NUIT ET LUMIERE
1 Co 15, 54-57 ; Jn 14, 1-3
Vigiles de l'Assomption - (15 août 1986)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
|
D |
ans la nuit de notre monde, une lumière a resplendi, c'est la lumière de la Résurrection du Christ. La nuit de notre monde c'est la mort qui, inexorablement, de génération en génération, s'attaque aux hommes les uns après les autres, pour semble-t-il anéantir et faucher la vie de chacun. Mais au milieu de cette nuit s'est levée la lumière de la Résurrection du Christ. Le Christ est ressuscité vainqueur de la mort, le Christ dépasse la mort, non seulement par son âme immortelle, non seulement par sa divinité, mais aussi dans sa propre chair qui se lève du tombeau. Et désormais, la chair d'un homme se trouve vivante pour l'éternité, au-delà de la mort, ayant vaincu la mort. De la résurrection du Christ découle la résurrection de Marie, parce que la chair du Christ est la chair de Marie. Et si la chair de Jésus est ressuscitée, alors la chair de Marie, la source de la chair de Jésus, ne peut pas ne pas suivre la chair de son Fils, dans cette victoire sur la mort. Le premier fruit de la victoire de Jésus sur la mort, c'est l'Assomption de Marie, c'est-à-dire le mystère de la résurrection et de la glorification corporelle de Marie, mère de Dieu C'est la fête que nous célébrons ce soir.
Dans la nuit du monde, dans la nuit de la mort du monde, la lumière de la Résurrection du Christ s'étend au-delà de sa chair divinisée, à la chair de sa mère. De la résurrection du Christ découle la résurrection de Marie. Et la résurrection de Marie est l'annonce, représente les prémices de la résurrection de l'Église, car Marie est tout à la fois le fruit, le fruit parfait de l'Église, le signe de l'Église, la mère de l'Église. Elle est le résumé de toute l'Église et toute l'Église, d'une certaine manière, avance sur la voie ouverte par Marie, le premier membre de l'Église à suivre la tête qui est le Christ. Et comme Marie est ressuscitée par la puissance de la résurrection du Christ, comme la chair de Marie a revécu, à l'image de la chair de son propre Fils, ainsi l'Église entre, elle aussi, dans le mystère de la Résurrection. Et au milieu de la mort du monde, c'est désormais une lumière immense qui, jaillissant du corps du Christ, du corps ressuscité du Christ, envahissant la chair de Marie, le corps ressuscité de Marie, atteint jusqu'aux extrémités du monde, car toute l'Église, c'est-à-dire toute l'humanité sauvée, c'est-à-dire chacun d'entre nous, nous sommes déjà appelés à la résurrection, déjà notre chair reçoit, en cette fête, la promesse de sa résurrection.
En chacun de nous, comme en Marie, comme en Jésus, la mort est vaincue. En chacun de nos corps, il y a un germe d'immortalité. "Mort, où est ta victoire ?" s'écriait saint Paul."Voici que la mort a été engloutie dans la victoire." Voici que la mort qui est le résultat de tout ce qui est négatif, de tout ce qui est dégradation, de tout ce qui est péché dans le monde, voici que la mort est dépassée. Désormais, par la vie, il y a une vie qui est plus forte que le mort, c'est la vie du Christ ressuscité, communiquée à Marie, communiquée à l'Église, communiquée à chacun d'entre nous.
Nous fêtons aujourd'hui la résurrection de notre chair. Nous marchons aujourd'hui, à la suite de Marie, elle-même marchant dans les pas de son Fils, nous marchons vers notre propre résurrection. Et c'est la joie de cette résurrection qui illumine nos visages, nos visages encore enténébrés, parce que nous sommes encore sur la pente de la mort, parce que nous sommes encore dans ce monde mortel, mais au-delà de cette pente qui nous conduit vers la mort, il y a une aurore nouvelle qui est celle de la résurrection, pas seulement de la vie de nos âmes immortelles, mais de la résurrection de notre chair. C'est notre chair, qui désormais est vivante d'une vie inextinguible. Et à travers notre propre chair, à travers la chair de l'Église, à travers la chair de l'humanité sauvée, à travers la chair de chacun d'entre nous, c'est la matière de l'univers tout entier qui est appelée aussi à la gloire, cet univers "qui gémit dans les douleurs de l'enfantement" comme le dit saint Paul dans l'épître aux Romains, car l'univers tout entier jusqu'à ses ultimes extrémités, jusqu'à ses plus petites parties, l'univers tout entier est appelé, lui aussi, à cette vie éternelle dans la gloire. Toutes choses ont été créées par Dieu pour la vie et non pour la mort. Dieu n'a pas voulu la mort. Dieu a voulu la vie. Il donne la vie. Il veut que toute chose soit vivante. Il veut que nous soyons vivants, Il veut que l'univers vive, Il veut que toute chose, éternellement, resplendisse dans la gloire, autour du corps de son Fils ressuscité, centre de l'univers nouveau.
Alors que nous baignons encore dans la nuit de ce monde, nous sentons déjà en nous, 1'aurore de la résurrection, nous sommes les messagers de cette bonne nouvelle. Nous devons être dans le monde, les germes de sa propre résurrection. C'est nous qui devons annoncer à toute chose et à tous les hommes qu'ils sont promis à la vie. Alleluia !
AMEN