MÈRE ET FILS : MONIQUE ET AUGUSTIN
1 R 17, 17-24 ; Lc 7, 11-17
Ste Monique - (27 août 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, vous aurez compris le choix de la première lecture et de l'évangile, il s'agit à chaque fois d'une relation entre la mère et un enfant, et à chaque fois comment l'intercession de la mère permet de sauver son enfant. Cela induit d'une manière toute particulière cette relation qui existait entre Monique et son fils Augustin, et qui est résumée dans la prière que nous avons entendu au début de l'eucharistie, le fait que Monique est vénérée particulièrement parce qu'elle a su attendre à temps et à contretemps, prier, pleurer, geindre auprès de Dieu afin d'obtenir la conversion de son fils, et lui assurer une vie éternelle.
Il faut se rappeler avant tout que Monique est une femme extrêmement simple, elle est chrétienne au milieu de ce quatrième siècle, et elle s'est mariée avec un homme païen, ce que nous appellerions aujourd'hui un mariage mixte, c'est-à-dire une femme baptisée et un homme non baptisé. Une femme très simple dont on a dit à partir d'un témoignage de son fils, que quand elle était jeune elle était portée sur la boisson, une femme tellement simple que lorsqu'elle a accompagné Augustin à Milan, elle a voulu continuer à observer des coutumes païennes contre lesquelles l'Église se battait à l'époque, il s'agissait d'offrir des libations sur le lieu des sépultures. Saint Ambroise a essayé avec sa délicatesse et sa fermeté légendaires, d'expliquer à Monique que ce n'était pas la tradition à Milan, et qu'il valait mieux cesser ce genre de pratiques.
Face à elle, il y a saint Augustin, qui n'a pas une foi simple, car ce qui compte pour lui, c'est l'intelligence, la culture. C'est un homme extrêmement cultivé, à tel point que comme pas mal d'homme de son temps, il a mis un frein face à sa conversion et face à l'évangile à cause de questions culturelles. Pour un homme lettré, lire l'évangile et l'Ancien Testament dans un latin de bas étage, mal écrit, moche, si loin de la belle écriture de Virgile, c'est insupportable. Un Dieu ne peut pas se révéler à travers une aussi mauvaise grammaire et un aussi mauvais vocabulaire. Et puis, il faut bien l'avouer, le texte de la Révélation pose beaucoup de problèmes. saint Augustin ne trouve pas réponse à toutes ses questions, et par conséquent, comme certains de ses contemporains, il va se tourner vers certaines sectes qui elles, répondent à toutes les questions. Il tombe dans ce qu'on appelle l'idéologie, à savoir, je peux prendre un livre dans lequel je trouve les réponses à toutes mes questions. Cela fait chaud au cœur dans le cœur d'un tel intellectuel comme saint Augustin, d'avoir un discours parfait à proposer à ses auditeurs.
Mais je voudrais aborder la relation de la mère et du fils sur le mode de la communion des saints. La mère de saint Augustin a été (ce sont les suisses qui le disent), déçue en bien. La prière de Monique, qu'est-ce que c'était ? c'était de dire : Seigneur, je te confie mon fils, afin qu'il devienne un bon chrétien, qu'il quitte cette concubine avec qui il vit et dont il a eu un enfant, pour qu'il puisse faire un beau mariage et qu'il devienne un bon chrétien. Elle a été déçue en bien parce qu'elle ne demandait pas tant, que son fils devienne évêque. Quand nous prions pour la conversion de quelqu'un, faisons attention à ne pas prier pour qu'il se convertisse comme nous voudrions qu'il se convertisse. En soi, la prière de Monique n'a pas été exaucée, mais elle a été exaucée au-delà de ce qu'elle espérait dans sa foi de femme simple.
Dans l'autre sens, on pourrait croire que saint Augustin traîne un peu sa mère dans tout le bassin méditerranéen, il quitte l'Afrique du Nord, il pense décrocher un poste très important à Milan, et puis il est là à traîner avec une mère qui n'est pas très cultivée, pas très intelligente, et qui le poursuit de ses assiduités pour qu'il se convertisse. Qu'attendre d'une mère aussi pauvre ? Qu'attendre en héritage d'une mère pareille ? Je crois que paradoxalement, saint Augustin pouvait se dire que son héritage culturel il devait le puiser dans les poètes et les grands rhéteurs de l'époque, et notamment dans cet homme extraordinaire qu'était saint Ambroise, et pourtant, Augustin va recevoir un héritage de sa mère. Quel est cet héritage ? C'est peut-être tout simplement la ténacité, car je crois qu'il ne suffit pas d'avoir une fois de bas étage pour être chrétien, mais il ne suffit pas non plus d'avoir de l'intelligence intellectuelle pour être chrétien. En quelque sorte, ce qu'est devenu saint Augustin, c'est une rencontre entre sa soif culturelle, le fait que lui était fait comme ça, mais aussi qu'il vécut à travers son intelligence et sa culture, dans sa foi personnelle et son ministère épiscopal, s'il n'avait pas su puiser dans la foi de sa mère qui était une foi affective et tenace.
Quand on lit les œuvres de saint Augustin, on est frappé par la grande intelligence intellectuelle et en même temps par cette proximité affective, cette relation affective qu'il a avec son Dieu. Dieu n'est pas pur lui une entité intellectuelle, un dogme, C'est véritablement un Dieu qui est venu habiter parmi nous et donner sa vie pour chacun de nous.
C'est ce que je vous invite à méditer ce matin au cours de cette eucharistie, cette communion des saints qui a pu exister entre une mère et son fils, et que nous sommes invités à vivre les uns avec les autres, si ce n'est en famille, du moins dans la communauté paroissiale que nous formons.
AMEN