LE PRIX DE LA VIE

Vigiles de l'Assomption - (15 août 1994)
Homélie du Frère Bernard MAITTE


Q

uel est le prix de la vie ? J'aimerais répondre puisque nous méditons l'Assomption, le prix de la vie c'est l'humilité de cette servante du Seigneur, de Marie, c'est la foi qui lui donne de connaître la gloire de Dieu.

Mais, dans ce cas-là, que faisons-nous de la vie ? Quel est le prix que l'on accorde à la vie ? Non seulement à notre propre vie mais à celle de tous les hommes et de notre société. Nous le savons, nous l'avons souvent entendu et cela nous scandalise peut-être la vie est partout bafouée. Pas simplement dans les pays lointains où l'homme est torturé où l'homme est humilié, mais aussi dans notre propre société où la vie connaît parfois peu d'importance, où la vie d'un être sur le terme de sa vie n'est parfois plus respectée, n'est parfois plus regardée mais méprisée, ou la vie de ceux qui sont valides, qui courent d'un côté et de l'au­tre n'a pour prix que celui de la compétitivité, que le prix de quelques heures arrachées au travail, à la ca­pacité de donner tout ce que l'on peut dans un mini­mum de temps. Le prix de la vie pour le plus petit, pour l'enfant, pour l'embryon, pour celui qui va naître qui peut servir de matériau à notre société de consommation, qui peut servir de vil objet pour ceux qui veulent un enfant à n'importe quel âge, à n'im­porte moment, peu importe d'ailleurs qui est le père ? Quel est le prix de la vie ?

Ce prix de la vie c'est, pour nous, hommes croyants, de croire que quelle que soit la nature de l'homme, quelles que soient ses possibilités, quel que soit son être, sa vie est plus importante que tout autre. Que ce n'est pas simplement de bonnes idées, une bonne morale, une bonne conscience, mais c'est de croire que la vie n'est pas un objet, que la vie n'est pas une matière entre les mains des hommes, capables de la façonner, d'en faire ce qu'ils veulent, mais que la vie est d'abord don et que nous ne sommes pas les maîtres de la vie, que nous ne donnons pas sens à cette vie, mais que, parce que cette vie est don du Dieu même de la vie, c'est de là que la vie prend son prix et son sens. Et c'est de là que vient justement le respect de toute vie, quelle qu'elle soit, qu'elle soit débutante, à son apogée ou même encore à son plus obscur. Et si le magistère et le pape ont si souvent parlé du prix de la vie, du respect de la vie, c'est pour cela.

C'est pour montrer combien c'est tout l'homme dans ce qu'il est, corps et âme, qui est appelé à connaître Dieu, celui des vivants, Dieu qui donne la vie en créant cette vie bonne, Dieu qui nous fait parti­ciper à sa vie par la vie sacramentelle, Dieu qui nous donne entièrement sa vie dans la glorification au terme de notre vie. Justement Marie est le signe du prix de cette vie humaine, est le don même de la vie de Dieu réalisée pleinement. Elle qui a accepté de mourir à une certaine honorabilité pour donner nais­sance à l'auteur de la vie elle qui a accepté de mourir à son visage de mère pour n'être parfois plus qu'un disciple parmi d'autres, suivant son Fils, elle qui a accepté de voir mourir le Dieu de la vie pour pouvoir connaître la source d'eau vive. Et Marie devient donc le signe par excellence de ce que Dieu réalise pour tout homme, depuis la création, dans la plénitude de la Rédemption, jusqu'à l'avènement final où sa gloire, sa vie rejaillira sur nous.

Marie devient le signe que notre vie, notre âme, notre corps humiliés peuvent devenir le lieu de la gloire de Dieu, que notre être pécheur peut devenir le lieu de la grâce de Dieu, que notre corps de mort peut devenir le lieu de la vie de Dieu.

 

 

AMEN