MARIE COURONNÉE
Si 24, 3-22 ; Lc 1, 26-38
Ste Marie, Reine - (22 août 1983)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le couronnement de Marie
|
C |
eux d'entre vous qui sont allés à Florence se souviennent peut-être de cette admirable fresque de Fra Angelico dans une des cellules du couvent de Saint Marc qui représente le couronnement de la Vierge. Du point de vue de la peinture ce couronnement de la Vierge est d'une facture tout à fait extraordinaire puisque tous les tons de la peinture, du sujet central, du Christ couronnant sa mère sont blancs ou très légèrement grisés. Le fond est constitué de nuages, c'est la nuée, la nuée lumineuse qui rayonne de la personne du Christ et dans laquelle est enveloppée sa mère. Ensuite deux personnages se font face : le Christ qui dépose délicatement sur la tête de sa mère une couronne pour l'honorer, et sa mère qui baisse légèrement la tête dans un geste très gracieux et qui joint les mains sur sa poitrine. Et les deux personnages portent des vêtements blancs. On dirait presque une transfiguration et je crois que c'est cela qu'en réalité a voulu dire de ce mystère Fra Angelico.
Le couronnement de Marie c'est le moment où, dans sa chair, dans cette chair qu'elle avait reçue, dans laquelle elle avait vécu sur terre, cette chair est glorifiée et elle est glorifiée dans la même lumière, dans la même transparence, dans la même beauté que celle de son Fils. Et tout le sens de cette fresque c'est précisément de montrer qu'il n'y a qu'une sorte de grande circulation silencieuse de vie, de mouvement, de grâce et de parfum entre la mère qui est la mère du Roi et le Christ qui est le Roi de toute la création. Et d'une certaine manière dans cette fresque c'est le cœur même de la création renouvelée qui nous est présenté simplement à travers quelques vibrations de lumière, quelques mouvements de couleurs.
Je crois que fêter le couronnement de Marie, c'est cela, c'est fêter l'achèvement de la création. Le Christ est venu parmi les hommes pour être la tête de l'humanité tout entière qu'il venait sauver. Et parce qu'Il était la tête, il a affronté la mort le premier et Il est ressuscité, c'est-à-dire Il a accompli la Pâque, Il est passé de ce monde au Père. Mais Il veut non seulement que sa Mère soit auprès de Lui, mais qu'elle soit couronnée comme Reine pour montrer que, désormais, cette oeuvre de salut est accomplie dans une personne : sa propre mère, et que, parce que Lui est la tête de l'humanité nouvelle, renouvelée, revivifiée par le souffle même de l'Esprit, Il veut que la chair de sa mère soit magnifiée de cette dignité royale car elle devient la reine de toute la création. Elle devient la reine de toute l'humanité puisque le Christ Lui-même a voulu être notre frère et qu'Il a voulu être notre chair à partir de la chair même de la vierge Marie.
Ainsi le mystère que nous fêtons aujourd'hui est aussi une fête de l'Esprit. C'est l'Esprit Saint qui a ressuscité le corps de Jésus hors du tombeau. C'est l'Esprit Saint qui, dans l'Assomption et le couronnement de Marie, s'empare du corps de Marie et lui donne la gloire de la vie éternelle et ce frémissement de la vie et de la résurrection. Et c'est l'Esprit Saint qui tisse mystérieusement entre Jésus et sa mère Marie, ce premier lien de l'humanité ressuscitée, de l'humanité transfigurée. Et ce premier lien ne demande qu'à se continuer à travers toute l'histoire de l'humanité, à travers l'histoire de chacun d'entre nous car, au fond, peut-être que tous ces nuages qui entourent le Christ et sa mère dans cette gloire peinte par Fra Angelico, c'est notre propre destinée, non pas pour que nous restions vaporeux ou inconsistants comme des nuages, mais au contraire pour que chacun de ces nuages prenne un visage, le nôtre transfiguré par la gloire de Dieu qui nous a sauvés.
AMEN