L'AMI DE L'ÉPOUX SE TIENT À LA PORTE
Jr 1, 17-19 ; Mc 6, 17-29
Martyre de St Jean Baptiste - (29 août 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Basilique Saint Denis : détail des stalles
Martyre de saint Jean-Baptiste
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a place de Jean-Baptiste est à la charnière de l'Ancien et du Nouveau Testament, il est le chaînon qui relie ces deux testaments. Dernier et le plus grand des prophètes car il ne s'est pas contenté d'annoncer le Messie, il l'a désigné, Jean est aussi apôtre puisque c'est lui qui, le premier, a montré, a fait connaître le Messie. Et cependant tout en étant ainsi semblable à un apôtre, Jean n'est pas un apôtre. Il est moins qu'un apôtre et paradoxalement c'est là sa grandeur, car s'il est à la porte du Nouveau Testament, s'il touche le Messie, si c'est lui qui le manifeste à Israël lors du baptême au Jourdain, Jean n'entre pas dans ce Royaume nouveau, dans ce Testament nouveau dont il est l'initiateur. Il n'y rentre pas, non pas parce qu'il n'en serait pas digne mais parce que son rôle est précisément de se tenir à la porte, d'être celui comme il l'a dit merveilleusement qui est : "l'ami de l'Epoux et qui se tient là, à la porte et qui est rempli de joie à entendre la voix de l'Époux". C'est là sa joie, elle est parfaite, elle lui suffit.
Dans sa mort, dans son martyre, Jean-Baptiste a la même place exceptionnelle, unique. Il est martyr et cependant il est martyr avant la Passion du Christ c'est-à-dire qu'il ne connaît, en quelque sorte de la Pâque du Christ que son versant antérieur Jean-Baptiste est mort avant que ne soit révélée la Résurrection du Christ. A la différence d'Étienne, le premier des martyrs du Nouveau Testament, à la différence de tous ceux qui suivront Étienne et qui, à travers les siècles, les âges de persécution, donneront leur vie pour le Christ et qui, comme Étienne voient "le Fils de l'Homme debout à la droite du Père", le Fils de l'Homme ressuscité, vers lequel ils s'avancent à travers les pierres et les tortures qu'ils reçoivent, c'est le Christ Lui-même qui déjà vit en eux, sa Pâque et sa résurrection, à leur différence Jean-Baptiste n'a connu que la face négative de la Pâque. Il est mort sans connaître encore le mystère de la résurrection. C'est pourquoi il y a dans le mystère de Jean-Baptiste, dans sa vie et dans sa mort, quelque chose de particulièrement déchirant, austère et dur car Jean-Baptiste a avancé dans la foi pure et même dans une foi qui ne savait pas encore la totalité de l'objet attendu. Comme Abraham, il vivait dans la Promesse, dans une promesse non dévoilée.
Peu avant sa mort, quand il était en prison, Jean-Baptiste a envoyé ses disciples auprès du Christ lui demander : "Es-tu Celui que nous attendons ou faut-il en attendre un autre ?" car il ne connaissait pas encore la plénitude du mystère que, pourtant, il était chargé d'introduire et de manifester au monde. Et d'une certaine manière, le doute a pu habiter Jean-Baptiste sur la signification de sa mission car il était de l'essence même de cette mission que la lumière sur laquelle elle débouchait ne soit pas vécue sur la terre par Jean-Baptiste. Jean-Baptiste est mort dans l'attente de la Pâque du Christ, avant que cette Pâque ne soit réalisée et il est mort pour attendre, avec tous les justes de l'Ancien Testament, ce Jour où s'accomplirait la Résurrection et l'accomplissement de toutes les promesses. Cette mort de Jean-Baptiste a quelque chose de particulièrement tragique et grave car il l'a vécue avec le même absolu, le même don de soi que les martyrs et pourtant, il ne savait pas pleinement sur quoi cette mort devait déboucher.
Sachons prier, avec une ferveur particulière Jean-Baptiste car il est peut-être celui qui est le plus à même d'aider tant de nos contemporains qui connaissent à la fois une grande générosité dans leur cœur et ne savent pas très bien sur quoi cette générosité doit et peut déboucher. Autour de nous, beaucoup d'hommes ne connaissent pas le mystère de la foi et cependant ils le vivent dans leur cœur, dans leur chair. Ils vivent une identification à un Christ dont ils n'ont pas encore déchiffré le visage. Jean-Baptiste qui a été jusqu'au bout de cette foi, de cette adhésion au Christ dont il ne discernait pas encore tous les traits, pourrait être le patron particulier de tous ces hommes de droiture, de bonne volonté, de don d'eux-mêmes, qui sont appelés au mystère du Christ sans Le connaître pleinement encore.
AMEN