QUI VOUS A APPRIS A ÉCHAPPER À LA COLÈRE DE DIEU ?
Is 2, 1-5 ; Mt 3, 1-12
Mardi de la première semaine d'Avent – B
(4 décembre 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN
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ean-Baptiste voyait venir beaucoup de pharisiens et de sadducéens. C'est pour eux particulièrement qu'il prononça cette condamnation : "Engeance de vipères, qui vous a suggéré d'échapper à la colère prochaine ?" Réfléchissons un instant sur ces propos.
Pourquoi Jean-Baptiste vise de façon explicite les pharisiens et les sadducéens en les accusant de faire en sorte d'échapper à la colère de Dieu ? Les pharisiens et les sadducéens sont deux groupes qui se sont arrangés, accommodés de Dieu et de la situation. Les pharisiens retiennent la Loi écrite et toute le Loi orale de l'Ancien Testament. Ils s'en font les maîtres spirituels, ils s'en font les prédicateurs, ils imposent à eux-mêmes et aux autres de l'appliquer de façon extrêmement stricte. Ceci par rapport à la religion. Par rapport à la situation de la Palestine, ils sont très distants de l'occupation romaine. C'est ainsi que dans cette situation, ils se sont arrangés à vivre selon leur interprétation et de la Loi et de la situation. Les Sadducéens reconnaissent et appliquent la Loi écrite mais ne s'intéressent pas du tout à la Loi orale. Quant-à la situation, ils sont tout à fait du coté des Romains et s'accommodent fort bien de cette occupation. Ce n'était pas la première fois qu'ils s'accommodaient avec l'occupant : lorsque c'étaient les Grecs qui étaient en Palestine, ils avaient assez largement accepté les mœurs grecques. Ce sont donc des groupes assez particuliers que vise Jean-Baptiste en leur disant qu'ils sont des vipères, c'est-à-dire qu'ils essaient de jouer avec la situation comme une vipère joue dans les pierres, dans les buissons, pour échapper à la colère de Dieu.
Alors la question pour nous : est-ce que nous ne ressemblons pas un peu, un peu seulement mais ce serait déjà bien de le reconnaître, aux pharisiens et aux sadducéens, non pas par rapport aux romains ou aux grecs, mais dans notre façon de nous arranger et de ce qui vient de Dieu et de notre situation d'aujourd'hui ? Est-ce que nous n'avons pas dans notre cœur un peu de cette hypocrisie qui fait que l'on s'accommode après tout de l'Écriture, des exigences de l'Écriture et de l'Église, et qu'on trouve sa situation dans le monde d'aujourd'hui de façon à ce que, ni ce qui vient de Dieu ni ce qui vient du monde ne nous dérange pas trop et comme on dit, "on essaie de passer à travers".
Voilà un élément de réflexion que nous propose la prédication de Jean-Baptiste sur notre propre conversion, sur la démarche intérieure que nous propose ce temps de l'Avent, ce temps de l'avènement de Jésus-Christ. Et Jean-Baptiste dit à ses interlocuteurs : "Portez un fruit digne du repentir. Ne vous avisez pas de dire : Nous avons pour père Abraham !" Ne nous contentons pas de références religieuses. Portons un fruit digne de ce que nous sommes. Nous sommes fils de Dieu, créés à son Image. Et les fruits que nous devons porter ce sont les fruits de cette image pour que nous puissions voir en nous la gloire de Dieu, la manifestation de Dieu et aussi la voir dans nos frères.
Saint Jean de Damas a été un grand défenseur des saintes images et le prophète Isaïe nous annonce qu'il ne faut plus apprendre à faire la guerre. Puissions-nous apprendre à ne plus faire la guerre contre cette image qui habite en nous, cette image sacrée qui est notre être profond, celui qui vient de Dieu et que notre péché, d'une façon ou d'une autre, abîme, saccage ou détruit. Que la prière de saint Jean-Baptiste, que la prière de saint Jean de Damas nous aide à entrer dans cette conversion profonde qui nous amènera à contempler et à nous réjouir de l'image du Christ qui resplendit dans notre cœur et qui sera notre joie et celle de tous nos frères au temps de Noël.
AMEN