JALOUSÉ ET ENVIÉ
Jr 1, 17-19 ; Mc 6, 17-29
Martyre de St Jean Baptiste - (29 août 1998)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

Saint Denis : Martyre de saint Jean-Baptiste
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V |
oilà un très bel évangile. Non pas par ce qu'il raconte, mais par sa force dramatique, ce qui a donné lieu aussi à un très bel opéra de R. Strauss, et qui raconte qu'en fait, Hérodiade est amoureuse de Jean le Baptiste, comme sa fille. Et ce que je vais dire, c'est un peu cet opéra qui me l'inspire, en disant que ce que l'on ne peut pas posséder, on le tue.
C'est assez étonnant, mais Jean-Baptiste a tout pour lui : il a tellement tout pour lui qu'il en perd la tête au sens propre et figuré du terme. Il en perd la tête parce que quand quelqu'un en a trop, on a envie de l'avoir, de le posséder, ou au contraire, on le jalouse ; on l'envie, on le rejette, on le tue. Ou encore, on l'aime tellement, que la seule façon de le posséder c'est de l'avoir dans la mort, au moins nos morts sont à nous.
Jean-Baptiste a tout pour lui, n'est-il pas celui qui est issu d'un milieu très favorable, proche du Temple, puisque son père offre le sacrifice, que sa naissance commence sous les meilleures auspices, annoncée par l'ange de Dieu, ce qui donnera à son père de chanter cette gloire de Dieu, qui constitue une des plus belles hymnes des laudes, en désignant le Christ Soleil Levant qui vient nous visiter, dont Jean-Baptiste prépare la venue.
Quelle grandeur et quelle beauté pour cet homme que d'avoir à être celui qui annonce la lumière sans déclin, que d'être celui qui est le plus grand des prophètes, parmi tous les enfants des femmes, il va être celui qui va désigner le Christ, le Messie, celui qui est tant attendu. Celui-là même que dès l'origine de sa vie est capable de dire, de prononcer une parole, en tressaillant dans le ventre de sa mère, d'être bouleversé par cette venue du Christ, de la chanter, de la danser, au cœur même du corps de sa mère d'être déjà tout imprégné de cette venue du Christ, dont il aura l'honneur de baptiser la vie apostolique. Puisque le Christ recevant le baptême de Jean le Baptiste peut commencer à annoncer le royaume, la conversion, le Seigneur parmi nous, le royaume grandit dans vos cœurs.
Il est celui-là même qui désigne sous le nom le plus véritable, ni celui de Fils de l'Homme, ni celui de Christ, mais simplement d'Agneau, c'est peut-être le nom qui va le mieux à Jésus, celui qui désigne celui qui est à la fois tendre, celui qui est à la fois humble, petit, et qui pourtant, conduit. Jean-Baptiste a tout pour lui. Il est même respecté des plus grands de ce monde, de son époque, Hérode quelque part, l'aime, il aime l'écouter, et Hérode, je dirais s'est contenté de le mettre en prison, parce que c'est une manière de le posséder, de l'avoir chez lui, tout près, et peut-être de mieux écouter sa parole. Mais, voilà qu'il sera mis à mort. Parce que tout simplement la meilleure façon de posséder la seule chose, la seule réalité qui compte à ses yeux, c'est le Seigneur, et pour le posséder, il faut qu'il se dépossède lui-même, pour l'avoir, il faut qu'il ne s'écoute plus, pour l'aimer, il faut qu'il donne sa vie. Et c'est cela le martyre de Jean-Baptiste. Pourquoi le martyre de Jean-Baptiste est-il un vrai témoignage ? Pourquoi la mort serait-elle plus explicite que la parole plus forte que la prophétie plus éloquente que tous les signes que Jean-Baptiste a posé ? Eh bien, parce que la seule manière de posséder le Christ, c'est de mourir à soi-même. Quand on a tout, ne plus rien être, quand on a pour soi la reconnaissance n'avoir plus que le désir de n'être rien, et que l'avoir en mourant à son tour.
C'est ce que disaient aussi les grands théologiens, c'est d'aimer l'autre plus que soi-même. C'est l'aimer, plus que l'on a tout reçu, plus que l'on est, plus que tout ce que les autres vous donnent, et Jean-Baptiste, accepte le plus grand des prophètes, celui qui a été désigné par le Christ lui-même et qui a été reconnu dans sa mission, celui qui finalement aurait eu bien des voix pour faire soulever une coterie, un parti, un groupe, un peuple qui l'aurait suivi. Tout abandonner, tout donner, se laisser déposséder pour avoir le seul bien : telle est la vie, tel est le martyre de Jean-Baptiste.
Je crois frères et sœurs que Jean-Baptiste est vraiment la figure la plus réussie de ce que doit être aujourd'hui, le chrétien. Souvent, d'ailleurs, on parle de la Vierge Marie, comme si eux-mêmes doutaient du chrétien, de ce qu'il est. Mais, parfois, en nous laissant emporter par notre amour, elle nous dépasse, on l'a mis trop loin.
Alors, regardons Jean-Baptiste : il est si près de nous, par notre baptême, ne sommes-nous pas comme lui, prophète porteurs de la parole de Dieu ? Par notre baptême ne sommes-nous pas comme lui, prêtre exerçant un ministère, pas fils de prêtres, mais, appelés justement à accomplir le véritable sacerdoce, celui du sacrifice pas de l'autre, mais de soi... et puis, le roi, revêtu de sa dignité, de cette reconnaissance de tous, être fils de lumière, c'est ce que nous donne le baptême. Prêtres, prophètes et rois, nous avons tout. Le baptême nous a tout donné.
Et notre vrai baptême sera pour nous-mêmes quand nous saurons nous laisser nous déposséder et à notre tour tout donner. Et de toute façon, comme le dit si bien l'imitation de Jésus-Christ, au soir de votre vie, il faudra tout abandonner, tout laisser, vous déposséder, alors là, nous accomplirons notre baptême. A l'image du martyre de saint Jean-Baptiste, nous aussi nous serons des martyrs, et c'est là que nous posséderons, ou plus exactement, que le Christ se donnera pleinement à nous.
AMEN