REINE PAR GRÂCE
Si 24, 3-22 ; Lc 1, 26-38
Ste Marie, Reine - (22 août 2001)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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tre reine, ce n'est pas facile, parfois on y risque sa tête et sa vie, et quand on reste en vie, au moins physiquement, on est harcelé par les journaux, par les gens qui trouvent que cette vie de reine, de rois, de prince est une vie absolument extraordinaire. Nous sommes quelquefois étonnés, envieux, de la vie des grands de ce monde, en nous disant qu'ils sont hors du commun, qu'ils ont une qualité de vie que nous n'avons pas, des relations avec beaucoup de gens, ils sont beaux, ils sont riches, ils sont tout ce que nous voudrions être, et nous ne pourrons jamais devenir comme eux. Alors, on regarde Sissi à la télévision, on achète les journaux pour découvrir qui sont les rois et les reines, en se disant qu'un monde, un abîme sépare notre pauvre vie de la leur.
Je crois que la vision que nous avons des familles royales peut être la vision que nous avons de la royauté de la Vierge Marie. La théologie mariale a trop tendance à installer la Vierge sur un piédestal, sur un trône qui nous la rend complètement inaccessible. Et nous, pauvres chrétiens, nous sommes au pied de ce trône, face à cette Vierge, seul, trônant dans sa puissance, nous demandant ce que nous allons devenir, et la suppliant d'intervenir auprès de Dieu.
Les titres en général que l'on peut attribuer à la Vierge, et en particulier celui que nous célébrons aujourd'hui, ce titre de reine, est justement celui qui peut porter à confusion. Ce qui est fondamental, c'est que les titres de la Vierge ne sont pas là pour la différencier, pour la dissocier, pour la couper des chrétiens, mais au contraire pour nous aider à comprendre combien elle est proche de nous. Ce qui peut nous faire comprendre cette proximité par ses titres, et non pas l'éloignement, ce sont deux choses : tout d'abord la question de la royauté dans le peuple d'Israël, et puis la question toute simple, quelle est l'origine de la royauté de la Vierge ?
Généralement, quand un enfant naît dans une famille, il est prince, il deviendra roi, parce que ses parents, sa mère est reine. C'est donc la mère qui donne à son fils le titre de prince royal et le fait entrer dans la possibilité de devenir roi plus tard. Pour la Vierge Marie, c'est exactement l'inverse. Elle n'est pas une reine qui enfante un fils, Jésus, qui est roi parce que la Vierge serait reine, mais c'est parce que dans la grâce, elle accepte de recevoir en sons sein le Roi du ciel, le Fils de Dieu, c'est pour cette raison qu'elle devient reine. Elle n'enfante pas un roi, le Christ est déjà Roi, et c'est Lui qui lui donnera le titre de reine par le fait même qu'elle accepte de recevoir le Fils de Dieu.
La deuxième chose, c'est la difficulté de traiter le titre de roi et de reine, on les établit sur un piédestal, comme s'ils étaient dans un autre monde. Cela a été le problème du peuple d'Israël aussi, quand ils ont voulu absolument avoir un roi. Or, le seul roi, c'est le Dieu de l'univers, c'est Adonaï. Le peuple a crié pour obtenir un roi, Dieu a accepté. Mais quel était ce roi ? C'était un homme pris du milieu du peuple, non pas parce qu'il était mieux que les autres, mais uniquement par grâce, et à qui Dieu donnait la fonction royale qui consistait à être le représentant du peuple auprès de Dieu. Il avait en charge de prendre soin du peuple que Dieu lui avait confié. Là aussi, c'est un attribut, c'est une fonction qu'on retrouve dans le titre de reine donné à la Vierge Marie. Elle qui comme on l'a fêtée lors de l'Assomption, est déjà ressuscitée, est déjà couronnée et est auprès de son Fils, elle intercède pour nous, prend soin de nous mais non pas exactement comme le fait le Christ. Là aussi ce serait une erreur de voir le titre de la Vierge reine médiatrice dans le même sens que le Christ est médiateur. Il n'y a qu'un seul médiateur, c'est le Christ. La Vierge est médiatrice non pas en tant qu'elle est comme le Christ, mais en tant qu'elle a déjà reçu ce que nous sommes appelés tous à recevoir, la vie éternelle, la béatitude, la présence auprès de Dieu.
Frères et sœurs, quand nous fêtons la Vierge Marie reine, nous la fêtons comme étant celle qui a tout reçu du Christ, celle qui intercède, elle qui est Fille de Sion, elle qui était nourrie des espérances d'Israël, afin qu'elle nous nourrisse maintenant de l'espérance. Elle voit, elle vit de ce qui nous sera donné de vivre. A son exemple, ayons confiance, espérons dans la royauté du Christ pour tout l'univers, pour que nous aussi un jour, nous soyons comme il nous a été donné lors de notre baptême, roi, prêtre et prophète.
AMEN