LA VIGNE

Is 5, 1-7

(4 décembre 1981)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

Vigne à Faugères 

A

rrêtons-nous quelques instants, frères et sœurs, sur ce très beau texte du prophète Isaïe qui nous a été donné, aujourd'hui en première lecture. Il s'agit de la vigne, et l'histoire de la vigne est aussi longue et aussi belle que l'histoire de Dieu au milieu des hommes. La vigne, c'est le symbole de l'alliance de Dieu et des hommes et de tous les liens qui s'y rattachent. La vigne, c'est l'Israël de Dieu, c'est la propriété du Seigneur, c'est le terrain qu'Il s'est donné pour le cultiver et pour en récolter les fruits d'abondance. La vigne, c'est l'histoire, c'est l'illustration de la fidélité. Cette vigne qui, au long des mois, au long des saisons, demande un travail précis, un travail difficile, un travail rempli de l'attente des fruits.

       Mais la vigne c'est aussi l'illustration de la vendange, de l'achèvement, de cette saison où après la difficulté des semailles coule la joie et l'abondance du vin nouveau. Cette saison de la vendange, c'est celle de Jésus-Christ qui fera couler de son cœur transperce, le vin de l'Alliance Nouvelle.

       Dans ce texte d'Isaïe, il y a quatre couplets car il s'agit, vous l'avez entendu, d'une poésie il s'agit d'un poème, il s'agit d'une complainte du cœur, d'une complainte qui ose à peine s'exprimer, comme toute poésie d'ailleurs.

        Le premier couplet c'est le soin que porte cet ami à sa vigne dans l'espérance du raisin. Mais c'est aussi l'amère déception de ne récolter que du verjus.

       Le deuxième couplet c'est cette interrogation étonnante, aux témoins : "Jérusalem, vous pouvez juger ce que j'ai fait pour ma vigne" ? Mais Jérusalem se gardera bien de juger car elle sait bien que c'est elle qu'elle jugerait à ce moment-là.

       Le troisième couplet, c'est le jugement du Maître de cette vigne qui a donné un fruit mauvais et qui sera détruite et même le ciel se fermera sur elle puisqu'elle ne recevra plus de pluie.

       Et le quatrième couplet, c'est comme le dénouement, c'est la révélation que cette vigne c'est vraiment la maison d'Israël, c'est le peuple de Dieu. Et Dieu se situe devant cette vigne comme un ami.

      C'est un poème pour une saison de vendanges, ces saisons de vendange où l'on récolte les fruits du figuier, les fruits de l'olivier et le fruit de la vigne. Ces récoltes, ces fruits sont signes de paix, de tranquillité et d'abondance. Et à partir du moment où l'homme ne récolte plus ces fruits, c'est qu'il ne vit plus dans la paix, qu'il est aux prises avec la violence, avec l'ennemi et avec la destruction. Mais le temps de la vendange c'est aussi, à cause de l'abondance des biens de la terre le temps où l'on se rappelle l'abondance des biens de Dieu, le temps où l'on célèbre les hauts faits du Seigneur, depuis le début de l'histoire jusqu'à ce jour. Dieu qui aime son peuple, Dieu qui conduit son peuple, Dieu qui cultive son peuple comme autant de ceps exquis. Car Israël est la vigne du Seigneur. C'est Lui-même qui l'a plantée sur le coteau fertile de Canaan, cette terre où coulent le lait et le miel. Cette vigne a été plantée sur une terre où se trouvaient les multiples pierres des Cananéens des Philistins et de tous les peuples opposés et ces pierres sont devenues des fils d'Abraham lorsqu'elles furent enlevées et qu'à leur place furent plantés les ceps de la vigne.

       Cette vigne c'est le peuple de Dieu avec, au milieu d'elle, une tour construite pour la protéger, cette tour qui est le symbole de la monarchie du roi David.

       Oui, c'est un poème du cœur de Dieu, un poème d'une cœur amoureux. Ce chant, cette complainte de Dieu qui aime les hommes, qui fait "alliance" avec les hommes en inscrivant sa Loi dans leur cœur et en l'écrivant sur leur front comme on plante un cep dans la terre pour qu'il porte du fruit. Mais ce chant d'amour est aussi un chant d'attente, car celui qui aime, c'est d'abord celui qui attend la réponse de l'autre. Car celui qui cultive, c'est celui qui espère les fruits de la terre, et dans son attente Dieu tressaille d'allégresse et de joie lorsqu'il entend l'homme murmurer ces versets du psaume 127 : "Bienheureux l'homme qui adore le Seigneur, il sera comblé de toute bénédiction et de tout bien. Son épouse sera comme une vigne fructueuse et ses enfants, à l'entour de sa table, comme des jeunes plants d'olivier. Vois de quelle bénédiction sera comblé celui qui adore le Seigneur. Que tu voies Jérusalem dans le bonheur et la paix sur Israël."

       Frères et sœurs, nous sommes cet Israël aujourd'hui, nous sommes cette ville de Jérusalem, cette vigne plantée au milieu du monde. Il nous faut, en ce temps d'Avent, en ce temps d'attente, renouer le dialogue intime avec Dieu, reprendre son chant d'amour avec ce Dieu qui attend que nous portions du fruit, que nous fassions une récolte d'abondance.

       "Il n'est qu'à rentrer dans nos cœurs, pour être avec Lui, et qu'à fermer les yeux." Ces paroles, Paul Claudel les met dans la bouche de l'Epouse dans sa poésie : "La Cantate à trois voix" puis il continue : "Ses desseins nous sont inconnus et l'accès de sa pensée m'est interdite, mais je sais qu'Il ne peut pas se passer de moi."

       Notre attente, c'est l'attente de Dieu qui ne peut pas se passer de nous. Alors, comme Jérusalem, nous serons bientôt comblés de bonheur et de biens car la paix vient sur Israël.

 

      AMEN