HOMME TOTAL
1 Jn 4,7-16; Jn 15,9-17;
Saint Augustin - (28 août 2004)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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I |
l y a saint Augustin, le commando de la théologie, celui qui est sur tous les fronts, celui qui a l'âme du combattant et qui monte pour combattre les hérétiques, les schismatiques, les donatistes, le pélagianisme. Cet homme puissant qui est capable d'aligner autant d'ouvrages. Il y a le saint Augustin qui est le chirurgien de l'âme, celui qui est capable de découvrir dans le cœur et dans l'âme humaine, tout le désir que nous portons pour aller vers le Seigneur, et qui est si bien décrit dans le livre de ses "confessions".
Il y a ce saint Augustin catholique, total, complet, universel, celui qui sait tout, qui a écrit sur tout, qui s'y connaît autant sur la Trinité, que sur l'écriture musicale. Il y a cet homme qui, encore dans ses écrits, a donné un souffle tel qu'encore maintenant dans la théologie chrétienne, surtout occidentale, la grande question reste celle de la grâce et du péché. Il y a ce saint Augustin qui a réfléchi sur la politique et dont on a même fait un "isme" : l'augustinisme politique. En fait, il y a un homme qui a un poids si fort, si on prend même le terme de "gloire" en hébreu, la gloire, c'est le poids, Augustin est si glorieux, qu'il a un poids extraordinaire sur la pensée occidentale, tel qu'il semble presque écraser. A tel point qu'on parle de saint Augustin et de saint Thomas, et puis … pas grand-chose d'autre !
C'est un homme qui est du côté du pouvoir, de la force, et c'est vrai que face à un homme pareil, nous aussi, quand nous ne savons pas trop défendre notre foi, nous aimerions avoir cette plume acerbe et puissante de saint Augustin, pour défendre nos convictions chrétiennes face aux païens qui nous entourent. Il y a encore ce saint Augustin si séduisant dans ses "confessions", et quand on l'entend, nous aimerions partager et vivre avec intensité cette relation avec Dieu. Bref ! Nous avons l'impression que saint Augustin est du côté de l'athlétisme de la foi et de la spiritualité, et que, comme peut-être nous le faisons actuellement, nous restons devant la télévision pour regarder les athlètes, les sportifs accumuler les médailles aux jeux olympiques, nous nous sentons un peu dans la même situation devant saint Augustin. On le regarde aligner toutes les médailles sur tous les fronts, on se sent lointain, admiratif, mais lointain. Admiratif comme nous le sommes pour certains sportifs, mais lointain, parce que nous avons l'impression que ce qu'il vit, ce qu'il écrit, nous ne pourrons jamais le réaliser. C'est au-delà de nos forces, au-delà de nos capacités.
Et enfin, il y a un Augustin peut-être beaucoup plus humain, c'est celui dont je voudrais parler aujourd'hui. C'est un Augustin plus humain dans certains de ses écrits encore actuels, et puis, dans d'autres écrits qui ont été découverts, il y a peu de temps. En 1975, un autrichien a découvert des lettres inconnues de saint Augustin. Des lettres de saint Augustin vieillissant, des lettres datant de 418 à 428, puis un Augustin encore faible et fragile, c'est celui des années 397, c'est un tout jeune évêque qui vient se frotter au monde difficile de Carthage, une ville frondeuse. Tous ces écrits nous ont fait découvrir un Augustin faible, un homme qui avait du mal à se confronter aux foules, un homme qui se faisait siffler dans les assemblées chrétiennes qui ne restaient pas comme vous, assis tranquillement en attendant que le prédicateur finisse enfin de parler pour passer aux choses sérieuses. En fait, cet homme, pour moi, touche quelque chose de l'enseignement. C'est un homme qui touche l'autorité. Je crois que saint Augustin n'est jamais autant du côté de l'autorité que quand il est faible et fragile, et que les gens ne l'écoutent pas plus que ce qu'il ne faut ! Ce que nous apprend saint Augustin, c'est la différence entre (on va faire un peu de latin en l'honneur de la fête de saint Augustin), la postestas et l'auctoritas. La "potestas", c'est ce saint Augustin dont je parlais au début, cet homme qui paraît nous enseigner de haut, avec toute la puissance dont il est capable. Mais heureusement, il y a ce saint Augustin qui et du côté de l'auctoritas, et là, c'est celui qui sait faire émerger dans celui qui écoute, tout ce qu'il y a de plus beau, tout ce qu'il y a de plus fort, toutes ces capacités, ces possibilités qui sont cachées et que le maître sait faire surgir et faire grandir comme une plante grandit. C'est saint Augustin qui écrit, alors qu'il est jeune évêque : "Evidemment, toutes ces fonctions d'enseignement auraient bien pu être remplies par un ange. (Pourquoi pas effectivement un ange qui viendrait écrire un cinquième testament et qui nous raconterait tout sur la Trinité, sur la grâce et le péché ?) Mais la condition humaine serait avilie si Dieu paraissait se refuser à adresser sa parole aux hommes, par le ministère des hommes. Au surplus, la charité elle-même unit étroitement les hommes par le lien de l'unité n'aurait pas accès auprès des esprits pour faire épancher l'un dans l'autre et comme les fondre ensemble, si les hommes n'avaient rien à apprendre par le ministère des hommes."
Frères et sœurs, en ce jour de la saint Augustin, que ce maître nous apprenne ceci : où que nous en soyons dans notre foi, quand bien même nous n'ayons pas écrit de traité sur la Trinité, quand bien même nous n'ayons pas écrit les confessions, que ce maître nous rappelle qu'il faut nous mettre à la seule école qui existe. Le seul Maître pour nous, c'est le Seigneur Jésus-Christ, afin que nous aussi, nous sachions donner le goût aux autres, de découvrir et de faire surgir cette présence fécondante de l'Esprit Saint qui vit dans le cœur et dans l'âme de tous nos contemporains.
AMEN