LE FACE A FACE DE LA MORT ET DE LA VIE
Col 1, 3-6 ; Lc 7, 11-17
Ste Monique - (27 août 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT
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e m'arrêterai sur ce texte d'évangile que nous venons d'entendre, ce texte qui est propre à saint Luc, ce texte qui annonce aussi ce qui sera dit plus loin quand Jésus dit à ses disciples : "allez rapporter à Jean ce que vous voyez et entendez, les sourds entendent, les aveugles voient, les boiteux marchent et les morts ressuscitent".
La scène rapportée par ce texte est absolument très bien campée. Un cortège s'avance, le cortège de la vie. Le Christ avec ses disciples, je dirais déjà à l'avance, l'Église, le Christ qui s'avance dans une sorte de mouvement d'allégresse, de mouvement de joie, Dieu qui vient visiter son peuple. C'est un cortège sans doute tout à fait étonnant. On peut s'imaginer une foule de gens de toutes conditions et dans le joie de rentrer, de s'avancer comme cela dans un village. On s'attend à une réception, on s'attend à quelque chose, on s'attend à un événement qui va, comme la présence d'un cirque dans un tout petit village, qui va apporter de la joie au village. Mais à la porte de la ville, on croise un autre cortège, sans doute que le cimetière est à l'extérieur de la ville. Les deux cortèges se font face à face, le cortège de la vie et le cortège de la mort. Une foule considérable, un événement dramatique, une mort prématurée, un fils unique qui vient de mourir, et sa mère qui est en pleurs. Les deux cortèges se font face à face. Ils sont l'un devant l'autre comme dans ces scènes de western où l'on voit le héros et le méchant en face à face dans une ville écrasée de soleil, et l'on ne sait pas qui va tirer le premier. Et c'est la vie qui s'approche de la mère de ce fils unique, pour lui dire de ne pas pleurer. La vie fait le premier pas, la vie a toujours un temps d'avance, la vie imagine l'espérance qui est au-delà. La vie ne s'arrête pas devant la mort, et quand la vie trouve la mort, elle en fait de la vie aussi. Ce fils est rendu à la vie en étant rendu à sa mère, et les deux cortèges ne font plus qu'un seul, pour entrer dans la ville, le cortège de la vie et le cortège de la mort. C'est l'histoire de deux cortèges qui fusionnent. C'est l'histoire d'une mort qui est engloutie par la vie. C'est l'histoire d'un saisissement de la mort par la vie qui est plus forte.
Ce récit est programmatique et annonce à l'avance aussi le cortège qui sort à l'extérieur de Jérusalem pour aller mettre en terre le Fils unique de la Vierge Marie, ce cortège qui s'avance, et Marie qui pleure, et Dieu qui console cette mère, sans doute en lui faisant se rappeler cet épisode. Ce récit annonce à l'avance la mort et la Résurrection du Fils unique, ce récit annonce à l'avance la mort et la Résurrection de ce Fils particulier mis un vendredi sur la croix et ressuscité le troisième jour. Ce récit annonce à l'avance la consolation de Marie, Notre-Dame des douleurs élevée dans la gloire.
Mais ce récit aussi annonce à l'avance la consolation d'une mère particulière, la mère de ce Fils particulier qui est Augustin. En montant en voiture, j'avais sur France-Culture, une émission qui parlait sur problème des frères de saint Augustin, et tout le monde se divisait pur savoir s'il avait des frères, mais personne ne tranchait la question. C'est l'annonce de la consolation de cette mère particulière qu'est Monique, qui par ses prières a obtenu la conversion de son fils, ce fils qui était mort à la foi, puisqu'il avait épousé les idées manichéennes de son temps, et il embrasse la foi de l'Église, cette mère qui est consolée dans la résurrection de son fils, ce fils qui errait par des chemins détournés et qui est rendu à la vie, rendu à sa mère qui est l'Église.
Monique est aussi une figure de l'Église qui attend ses enfants, qui pleure, peut-être le départ de ses enfants, qui est là veillant dans la prière, attendant le retour de ses enfants, attendant la naissance à la vie éternelle, la naissance à la foi d'autres "Augustin", pour qu'elle puisse trouver dans ces nouveaux "Augustin" qui frappent à sa porte, des docteurs, des amoureux de Dieu.
AMEN