LE BAPTÊME DE FEU

Is 6, 1-13

(4 décembre 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Moissac : Le prophète Isaïe 

Q

uand on rapproche le passage de l'évangile et le texte d'Isaïe qui est un texte central du prophète, on en vient à penser rapidement que Isaïe a dû subir lui-même ce baptême de feu que Jean-Baptiste annonce.

En effet, lorsqu'on reprend cette vision que le prophète Isaïe a dans le Temple de Jérusalem, curieusement il n'est rien dit de Dieu, mais la vision décrit davantage ce qui se passe autour de Dieu, et ce qui se passe entre l'homme et Dieu. La première chose qui est notée c'est un trône sur lequel le Seigneur est assis. Autour de ce trône, des séraphins qui volent, et l'on précise le nombre d'ailes nécessaires pour voler ou pour louer Dieu (je n'en sais rien), en tout cas, ces anges ne s'arrêtent pas de voler et de plus ils chantent et proclament la louange de Dieu, ce qui ressemble fortement à une liturgie. Et il est question d'une "gloire de Dieu qui emplit tout l'univers", comme si le rayonnement que les anges venaient de louer, non seulement emplissait le Temple, mais débordait du Temple sur le monde entier. "Et les montants des portes vibrèrent et le Temple entier était plein de fumée."

       Alors la réaction du prophète Isaïe est de se considérer comme perdu, comme touché par la gloire de Dieu, mais indigne de l'être, et ainsi il se déclare impur. Avant que le dialogue puisse s'instaurer entre Dieu et l'homme, un séraphin vole, avec une braise, avec un feu qu'il prend sur l'autel et qu'il pose sur les lèvres du prophète. Ainsi, le dialogue peut s'instaurer entre Dieu et l'homme. Et, curieusement, c'est Dieu qui pose une question. Auparavant les séraphins proclamaient la sainteté, c'est-à-dire la distance de Dieu par rapport aux hommes. Le fait que Dieu est tout autre, qu'Il n'a rien à voir avec l'homme. Et c'est pour cela que le prophète se trouve impur et indigne de contempler une telle vision. Et cette sainteté, décrite pour Dieu, est finalement proposée à l'homme par une braise, par cette purification qui permet le dialogue entre Dieu et l'homme.

      De même, par le baptême du feu, nous sommes nous aussi, touchés par le feu de Dieu. Nous sommes, nous aussi, renouvelés et purifiés dans une nouvelle vie. Et dans ce baptême un dialogue, plus encore une vie intime peut s'instaurer entre Dieu et nous. Et de même que le séraphin, après avoir touché les lèvres du prophète, lui dit : "Voici, ceci a touché tes lèvres, ta faute est effacée, ton péché est pardonné", de même dans le baptême, le baptême de repentance et de rémission des péchés, notre péché, le péché originel se trouve, lui aussi, pardonné.

       Alors, puisque baptisés dans le feu de Dieu, reprenons à notre compte la Parole et la question du Seigneur : "Qui enverrai-je ? Qui ira pour Moi ?"

       AMEN