LA ROYAUTÉ DE SERVICE

Si 24, 3-22 ; Lc 1, 26-38
Ste Marie, Reine - (22 août 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

P

our essayer de comprendre cette royauté qui est offert à Marie par Dieu, je voudrais vous rappeler très rapidement ce qu'est la royauté dans l'antiquité. Qu'est-ce que cette royauté dans l'antiquité ? Il y a la royauté qu'on trouve en Égypte, avec les pharaons, vous connaissez tous ce qu'est un pharaon. Le pharaon, c'est véritablement un dieu incarné. C'est la présence totale, plénière, du dieu incarné dans pharaon, et pharaon c'est le peuple, et le peuple, c'est pharaon, et tout le monde doit obéir à pharaon, parce celui qui n'obéit pas à pharaon, n'obéit pas à dieu. On a une société extrêmement stricte, rigide, de forme pyramidale.

Ob trouve aussi d'autres royautés dans l'antiquité, tout autour d'Israël au Moyen-Orient, ce sont des royautés à travers lesquelles le système présente un roi qui n'est pas complètement dieu. Dieu a choisi un homme parmi les hommes, et il l'a divinisé, et cet homme, ce roi, n'est pas dieu, et pas non plus complètement homme, il est entre les deux.

Il y a une autre royauté, qui est celle d'Israël, qui est un royauté totalement nouvelle. Dans ce cas-là, ce n'est pas Dieu qui est présent auprès de son peuple, ce n'est pas non plus un homme qui va se hisser à la force de ses poignets pour devenir Dieu, non, c'est Dieu qui choisit un homme. Vous voyez qu'on est loin de ce qu'on appelle la dynastie royale, on devient roi, parce le père et la mère étaient roi et reine, et donc, on devient roi après leur mort. En Israël, c'est Dieu qui choisit un homme au milieu de son peuple, et Il va lui donner cette mission particulière qui est d'être médiateur. Dieu va dire à cet homme, David : je t'ai choisi parmi tous pour que tu puisses mener mon peuple à la vie divine. C'est cela un roi. Vous comprenez que le roi a une fonction de médiation, et cette fonction est contrebalancée aussi par les prophètes. Quand on est roi et qu'on a tout pouvoir, c'est un peu facile d'oublier le service que l'on doit à son peuple, et de s'en mettre plein les poches, devenir ivre de pouvoir. Le pouvoir en Israël était contrebalancé par des gens comme Samuel, par exemple, qui rappelait à chaque instant au roi, sa mission.

En fait, la vierge Marie, c'est cette royauté que Dieu lui donne aussi. C'est une royauté dans laquelle elle est médiatrice auprès du peuple, et non pas quelqu'un qu'on met sur un piédestal et dont on dirait qu'elle est reine, qu'elle est toute-puissante. Dans ces conditions, vous comprenez bien que dans cette fête que nous célébrons aujourd'hui, la fonction de service, de médiation est très importante. Rappelez-vous le texte de l'Annonciation que nous venons d'entendre, où Marie dit justement : "Je suis la servante du Seigneur". Elle a compris cette dimension du service, de la charité, et qui peut mieux comprendre le service de la charité qu'une mère ? Car cette dimension de la charité, nous l'avons aussi. La royauté, un seul roi, Dieu, et cette royauté en même temps, aujourd'hui que nous fêtons avec la vierge Marie, est cette même royauté que nous possédons nous aussi en tant que chrétiens. Lors du baptême, le prêtre prononce une petite phrase à laquelle on ne prête pas toujours attention, au moment de l'onction il dit à l'enfant : tu es prêtre, prophète et roi. Et cette royauté qui nous est donnée lors du baptême, c'est la même royauté que Dieu a donnée à la vierge Marie. Une royauté de charité, une royauté d'attention aussi vis-à-vis des frères.

Frères et sœurs, que cette mémoire que nous célébrons aujourd'hui pour la vierge Marie, nous rappelle que nous sommes tous aussi rois et reines, et que le Seigneur nous demande par la grâce qu'Il nous a donné de l'exercer pour le service de nos frères.

 

AMEN