UN DUO DE CHOIX : LE ROI ET LE PROPHÈTE
Jr 1, 17-19 ; Mc 6, 17-29
Martyre de St Jean Baptiste - (29 août 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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our qui serions-nous prêts à donner notre vie ? Pourquoi ? Dans une situation politique, dans un pays occupé, oui, certes, nous serions peut-être capables de mourir pour la liberté de notre peuple. Peut-être aurions-nous été capables comme certains Judéens, ou certains Israélites d'aller jusqu'à la mort pour combattre les Assyriens ? pour qui ou quoi serions-nous prêts à mourir ? Peut-être comme certains Judéens ou comme certains Israélites, peut-être que comme certains prophètes, nous serions prêts à donner notre vie pour protéger le peuple, pour le Dieu d'Israël qui a choisi ce peuple.
Pour qui serions-nous prêts à mourir ? Peut-être comme certains chrétiens des premiers temps, nous serions prêts à mourir pour le Christ Jésus, accepter de donner notre vie, notre futur, dans l'arène, mangés par les lions, sachant que notre foi nous permet de gagner enfin la couronne du vainqueur ? Mais accepterions-nous de mourir comme Jean-Baptiste ? Pour qui, pourquoi Jean-Baptiste est-il mort ? Jean-Baptiste est mort une première fois d'une très belle mort, la mort du Précurseur, celui qui a accepté de n'être que la lampe, celui qui accepte de n'être que celui qui désigne celui qui est plus grand que lui, le Christ, celui qui accepte de dire quand on vient le voir comme s'il était lui-même le Messie, qui accepte de dire : non je ne suis pas le Messie, c'est le Christ qui est le Messie. Oui, peut-être accepterions-nous de mourir de cette mort spirituelle et de reconnaître que nous ne sommes pas nous-même Dieu, que nous n'avons pas à nous manipuler les uns les autres, mais que nous avons au contraire à montrer le chemin de Dieu à tous ceux qui viennent nous rencontrer. Cette mort-là, nous acceptons encore de la vivre, car elle a un sens qui est de mener l'autre vers Dieu. Mais accepterions-nous de mourir comme Jean-Baptiste, le mort la plus stupide. Car enfin, où est la politique dans la mort de Jean-Baptiste ? Où est la théologie, la foi, le dogme dans cette mort ? Jean-Baptiste meurt d'une mort que j'oserais presque qualifier d'extrêmement moderne et contemporaine.
La mort de Jean-Baptiste vient du fait qu'il y a eu une coupure profonde entre le gouvernement et le prophétisme. Ce qui est vrai dans un gouvernement politique, nous pourrions aussi le relire dans notre propre vie chrétienne. Effectivement, vous le savez sans doute, dans l'Israël ancien il y a un duo très fécond qui est la relation entre le roi et le prophète. Le roi est celui qui gouverne, le prophète est celui qui à chaque instant, rappelle au roi le sens de sa mission et de sa fonction. C'est cela le duo entre le roi et le prophète. La grande faute du roi c'est de briser ce duo, de tuer Jean-Baptiste et de perdre ainsi le sens même de sa fonction et de ce pour quoi il est institué. Je crois que cette mort de Jean-Baptiste est effectivement contemporaine et très moderne, parce que dans notre monde actuel nous coupons aussi très souvent le gouvernement d'avec le prophétisme. Comment est-ce que nous nous gouvernons ? Très souvent, nous nous gouvernons comme le roi, c'est-à-dire que nous considérons que nous avons à accomplir ce que nous croyons être notre désir immédiat. Nous faisons taire de cette manière la voix du prophète qui nous rappelle que notre vie et notre désir ont un sens beaucoup plus profond, qui va beaucoup plus loin que uniquement de faire danser une fillette aux beaux yeux !
Frères et sœurs, que la mort de saint Jean-Baptiste nous rappelle que notre vie chrétienne est sous cette représentation à la fois du roi et du prophète, et que nous avons accepté dans notre vie de chrétien, de laisser résonner ce couple, afin de découvrir que cette liberté de gouvernement que Dieu nous a donné, elle nous est donnée pour quelque chose de très précis, pour un sens très précis qui n'est pas l'absence de désir bien sût, et non plus un désir mal ordonné, mais apprendre justement à ordonner tout notre être vers Dieu, pour que nous puissions faire notre choix, le choix de Dieu, et découvrir comment nous pouvons prendre les moyens que Dieu nous donne pour aller vers Lui.
AMEN