant aux bales, quant à ce qui restera improductif, cela sera jeté au feu qui ne s'éteint pas."

Frères et sœurs, au long de cet Avent, je suis sûr que dans votre cœur, il y a comme un feu, ce désir de voir Dieu, ce désir de rencontrer enfin celui qu'Abraham a reçu à sa table, un jour, et qui, depuis, n'a cessé d'attirer les hommes à Lui. Les juifs venaient voir Jean, en quête de ce Dieu. Jean les invitait au repentir en leur disant : "Abraham ne suffit plus. Il n'est plus bon de dire uniquement : nous avons Abraham pour Père." Et Jésus, recevant un jour des juifs qui n'acceptaient pas son message, leur a fait la même réponse : "Vous dites que vous avez Abraham pour Père, mais vous ne faites pas les œuvres d'Abraham".

Or l'œuvre d'Abraham, c'est d'avoir accueilli, dans sa demeure, la personne même de Dieu, à travers trois personnages mystérieux. L'enracinement dans la foi d'Abraham, pour le monde juif, au temps de Jésus, ne suffit plus. Il ne suffit plus de remonter à son passé. On ne peut plus vivre l'avenir de Dieu, uniquement avec le passé, fut-il le passé de Dieu pour nous.

Or, nous non plus, nous ne pouvons pas dire : "Nous avons Abraham pour Père." Nous ne pouvons pas dire uniquement que nous avons le Christ pour Sauveur, nous ne pouvons pas dire, comme beaucoup disent : "J'ai été baptisé, j'ai fait ma première communion, j'ai fait ma communion solennelle, je me suis marié à l'Église." Cela ne suffit plus. Ce passé de notre vie a besoin d'être profondément renouvelé.

Et c'est à cela que nous invite Jean-Baptiste. Il nous faut produire un fruit de repentir. Il ne suffit pas d'être enraciné, il faut, désormais, porter du fruit et porter un fruit de repentir, c'est-à-dire un fruit qui viendra de la miséricorde de Dieu. Car lorsque Dieu est venu voir Abraham, c'est pour lui annoncer que son cœur s'était penché vers le cœur d'Abraham, ce cœur triste parce qu'il n'avait pas de descendance, ce cœur misérable qui était réduit à rien de bon qu'à lui-même, le cœur stérile aussi de Sara son épouse.

L'œuvre d'Abraham c'est d'accueillir la miséricorde de Dieu. Et dans notre vie, aujourd'hui, il nous faut aussi accueillir cette miséricorde de Dieu. C'est en elle que nous devons porter du fruit. C'est ce fruit de miséricorde que le Christ viendra engranger. C'est de ce fruit de miséricorde que le Christ a besoin pour continuer d'accomplir, aujourd'hui, dans notre cœur et dans le cœur de tous les hommes, ce qu'Il est venu commencer de vivre par sa mort et sa résurrection.

Vous savez que le pape Jean Paul II vient d'écrire une seconde encyclique dans laquelle il dit : "Au début de ma première encyclique Redemptor Hominis, j'ai voulu retrouver le visage de l'homme en contemplant le visage du Christ. Maintenant dans cette seconde encyclique, je voudrais vous révéler le visage de Dieu sans cesser de contempler le visage du Christ."

Je vous invite fortement à lire ce très beau texte dont un journal disait que c'était "comme une lettre d'amour qui nous vient de la part de Dieu en ce temps de l'Avent", en ce temps aussi où le monde est inquiet, où des hommes souffrent sans savoir pourquoi parce que ce sont des causes naturelles. Je vous invite à lire ce texte comme une œuvre de miséricorde, c'est-à-dire comme une lettre reçue de la part de Dieu pour y découvrir qu'Il est Dieu de miséricorde, et que le visage du Christ que nous cherchons, le visage que le Christ nous donnera de contempler tant le jour de Noël en son Incarnation que le jour de Pâques en sa Rédemption, ce n'est rien d'autre que le visage de la miséricorde de Dieu qui se penche sur nous. Nous avons le désir de voir Dieu. Le Pape écrit cette très belle phrase : "Croire en Jésus Crucifié, c'est voir Dieu."

 

AMEN