GOÛTER DIEU ENSEMBLE : A CHACUN SA SOIF !
He 12, 3-6 ; Lc 7, 11-17
Ste Monique - (27 août 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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n fêtant sainte Monique, la fête de la mère d'un saint, nous nous approchons du problème de la transmission de la foi, dans le cadre de la famille, ou dans le cadre de l'Église qui est la famille élargie, il est intéressant de noter que saint Augustin dont nous avons les témoignages sur sa mère, son caractère, son insistance, caractères assez communs de la Méditerranée, la mère méditerranéenne, mais il est intéressant de noter que le moment le plus déterminant où il fait état de cette transmission, c'est la fameuse extase d'Ostie, une extase commune, qu'ils auraient vécu tous les deux. Je vous cite simplement les premiers mots de la manière dont Augustin rapporte cette contemplation commune : "Oubliant le passé et tendus vers l'avenir, nous cherchions ensemble auprès de la Vérité, c'est-à-dire auprès de Toi, ce que serait la vie éternelle des saints que l'œil n'a pas vue, que l'oreille n'a pas entendu, que le cœur n'a pu concevoir. Nos cœurs s'ouvraient avidement au flot céleste de ta source, la source de Vie qui est en Toi". Cela pourrait servir de mot d'ordre pour la catéchèse. S'ouvrir ensemble à la source de vie qui est en Toi.
Parler de transmission de la foi, c'est savoir jusqu'où on peut prononcer le don de Dieu, l'annonce de Jésus-Christ, pour que cela soit entendu et reçu. Il y a des façons de le dire qui assourdissent. Il y a des gens qui ont des manières de faire qui vous imposent l'évangile, en ce qui me concerne, je pars en courant, et je vais au cinéma, parce que cette manière de faire cache une sorte de condescendance, l'assurance que nous, nous savons, et que lui ne sait pas encore. Dans ma vie, j'ai toujours glissé entre les mailles de ces évangélisations forcées, bourrées de bonne volonté et de générosité, mais qui, pour ma part, me provoquent plutôt la nausée qu'autre chose, parce qu'elles me privent de liberté. J'ai toujours préféré, parce que c'est ce qui s'est passé dans ma vie, et c'est pour cela que je m'y intéresse, rencontrer des gens auprès de qui j'ai la liberté pour goûter avec eux un bout de Dieu. Je n'avais pas tellement envie qu'ils m'en parlent, mais j'avais plutôt envie d'avoir le loisir d'aller puiser à la mesure de ma soif en eux. Et c'est tout différent des gens qui veulent vous expliquer ce qu'ils croient, et qui au fond cachent mal le désaccord qu'il y a entre leur vie de surface et leur vie de profondeur, et celui qui se laisse visiter spirituellement par un ami, un compagnon, pour ensemble goûter à Dieu. Mais on ne peut pas passer d'emblée du whisky au lait, quand on commence à rencontrer Dieu, on commence par le lait, et l'on prendra les boissons plus fortes un peu plus tard. Il faut laisser à l'autre le loisir d'inventer la manière dont il vient puiser et la soif qui va avec, et pas d'emblée lui imposer la soif qui est la nôtre aujourd'hui : ah ! tu ne connais pas Jésus-Christ ? Mais comment as-tu fait jusqu'à ce jour ? Bon, il est quand même là ! C'est pour cela que la transmission de la foi n'est pas tellement un cas d'annonce, sauf dans les cas liturgiques, où il y a une proclamation de la Parole, il y a une annonce du kérygme, on prononce les mots de la foi, mais ici, c'est pour les entendre qu'il y a cette prononciation, cet énoncé.
Mais dans un cadre plus amical, plus spirituel, et derrière les livres d'Augustin, il se plaint quand même pas mal de sa mère ce qui est le lot commun de beaucoup de gens sur terre, mais c'est un autre problème. En même temps, ce qu'il retient d'elle, c'est cette contemplation commune, parce qu'elle a dû notoirement le harceler, et quand ce n'était pas elle, c'était saint Ambroise, donc, il y avait de quoi. Mais par contre, ce qu'il retient du vrai trésor quelle lui a transmis, c'est cette contemplation commune, cette manière de s'être laissé visiter avec son fils, pour ensuite, ensemble, s'approcher de la source de vie qui est Dieu. Moi, je préfère cette manière-là. Evidemment, elle n'est pas très évangélisatrice au sens musclé du terme. Si les gens ne viennent pas, ils loupent quelque chose, évidemment, c'est plus compliqué que cela. D'ailleurs, juste au début de ce livre des confessions Augustin dit : "Il arriva que par l'effet de tes arrangements mystérieux, qu'un jour, quelqu'un ayant entendu, ayant croisé un homme intérieur, un homme habité par la contemplation, va voir cet homme et vient doucement éveiller sa soif". A mon avis, l'évangélisation, la vraie, la transmission de la foi, se fait sous le régime de la pudeur, qui est simplement de prendre en compte ce que l'autre peut recevoir et pas davantage.
AMEN