SAINT AUGUSTIN

1 Jn 4,7-16; Jn 15,9-17;
Saint Augustin - (28 août 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Bar-sur-Aube : Saint Augustin

P

 

ersonne, peut-être, dans l'Église de Dieu, n'a su parler de la rencontre intime de chacun de nous avec son Seigneur, comme l'a fait saint Augustin. Peut-être parce que son expérience du péché, de l'éloignement de Dieu, de ce qu'il appelle "la région de la dissimilitude", peut-être parce que cette expérience qui l'a profondément marqué, a ouvert les portes de son cœur à la miséricorde et à la soif de Dieu. Et personne, peut-être, dans l'Église, n'a mieux parlé de la communion des chrétiens, les uns avec les autres, de ce mystère, précisément, de l'Église, qui fait que nous sommes un seul corps. Tant il est vrai que l'expérience de Dieu et l'expérience de la communion avec nos frères ne sont qu'une seule expérience, celle de cet unique amour dont Dieu est la source et qui, jaillissant sans cesse de son cœur pour étancher notre soif, pour rendre fertile l'aridité de notre cœur, cette source jaillissant de Dieu et nous remplissant, rejaillit, en quelque sorte, indéfiniment, de notre propre cœur vers celui de nos frères, afin de nous unir dans cette même charité qui est la charité de Dieu.

Quelques phrases de saint Augustin pour illustrer à la fois ce sens de l'intimité avec son Seigneur et ce sens de la communion de l'Église. "O Vérité, Lumière de mon cœur, je me suis englouti dans les choses d'en bas et je suis devenu obscurité. Mais, de là-bas, même de là-bas, je T'ai profondément aimé. Je me suis égaré, mais je me suis souvenu de Toi. J'ai entendu Ta voix, derrière moi, me disant de revenir. Et maintenant, voici que je reviens tout brûlant, haletant, vers Ta source. Que nul ne m'en éloigne. Que j'y boive et y trouve la Vie ! Les fils des hommes espèreront à l'ombre de tes ailes. Ils seront enivrés des délices de ta maison. Tu les abreuveras au torrent de ta Joie, car auprès de Toi est la source de la Vie."

Après avoir cité le psaume, saint Augustin commente : "Donne-moi quelqu'un qui aime et il comprendra ce que je dis. Donne-moi quelqu'un rempli de désir, quelqu'un qui a faim, qui va, pèlerin en cette solitude, qui a soif, qui désire la source de la patrie éternelle, donne-moi celui-là et il comprendra. Si je parle à quelqu'un au cœur sec, je parais radoter à ses yeux. Mais celui qui a soif, me comprendra."

C'est le même saint Augustin qui parle à ses fidèles, quand il est devenu évêque et il leur dit : "Je veux vous chercher, parce que j'ai moi-même été cherché. Je veux vous trouver parce que moi-même, j'ai été trouvé. Aussi bien sait-il dire : Je vous donne un commandement nouveau. Vous étiez comme une maison en ruines, vous ne songiez pas à élever au Seigneur une demeure. Vous restiez comme enseveli sous vos ruines. Mais lorsque après la captivité, on rebâtissait le Temple, le peuple s'écriait, comme nous le trouvons dans un psaume, "Chantez au Seigneur un cantique nouveau, chantez au Seigneur, toute la terre." Et ce que le Seigneur appelle cantique nouveau, c'est ce que dans l'évangile il appelle aussi commandement nouveau, car ce qu'a de neuf ce cantique nouveau, qu'est-ce, sinon un nouvel amour, car chanter est le propre de celui qui aime. Et nous chantons encore : "Une chose qu'au Seigneur je demande, c'est d'habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie".

"Dieu habite dans les siens car ils sont Sa demeure. Ceux qui habitent la maison du Seigneur sont eux-mêmes la Maison du Seigneur, maison qui contemple sa douceur, qu'Il protège comme son Temple, qu'Il cache au secret de sa Face. Et vous, comme des pierres vivantes, devenez le Temple de Dieu, soyez comme des voiles corruptible pour former en vous-même la maison de Dieu."

"Recevez et mangez le corps du Christ, puisque, dans le corps du Christ, vous devenez, maintenant membre du corps du Christ. Quand vous mangez cette nourriture, quand vous buvez cette boisson, elle se change en vous et vous aussi vous êtes changés au corps du Christ. Si vous avez la vie en vous, vous serez une chair avec Lui, comme il était prédit dans la Sainte Écriture : ils seront deux en une seule chair. Et c'est pourquoi nous sommes un seul pain, nous sommes un seul corps, si nombreux que nous soyons. Commencez donc à recevoir ce que vous avez commencé d'être. "

Frères et sœurs, que l'amour de Dieu, pressenti, découvert, vécu, que cet amour qui est venu nous chercher au fond de notre péché et qui a illuminé notre vie, que cet amour qui éblouit nos yeux et transfigure nos cœurs, que cet amour fasse de nous une Église, car il n'y a pas d'Église, si ce n'est fondée sur cet unique amour de Dieu. Et nous ne pourrons être frères que si nous avons, d'abord, découvert à quel point nous étions aimés par Dieu, à quel point nous étions ses enfants. Et c'est seulement cette source-là qui peut nous rassembler, dans ce cantique nouveau, dans ce commandement nouveau. Et comment nous aimerions-nous les uns les autres, comment pourrions-nous constituer non seulement un seul peuple, mais un seul corps, un seul pain, comme le dit saint Augustin à la suite de saint Paul, comment pourrions-nous ainsi constituer un seul corps si nous n'étions pas nourris du corps du Christ, si nous n'étions pas abreuvés de son amour et remplis de sa lumière.

 

AMEN