APPRENDRE LE DON TOTAL

Jr 1, 17-19 ; Mc 6, 17-29
Martyre de St Jean Baptiste - (29 août 2001)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

V

oici venues les noces de l'Agneau" avons-nous chanté pour acclamer cet évangile. Voici venues les noces de celui qui témoigne de l'Agneau avons-nous entendu dans cet évangile. Voici ces noces, comme une sorte de caricature du banquet messianique, comme une sorte de caricature du banquet dont nous parle Isaïe, caricature de ce festin qui se prépare sur une montagne. L'Agneau est égorgé, cherché dans sa prison. Une chose me frappe, c'est même l'absence de désir de la fille d'Hérodiade. Elle est sans désir, elle n'a aucune idée de ce qu'elle peut demander, elle est obligée de s'en référer à sa mère, elle est obligée pour ce festin de demander à sa mère, qui figure ce qu'il y a avant, elle est incapable d'imaginer ce qu'il peut y avoir après. Elle danse, elle a de la séduction, elle a peut-être une certaine grâce, mais il lui manque pour aimer, le désir. Le désir qui commençait à tarauder le cœur d'Hérode, désir de changer, qui à la voix de ce témoin de l'Agneau avait envie de vivre autre chose. Hérode contre son gré est obligé d'aller faire chercher Jean-Baptiste pour le tuer.

Je me disais aussi en écoutant cet évangile que c'était peut-être de cette scène-là que venait l'aversion du curé d'Ars pour les bals. Peut-être avait-il peut que quand la séduction et la grâce est simple­ment seule, quand elle n'a pas ce désir qui nous oriente vers le bien, vers quelque chose de nouveau, vers cette nouveauté du Royaume, à ce moment-là il tourne court et cela peut même finir par un meurtre. On connaît cette violence qui peut saisir des assem­blées, qui peut saisir aussi une école, une banlieue. Et face à cette violence, l'évangile ne transige pas, il ne cherche pas de faux-fuyant, l'évangile ne cherche pas à gommer cette violence, et à faire comme si elle n'existait pas, comme si c'était simplement une pa­renthèse qui serait des temps anciens. Mais l'évangile prend acte de la violence, loin de la négliger, de l'ou­blier, de la gommer, l'évangile assume cette violence au point de nous la faire vivre encore aujourd'hui. L'évangile ne dit pas qu'il n'y a plus de violence, il ne dit pas non plus que le progrès viendra à bout de toute violence, l'évangile ne dit même pas que la morale va résoudre tous les problèmes de violence. Non, mais l'évangile nous parle de la violence, l'assume, mais, puisque le Royaume de Dieu appartient aux violents, il oriente cette violence, il met dedans un désir plus grand. Il met dans cette violence le désir du ciel, le désir de donner sa vie, il y met le désir de dire son fait au roi. Il met au cœur de cette violence quelque chose qui la dépasse, qui l'assume mais qui l'oriente vers quelque chose de plus grand. C'est peut-être ce qui manque à tous ces jeunes qui ont cette violence au cœur. Ce n'est pas en les mettant sous tranquillisants dans les banlieues qu'on va résoudre le problème de la violence, mais ce serait peut-être en leur offrant un désir plus grand, une façon plus géniale de se donner.

Me revenait aussi ce mot de l'abbé Pierre. Un jour, il avait accueilli un jeune qui pensait se suicider, c'est-à-dire qu'il voulait violemment mettre un terme à sa vie. Et il a dit à ce jeune : "Ecoute, je veux bien que tu te suicides, mais dans trois ou quatre jours. Avant, aide-moi à démarrer cette communauté d'Emmaüs, aide-moi à pouvoir rendre service, à offrir un toit à ceux qui n'en ont pas". Et ce jeune est resté trois jours, quatre jours, dix ans, vingt ans, il est devenu un pilier d'Emmaüs. On lui avait offert un désir plus grand que cette violence qui l'habitait, cette violence intérieure, on lui avait offert un désir, on avait permis de le laisser nommer son désir, d'aller au bout de son désir, et ainsi, il en était venu à bout de cette violence qui le saisissait, pour une autre violence, plus grande qui est celle du don qui caractérise de façon privilégiée ce saint Jean-Baptiste que nous fêtons aujourd'hui.

 

AMEN