AJUSTER LA RELATION
Ez 27, 9 b +25-36 ; Lc 7, 11-17
Ste Monique - (27 août 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, l'histoire officielle de sainte Monique, la mère de saint Augustin est connue jusqu'à sa caricature, puisque généralement ce que l'on aime garder de ce personnage, c'est une femme qui dans jeunesse avait un petit peu trop tendance a descendre au cellier pour boire un petit peu trop de vin, une femme très dévote qui a eu le malheur de se marier avec un païen, et cette pauvre femme a essayé de poursuivre son fils afin qu'il puisse enfin servir le vrai Dieu. Et au milieu de tout cela, son fils qui avait une concubine et un enfant, et dont elle a cassé le ménage pour que son fils puisse faire un beau mariage, convenable, pas devant la mairie ni l'église, puisque cela n'existait pas à cette époque, mais en tout cas un mariage reconnu et non pas ce système qui existait à l'époque, du concubinage. Monique, une femme pas très sympathique, une femme qui ressemble un peu à celle de l'évangile qui vient en bas des fenêtres su juge, qui crie jusqu'à ce que le juge enfin, lui fasse grâce.
Pourtant, si on regarde bien le texte qui est proposé dans le Livre des Jours, et qu'on appelle communément l'extase d'Ostie, je crois qu'on y trouve quelque chose de très beau sur la relation entre saint Augustin et sa mère. Au-delà de cette caricature, on découvre qu'à force de vivre avec les gens, on ne les connaît pas, et qu'on risque effectivement de passer à côté d'eux. Hélas, il faut le dire comme ça, l'expérience commune fait que nous découvrons la valeur de la personne au moment même où cette personne nous quitte, c'est-à-dire au moment de sa mort. Il nous arrive bien souvent, en période de deuil après la mort d'un conjoint, après la mort d'un enfant, d'une mère ou d'un père, de nous retrouver assis devant la table, chez nous, et de nous dire : en fait, c'est vrai que mon père me cassait un peu la tête, mais il n'était pas que cela. En fait, je commence à découvrir quelque chose du Royaume de Dieu qui m'était passé sous le nez, du vivant de cette personne défunte.
Ce qui est très beau dans l'extase d'Ostie, c'est qu'Augustin et sa mère vont vivre comme à l'avance, cette expérience que nous faisons généralement trop tard. L'extase d'Ostie, c'est saint Augustin avec sa mère, qui vont converser et qui vont ouvrir leur cœur réciproquement, et qui vont réussir justement, à se dire, ce que très souvent, nous disons après la mort de ceux que nous aimons. C'est cela que je trouve très beau, la capacité dans cette extase que chacun a eu de pouvoir dire à l'autre, et je vais me permettre de vous lire quelques passages de ce moment, d'une mère qui ouvre son cœur à son fils. Elle a l'impression que sa mission est arrivée à son terme. Et quelle était cette mission. C'était de faire découvrir le Dieu vivant, à son enfant. Maintenant, sa mission étant terminée, elle se dit qu'elle n'a plus de place et qu'elle peut maintenant mourir. "Oubliant le passé et tendus vers l'avenir, Augustin et sa mère cherchaient ensemble auprès de la vérité, c'est-à-dire auprès de Dieu, ce que serait la vie éternelle." Cette vie éternelle, qu'est-ce que c'est ? C'est cette confession, et j'ai envie de prendre le mot de saint Augustin pour l'appliquer à sa mère, "mon fils, plus rien ne me donne du plaisir en cette vie, que ferai-je maintenant, pourquoi y suis-je encore, je ne le sais pas ? Une seule chose me faisait désirer de m'attarder dans cette vie, c'était de te voir avant ma mort chrétien catholique. Dieu m'a plus que comblée sur ce point puisque je vois que tu es son serviteur au point de mépriser les joies terrestres. Qu'est-ce que je fais ici ?" saint Augustin répond : "Je ne me rappelle guère ce que j'ai répondu à cette parole." Ce qui est beau, c'est ce qui suit, et c'est la réaction de l'autre fils de Monique qui va lui dire : "maintenant, je ne veux pas que tu meures". Cela aussi nous donne une indication très précieuse dans la relation d'amour que nous avons les uns pour les autres. C'est vrai que très souvent, vis-à-vis d'une personne qui est en train de mourir, et quelquefois dans de grandes souffrances, nous sommes là, presque aveuglés par notre amour en disant : accroche-toi, ne nous quitte pas etc … C'est exactement ce que fait le deuxième fils de Monique, qui lui dit : je ne veux pas que tu meures, reste encore. Cette démonstration que nous croyons être du côté d'un véritable amour, est plutôt du côté de l'égoïsme. Le véritable amour est quelquefois de savoir, quand nous accompagnons un être cher, qui est vraiment au bout de sa vie et de ses souffrances, de pouvoir lui dire, maintenant je te laisse partir en paix. Je reconnais, pour avoir fait quelques accompagnements de préparation aux obsèques, avoir entendu des gens qui m'ont dit avoir pris la main de leur père, de leur mère, en disant, écoute, maintenant, tu as fait tout ce que tu avais à faire, nous t'aimons, nous te donnons "le droit" de partir et de te reposer.
Je crois que ces deux attitudes sont très belles, à la fois celle de saint Monique, et celle de saint Augustin, au regard justement de son autre frère. Elles nous disent cette relation d'amour dans une totale liberté que nous devons avoir les uns envers les autres, et cet engendrement d'une mère pour son fils, et de l'accompagnement d'un fils pour sa mère, doit être du côté de la gratuité, et de l'accomplissement du bonheur de celui que nous portons.
Que cet exemple de relations maternelles et filiales de saint Augustin et de sainte Monique, nous rappellent cette très belle relation que nous avons à vivre avec nos parents, avec les enfants.
AMEN