MARIE REINE

Si 24, 3-22 ; Lc 1, 26-38
Ste Marie, Reine - (22 août 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Couronnement de la Vierge Marie

L

 

a fête de l'Assomption de la vierge Marie que nous célébrions il y a une semaine est, au milieu de l'Église, un signe d'espérance car c'est aussi célébrer notre propre résurrection. Celle à qui nous disons sans cesse : "Maintenant et à l'heure de notre mort" est bien celle qui, au moment où elle s'est endormie dans le Christ, a été configurée à la figure ultime de notre salut, c'est-à-dire qu'elle est ressuscitée dans sa chair. Ainsi nous fêtions Marie comme signe d'espérance, d'abord au milieu de l'Église, mais aussi au milieu de tous les peuples et de toutes les nations.

Mais il manquait, pour ainsi dire, quelque chose, et je crois que c'est le sens de la fête que nous célébrons aujourd'hui. Si Marie est le signe de l'espérance c'est parce qu'elle est, au milieu de l'Église, le signe de l'amour comblé et comblant amour comblé, c'est ce que nous entendions tout à l'heure : "L'Esprit Saint viendra sur toi" et "Réjouis-toi, pleine de grâce !" Marie est cette figure mystérieuse évoquée comme la Sagesse dans la première lecture, cette figure mystérieuse qui établit son repos dans le peuple d'Israël et qui donne son parfum, qui devient féconde par la rosée de l'Esprit. Marie, elle est comblée de grâce et dès le moment où elle dit : "Je suis la servante du Seigneur !" commence la plénitude de ce rôle si décisif dans l'histoire du salut, elle donne au monde le Fils de Dieu.

Amour comblé et amour comblant car, tout au cours de la vie terrestre de Jésus et tout au long de l'éternité dans le Royaume des Cieux, Marie voit grandir et s'épanouir sa royauté. Parce qu'elle est celle dont la chair a accueilli le Roi de l'univers, parce qu'elle est le point d'ancrage du Fils de Dieu au cœur même de notre chair, puisqu'elle lui a donné sa chair et son sang, voici que, mystérieusement, elle a participé de sa royauté quand le Christ l'accueille auprès de Lui dans sa gloire, Il lui donne de régner à ses côtés. C'est le sens prophétique du psaume 44 qui raconte les noces d'une princesse avec un roi d'Israël : "Avance ma fille, regarde et tends l'oreille, le roi est épris de ta beauté !" C'est le mystère profond de l'amour du Christ pour la vierge Marie. C'est Lui qui la comble de sa beauté, mais pour que cette beauté soit rayonnante.

Je crois que, dans la tradition occidentale, une des figures qui a le mieux évoqué ce mystère de Marie comme Reine, c'est ce tableau du Fra Angelico, actuellement au Louvre, je crois, dans lequel on voit la vierge Marie sur une sorte de grande estrade et qui est couronnée par le Christ, à l'ombre d'ailleurs de l'Esprit qui continue à la "couvrir de son ombre". Tout au long de ces degrés, de ces marches, tout autour on voit les gens à genoux devant Marie. Ce qui est extraordinaire, c'est que les gens ne sont pas à genoux, tête baissée. Ils sont à genoux, le regard levé vers la vierge Marie. Je crois d'ailleurs que c'est une différence entre ce tableau du Louvre où tous les regards se tournent vers Marie, se lèvent vers Marie, et la même scène peinte sur le mur d'une cellule du couvent San Marco à Florence ou les quelques saints qui sont autour de la Vierge sont tous plongé dans leur méditation comme un peu subjugués mais presque étrangers au mystère. Je crois que le tableau du Louvre est plus beau et plus évocateur parce que, précisément, c'est le côté comblant de la royauté de Marie, du fait qu'elle est reine.

A partir du moment où elle participe à la royauté de son fils, effectivement tous les regards se tournent vers elle et alors s'accomplit vraiment la parole du Magnificat :"Toutes les générations me diront bienheureuse !" D'autant plus extraordinaire que rien de ce qu'elle est ne vient en elle d'elle même mais tout ce qu'elle est lui est donné Et l'ultime don que lui fait le Christ, c'est précisément le don de cette royauté par laquelle, elle qui a donné la chair à son Fils, participe maintenant pleinement de la royauté même de son fils sur tout l'univers.

Que cette célébration de Marie Reine soit pour nous l'occasion de renouveler notre regard sur la vierge Marie. Qu'à travers cet immense amour qu'elle a manifeste tout au cours de sa vie, en étant vraiment jusqu'au bout la "servante du Seigneur", qu'à travers cet immense amour de servante qui est devenue la reine, elle nous apprenne que ce n'est qu'en étant véritablement les serviteurs de Dieu et les serviteurs les un des autres que nous devenons vraiment ce "peuple saint", ce "sacerdoce royal", cette "nation sainte"qui est l'Église.

 

AMEN