MARTYRE DE SAINT JEAN BAPTISTE

Jr 1, 17-19 ; Mc 6, 17-29
Martyre de St Jean Baptiste - (29 août 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Denis : Martyre de saint Jean-Baptiste

C

 

et Hérode Antipas n'était pas aussi sanguinaire, aussi cruel et aussi méchant aussi soupçonneux, aussi jaloux, aussi envieux que son aïeul Hérode le Grand. C'était un brave gouvernant, un brave homme on aurait dit. Il avait de la sympathie pour Jean-Baptiste. Il l'avait fait arrêter parce que, tout de même quand on commence à critiquer publiquement la vie privée des souverains, cela finit par faire déborder le vase. Et Hérode l'avait mis en prison, sans doute, simplement pour qu'il se taise et qu'il ne soit pas un ferment de révolte qui était déjà un peu partout latente dans ce pays. Et cependant, lorsqu'il en avait l'occasion, il faisait venir Jean auprès de lui et il lui demandait des conseils ou, comme nous dit saint Marc, "il avait du plaisir à l'entendre."

C'est ce même Hérode Antipas qui était très curieux de voir Jésus et qui, au moment de la Passion sera très intéressé de le rencontrer. Bref, on dirait que chez cet homme, la caractéristique principale c'est la lâcheté. C'est précisément, je crois le sens du martyre de Jean-Baptiste. D'une certaine manière, Jean-Baptiste ne meurt pas comme héros d'une grande cause. Parce qu'il avait souci de préparer au Seigneur un peuple bien disposé, Jean-Baptiste voulait toucher le cœur de tous les membres du peuple, c'est pourquoi il prêchait au bord du Jourdain, et c'est sans doute aussi la raison pour laquelle il avait prêché contre Hérode en lui demandant, à lui aussi, de se convertir, car en tant que souverain Hérode devait avoir un rôle dans l'accueil du Messie. La prédication et les reproches de Jean-Baptiste au monarque ne constituent pas une sorte de revendication acariâtre et moralisante. C'est véritablement l'appel à l'accueil du Royaume. Et d'une certaine manière, on se demande si Hérode n'était pas prêt à l'écouter., Mais voilà, ce qui manque pour accueillir le Royaume de Dieu dans le cœur d'Hérode c'est le sens d'une véritable fidélité et d'une véritable exigence. Au fond, lorsque Jean-Baptiste a prêché au peuple, il lui a rappelé la Loi qui lui avait été donnée. Il a rappelé à ce peuple que, s'il voulait être le peuple qui accueille le Messie, il fallait que son attitude vis-à-vis de la Parole de Dieu soit celle d'une obéissance et d'une fidélité sans condition.

Je crois que c'est cela le cœur même de la passion de Jean-Baptiste : la passion de Jean-Baptiste pour son Dieu. C'est que, brûlant du sens de la venue du Messie, de la venue du Royaume qui est imminente, il ne peut pas se taire, il faut qu'il dise l'exigence radicale à ce peuple qui appartient à Dieu, l'exigence radicale d'obéissance, de vie selon la Loi. Et une telle prédication ne pardonne pas, et c'est ce qui est arrivé. Autour d'Hérode, sa femme, Hérodiade, la femme de son frère Philippe et Salomé sa fille, sont là, qui elles, n'ont pas du tout de préoccupation d'accueillir le Royaume, ou plus exactement de se conforter cette part qui est plus que la moitié du royaume qu'Hérode promettait, car je pense qu'en faisant disparaître Jean-Baptiste, Hérodiade et Salomé s'assuraient fermement la succession. Et bien, pour elles le problème n'est pas d'accueillir le Royaume. Et parce que Hérode n'est pas d'une fermeté absolue sur la parole de conversion qui lui a été adressée par Jean-Baptiste, Hérode cède et quand il cède, il cède de façon terrible en faisant tuer Jean-Baptiste et en faisant mourir celui qui était pourtant, en Israël le signe, le précurseur de la venue du Royaume.

En nous-mêmes, il y a toujours quelque chose qui n'est pas prêt à accueillir le Royaume et plutôt que de nous convertir, nous préférons laisser mourir en nous la vie de la Parole de Dieu, ou même parfois de façon plus radicale, de mettre à mort en nous cette vie de la Parole de Dieu.

Que le martyre et le témoignage de Jean-Baptiste nous rappellent le sens véritable de la venue du Royaume. Cette venue exige de notre part une adhésion inconditionnelle. Cette venue exige de notre part une conversion totale. Et si, de temps à autre, nous en prenons à bon compte avec les paroles de l'évangile, souvenons-nous d'Hérode et de Jean-Baptiste. Parce qu'il n'a pas voulu prendre au pied de la lettre l'appel à la conversion, à cause de la venue du Messie, il en est venu à tuer celui qui en était le héraut. Que soient renouvelés en nous, à la fois ce désir de la venue du Royaume et le sens des exigences qu'il nous propose.

 

AMEN