UNE ROYAUTÉ DE SERVICE

Si 24, 3-22 ; Lc 1, 26-38
Ste Marie, Reine - (22 août 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, il est habituel de parler de l'errance de l'homme sur cette terre, de l'errance de l'homme dans le sens où nous ne savons pas toujours d'où nous venons, où nous allons, nous nous posons des questions sur le sens de notre existence, sur ce à quoi nous sommes appelés à vivre, à accomplir. Dans les deux lectures que nous avons entendu, nous avons découvert qu'il n'y a pas que l'homme qui erre.

Paradoxalement au moment où l'homme a voulu se défaire de Dieu, non seulement l'homme est parti errer sur cette terre, c'est ce que d'aucuns appelleraient la malédiction de Dieu à l'encontre de l'homme, mais Dieu ne maudit pas l'homme, il maudit peut-être la terre, mais pas l'homme. Ce qui est bouleversant dans ce drame qui est le péché originel, c'est qu'il n'y a pas uniquement l'homme qui erre sur la terre, il y a aussi Dieu. On ne pense pas toujours à l'errance de Dieu. C'est le sens de la première lecture que nous avons entendu qui nous rappelle que la Sagesse, qui de toute éternité est le Fils de Dieu, le Christ, cette Sagesse, Dieu n'a de cesse au cours des siècles, de chercher un abri pour venir s'y abriter, n'a de cesse que de trouver une maison hospitalière pour y entrer et y manger avec l'homme. Je ne vais pas refaire toute l'histoire de l'économie du salut, mais c'est le sens de l'Annonciation, de l'ange qui vient frapper à cette porte et qui vient accomplir toute l'errance de ce Dieu qui est celle de cherche le cœur d'un homme pour s'y abriter et qui, en définitive, va trouver le corps d'une femme.

La Sagesse, de toute éternité va venir s'abriter, va venir se développer dans le corps d'une femme pour naître au milieu des hommes. Et quand nous célébrons Sainte Marie Reine, qui est la finalité de cette octave commencée au 15 août, nous pourrions, comme l'oraison du début de la messe le laissait entendre : "Dieu qui a voulu que la mère de ton Fils soit notre mère et notre reine, fais que soutenus par son intercession, nous obtenions dans le ciel la gloire promise à tes enfants". C'est une prière qui peut induire en erreur dans le sens où pour nous la royauté de Marie ferait qu'elle serait complètement coupée de notre monde, de notre humanité et qu'elle serait maintenant là-haut dans le ciel comme une sorte de gravure de mode intouchable, qu'on ne peut même pas venir photographier parce que l'espace aérien est protégé, et qu'on ne peut que se mettre à ses pieds pour qu'elle intercède, et que peut-être, elle va nous entendre.

En fait, quand Dieu est venu habiter le corps de cette femme, il est venu bouleverser totalement les relations de Dieu avec l'homme, et aussi des hommes entre eux. La Sagesse qui vient habiter le cœur de Marie transforme absolument tout. La royauté n'est pas avant tout la glorification et la recherche dans la vie tous les moyens propices à cette glorification, la véritable royauté, et c'est le sens de la phrase qui clôturait l'évangile, c'est le moment où la Vierge est choisie pour recevoir le Fils de Dieu et répond : "Je suis la servante du Seigneur".

La royauté est un ministère de service, pas de servitude, dans le sens où nous devons être tout entier pour les autres. Mais ne nous trompons pas, nous pourrions tomber aussi dans une certaine caricature de la charité, ce n'est pas du tout cela qui est en jeu derrière la phrase de Marie. Le service que le Seigneur demande, c'est d'ouvrir pleinement notre cœur à l'Autre, à la Sagesse, et aux autres. La Sagesse ce n'est pas un objectif pour nous. La Sagesse est le moyen d'ouvrir son cœur à l'Autre et d'être en communion les uns avec les autres. La Sagesse, c'est ce que la vierge Marie exerce au moment des noces de Cana, par l'attention qu'elle a vis-à-vis de cette célébration festive, au moment où elle dit à son Fils : "Ils n'ont plus de vin".

Frères et sœurs, la royauté, bien sûr, c'est la glorification que le Christ nous promet à chacun d'entre nous, et qu'il a déjà accompli pour la vierge Marie, ouvrant de ce fait à travers la fête du 15 août notre propre glorification, mais cette glorification passe par une dimension de service qui est l'attention et la mise en œuvre de cette Sagesse.

Frères et sœurs, nous pourrons toujours avoir les meilleures intentions du monde, le véritable service commencera le jour où nous ouvrirons notre tente à la venue de la vraie sagesse qui transformera tout ce que nous faisons pour le bonheur du monde et pour notre propre royauté.

 

AMEN