MARTYRE DE SAINT JEAN-BAPTISTE
Jr 1, 17-19 ; Mc 6, 17-29
Martyre de St Jean Baptiste - (29 août 1986)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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aint Jean-Baptiste était cette "voix qui crie dans le désert" pour que soient redressés les sentiers tortueux, pour que soit préparé un peuple pour la venue de son Sauveur. Une voix qui crie dans le désert, c'est-à-dire une voix qui s'adresse à des gens absents, à des gens qui ne veulent pas écouter, à des gens qui ne sont pas préparés à entendre cette voix. La prédication de Jean-Baptiste, certes, a introduit le Christ dans le monde, et en même temps elle se solde par un échec symbolisé par cette relation complexe du Baptiste avec Hérode. Hérode à qui Jean reproche l'inceste qu'il commet et qui pour cette raison jette Jean-Baptiste en prison, mais en même temps Hérode qui aime entendre la voix de Jean-Baptiste et parler avec lui car il sent bien qu'il y a un mystère dans cet homme, quelque chose qui dépasse les normes habituelles de l'humanité, Hérode pourtant qui cédera au charme de Salomé et qui fera décapiter Jean-Baptiste.
Un échec donc, et un échec d'autant plus douloureux que Jean-Baptiste le vit seul ou plus exactement, à la différence de nos épreuves, avant le Christ. Pour nous, quand nous souffrons l'échec, l'épreuve ou la mort, nous sommes sur les traces du Christ. "Il est passé avant nous" par cet échec, par cette épreuve et par cette mort. Et nous savons que s'Il a ouvert la route, Il la parcourt à nouveau avec nous. Jean-Baptiste, lui, était un déchiffreur. Il marchait avant le Christ comme un prophète, et pas seulement comme un de ces prophètes qui annoncent par des paroles les événements du salut promis par Dieu, mais un prophète qui vit dans sa propre chair les événements de ce salut. Il avait vécu la joie de l'Incarnation quand, dans le sein de sa mère, il avait exulté et dansé de joie. Il a vécu aussi la prédication de la conversion, quand il est parti au désert et dans la solitude. Il a vécu la prédication et l'échec de la prédication du Christ, quand il s'est adressé aux foules et plus tard à Hérode. Il a vécu aussi la mort du Christ, sa passion, et ceci par anticipation, sans savoir encore que le Christ, Lui aussi, souffrirait et mourrait. Il ne le savait qu'obscurément, comme un prophète pressent ce qu'il annonce, mais il suffit de lire les prophéties de Jean-Baptiste, comme celles de tous les prophètes de l'Ancien Testament, pour savoir que ce qu'ils annoncent est encore extrêmement voilé et obscur. Jean-Baptiste croyait que le Christ allait amener le jugement dernier et la fin du monde, le rétablissement de toute justice. Il ne savait pas que le Christ allait d'abord "prendre sur Lui les péchés du monde" pour en mourir sur la croix. Il ne savait pas que le jugement dernier et la victoire du bien étaient ramenés à un deuxième avènement que nous attendons encore. Il était seul sur son chemin, comme quelqu'un qui pénètre dans une forêt vierge et qui doit la défricher pas à pas.
Jean-Baptiste a été, comme Jésus nous le dit Lui-même, comme "la lampe qui luit avant le lever du soleil". Et cette lampe ne sait pas ce qu'est la lumière du soleil. Elle ne connaît que la pâle lueur qu'elle dispense elle-même, et elle ne voit autour d'elle qu'un halo de lumière assez étroit au milieu de la nuit. C'est cela qui a été la condition de Jean-Baptiste. Il a ainsi accepté, comme Il le dit lui-même, de diminuer pour que le Christ grandisse. Et il a diminué sans savoir ce que serait la grandeur et la puissance et la victoire du Christ, et sans savoir que cette victoire du Christ serait une victoire d'amour une victoire par la croix et par la mort. Et il est mort ainsi en s'effaçant devant le Christ.
Nous avons la chance extraordinaire de vivre en tenant le Christ par la main, ou plutôt en nous laissant tenir par la main par le Christ, car Il nous guide à travers un chemin qu'Il a déjà Lui-même balisé, qu'Il a déjà Lui-même traversé. Ces "chemins raboteux" qu'il faut rendre plus plats, Jésus les a déjà aplanis pour nous. Par conséquent, d'une certaine manière, nos épreuves ont déjà un goût et une signification de résurrection. Bien sûr les épreuves et la mort de Jean-Baptiste étaient elles aussi un chemin vers la résurrection, mais il vivait cela dans une confiance aveugle qu'il faisait à ce mystère vers lequel il conduisait les hommes, mais qui était encore caché à ses propres yeux.
Nous devons avoir pour Jean-Baptiste une immense vénération et une très grande tendresse. C'était un homme dur et sévère, c'était un homme austère, c'était un homme qui a eu une fonction, une mission extrêmement difficile puisqu'il a fallu qu'il avance seul en avant du Christ. D'une certaine manière ce chemin qui est le nôtre et que le Christ a ouvert devant nous, Jean-Baptiste a été le premier à le parcourir en avant même du Christ. Il fait donc partie, avec Jésus de ces défricheur de notre propre vie, de ces défricheurs de nos propres épreuves.
Nous pouvons prier Jean-Baptiste pour ceux de nos frères qui, ne connaissant pas le Christ, se trouvent un petit peu comme Jean-Baptiste à marcher à tâtons à travers les difficultés de leur vie, parce qu'ils ne savent pas que le Christ les a précédés, et parce que, même si le Christ est près d'eux, ils ne voient pas son visage, ils ne connaissent son Nom. Jean-Baptiste est un peu le patron de tous ceux qui sont sur le seuil du Royaume, de tous ceux qui ont cette difficulté particulière d'être sauvés comme à leur insu et sans savoir tout à fait comment ils sont sauvés. Alors, tout en rendant grâce pour la révélation qui nous a été faite du mystère du Christ et pour cette merveilleuse lumière qui nous enveloppe et qui fait que nous savons que nous sommes conduits et protèges, tout en rendant grâce, nous prions avec beaucoup d'affection pour tous ceux qui ne savent pas ou qui ne savent pas encore et qui, cependant, traversent des épreuves semblables aux nôtres. Que Jean-Baptiste soit pour eux, un protecteur plein de douceur et d'attention et qu'il les aide à vivre leurs épreuves avec le Christ, même s'ils ne savent pas qu'Il est auprès d'eux, qu'Il les aide à ne pas perdre l'espérance et la confiance et, à travers la nuit, à pressentir la lumière qui vient.
AMEN