HUMILITÉ ET ROYAUTÉ
Si 24, 3-22 ; Lc 1, 26-38
Ste Marie, Reine - (22 août 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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eut-être trouvons-nous que le titre de reine est désuet pour Marie. Nous n'avons plus l'habitude de concevoir ce qu'est le roi ou la reine. On trouve de très belles litanies de la Sainte Vierge qui donne à Marie ce titre de reine : Reine des anges, reine des patriarches, reine des prophètes, reine des apôtres, reine des martyrs, reine des confesseurs, reine des vierges, reine de tous les saints, reine conçue sans le péché, reine du très saint Rosaire, reine de la Paix. Ce sont des titres très anciens que les chrétiens ont toujours aimé donner à Marie pour la prier.
Mais sa royauté, Marie la tire de la royauté même du Christ, comme nous l'avons entendu dans l'évangile. A plusieurs reprises il est question de cette royauté dont le Messie est revêtu, de la royauté dont le fils de Marie doit être le témoin pour répondre à sa vocation de Fils du Très-Haut. "Voici que tu concevras et enfanteras un fils. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut." Il est donc issu d'un grand lignage car il est dit : "Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, Il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles des siècles et son règne n'aura pas de fin." Le titre de Marie reine s'inscrit donc dans cette royauté du Christ qui est ainsi dévoilée dès le début de sa conception. Les Israélites attendaient que le Royaume de David retrouve toute sa splendeur, qu'un nouveau Salomon éblouisse tout le monde de sa sagesse, de sa foi et de sa piété envers Dieu. C'est pourquoi le Messie, c'est-à-dire celui qui est oint, on désignait le roi par l'onction comme David la reçut de Samuel, récapitulait toute l'attente d'Israël, celle du vrai roi.
Mais Jésus a manifesté sa royauté autrement, comme on ne l'attendait pas, dans la douceur de l'onction. Il a revêtu Marie de son onction royale, celle de l'Esprit Saint, celle qui a fait que Marie, "l'humble servante", ait pu devenir la mère de tous les hommes. C'est au titre de servante et de mère de Dieu que Marie est reine. L'annonciation à Marie, c'est l'annonciation de notre propre royauté. Très tôt dans l'Église, on a désigné Marie par le titre de "mère du Roi." Mère de Dieu fut un premier terme, la première dénomination de Marie, puis vint celle de mère du Roi. J'aimerais citer Basile de Séleucie, mort en 459.
"O vierge très sainte, veille sur nous d'En Haut et sois-nous secourable ! Régis-nous dans la paix maintenant et quand nous serons amenés sans crainte devant le trône du Juge, mets-nous en cette place qui est à droite de ton Fils. Régis-nous dans la paix ! Marie, reine de la Paix !"
D'autres ont compris que Marie était effectivement la reine de la paix, cette reine de notre cœur comme dit le psaume 44 : "Ecoute ma fille ... le roi s'est épris de ta beauté ... Radieuse de gloire, la reine s'avance, elle est conduite auprès du Roi." Ainsi Tysibe de Jérusalem mort en 479 paraphrasant ce psaume disait : "Ecoute, ma fille, je suis prophète et roi, moi qui vais te donner d'enfanter et toi, tu seras mère du Roi. Ne prête plus attention à ta parenté inférieure car tu seras muée en une céleste reine."
Je pense donc que ce titre de Marie Reine n'est pas dépassé mais qu'au contraire il nous rappelle que c'est parce que Marie a été la mère de Dieu et qu'elle a accepté de l'être humblement qu'elle est devenue reine. Ce n'est pas parce qu'elle était reine qu'elle a été choisie, c'est l'inverse. Et cela nous rappelle que nous avons reçu cette même onction royale qui fait de nous des choisis, des élus, des oints, d'autres messies, qui, comme Marie sommes revêtus de la gloire de Dieu, la gloire de sa Résurrection.
Nous sommes encore dans l'octave de l'Assomption et c'est bien là, finalement, ce qui nous est rappelé en ce jour : que tout notre être est appelé à autre chose, à de plus grands desseins que nous ne savons pas percevoir. Le Christ-Roi donne à Marie d'être près de Lui dans la royauté c'est-à-dire dans l'élection de son cœur, dans l'élection de l'amour afin que toute chose resplendisse de sa grandeur, de sa résurrection.
Aujourd'hui, avec Marie Reine, célébrons notre propre onction de baptisé.
AMEN