SAINT ! SAINT ! SAINT !

Is 6, 1-13

(2 décembre 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

es anges se criaient les uns aux autres : Saint! Saint ! le Seigneur ! et sa gloire remplissait le Temple." Qu'est-ce que nous disons lorsque nous disons que "le Seigneur vient !" ? Nous proclamons la sainteté de Dieu. Nous proclamons que le feu de Dieu est entré dans ce monde, dans le cœur de chaque homme. Et cela c'est un paradoxe.

En effet, vous l'avez entendu dans la vision d'Isaïe, c'est à la fois quelque chose d'extraordinaire et de terrifiant que le Dieu qui, dans la représentation d'Isaïe, le Dieu qui demeure dans les cieux, c'est-à-dire qui dépasse par tout son être, les limites de la terre, de notre expérience humaine, que ce Dieu se manifeste dans son temple, qu'il y fasse briller l'ardeur et le feu de sa gloire et qu'ensuite ce Dieu, pour purifier les lèvres de son prophète, lui brûle les lèvres avec le feu même de sa gloire. Voici que déjà, Dieu entre non seulement dans le Temple, mais dans le cœur d'un homme. Or c'est brûlant ! C'est une parole brûlante, dévastatrice. Et en même temps, nous en avons comme la preuve tangible, immédiatement, au moment où Dieu donne le premier oracle à Isaïe, il lui dit : "Va dire au peuple que tout va être dévasté, que tout va être passé au crible que tout va être brûlé, dévasté, pillé sur mon passage. Si j'envahis la terre de mon feu, qu'est-ce qui pourra tenir ? Si je viens, qu'est-ce qui pourra résister à l'ardeur du feu que je viens répandre sur la terre ? Et cependant, un tout petit reste va germer, presque rien."

       C'est cela le thème de la prédication de Jean-Baptiste aux fils d'Israël. Ils viennent enquêter, ils viennent pour savoir si Jean-Baptiste a une prédication hérétique ou orthodoxe. Ils viennent passer au crible l'annonce du Sauveur et Jean-Baptiste leur dit : "Il ne suffit pas de se réclamer d'être fils d'Abraham, parce que quand Dieu vient tout va être passé au crible." N'essayez pas de chercher de faux appuis et de fausses sécurités car Dieu a créé le monde, Il peut très bien faire des fils d'Abraham à partir des pierres qui sont ici. Essayez de comprendre ce que veut dire la venue de Dieu. C'est que Israël doit passer par la mort. Ce peuple qui a reçu les promesses, qui a reçu l'héritage, en la personne d'Abraham, de David, de Moise, de la Loi, ce peuple-là, d'une manière ou d'une autre, doit passer, dans le Christ même, par le feu. Car c'est le Christ qui, le premier, dans sa personne, passera par le feu de la mort et de la résurrection.

       C'est un paradoxe car en même temps quand on demande à Jean-Baptiste : "Que devons-nous faire ?" il répond par une sorte d'exhortation très simple : "Celui qui a deux manteaux, deux tuniques, qu'il en donne une à son voisin." Qu'est-ce que cela a à voir avec le feu de la gloire de Dieu qui vient envahir le monde ? "Que les soldats ne molestent pas les gens, qu'ils se contentent de leur solde, qu'ils ne fassent pas des exactions au milieu du peuple !" Qu'est-ce que cela a à voir avec la sainteté de Dieu ? Et bien c'est précisément ce que nous vivons nous-mêmes. Nous vivons toujours la venue de Dieu sous un double registre. A la fois ce registre très simple de vivre fraternellement dans l'amour du Seigneur, de partager, d'être à l'écoute les uns des autres, d'avoir cette attitude, cette générosité et cette délicatesse du cœur qui fait que l'on comprend la souffrance ou l'appel des autres et que l'on sait, avec beaucoup de tact et de discrétion, y répondre avec simplicité. Et en même temps, au moment même où nous préparons tout simplement notre cœur, c'est la gloire de Dieu qui envahit le monde, c'est la sainteté de Dieu qui fait irruption dans notre cœur, dans ce presque rien que nous sommes. Et précisément, même si à certains moments, cela est dévastateur dans notre propre vie, dans notre propre existence, en réalité, au milieu des décombres et des cendres, qui sont presque toujours des décombres et des cendres de choses inutiles dont nous nous sommes embarrassés sans que cela ait véritablement d'intérêt, au milieu de tout cela, reste un petit germe qui commence à poindre, qui commence à fleurir. Pour nous aussi, il faut que ce soit Noël cette année. Il faut aussi qu'il y ait dans notre cœur une petite racine qui pousse, quelque chose de la présence de Dieu en nous et au cœur de ce monde.

       AMEN