LA PUISSANCE DES LARMES SILENCIEUSES

2 Th 3, 1-7 ; Lc 7, 11-17
Ste Monique - (27 août 2001)
Homélie du Frère Yves HABERT


N

ous fêtons donc aujourd'hui sainte Monique, mère de saint Augustin. La question est de savoir si elle est sainte parce qu'elle a accou­ché d'un tel fils ou si sa sainteté en fait est avant le développement de la taille de son fils. Et il est bon de constater que la liturgie suit un ordre génétique, on fête la mère avant de fêter le fils demain.

Sainte Monique est un cas tout à fait particu­lier dans la sainteté puisque tout ce que savons sur elle, nous le tenons de son fils. C'est le livre neuvième des Confessions où saint Augustin "raconte" sa mère, ces "Confessions" de saint Augustin que tout chrétien devrait avoir lu, c'est évidemment très différent des confessions de Jean-Jacques Rousseau, il ne s'agit pas des confessiond d'un aveu de turpitudes, mais de confession de ce que le Seigneur a fait dans sa vie, confession de grâce, confession de cadeau. Et saint Augustin confesse le cadeau qu'a été sa maman dans sa découverte de la foi. Ce qui est très particulier aussi dans ce livre neuvième, c'est qu'il n'occulte pas la réalité de ce qu'était sa mère. Il ne supprime pas, il ne gomme pas même des épisodes peu glorieux. Il ra­conte ainsi que sa mère ayant été élevée par des pa­rents autoritaires, qui ne voulaient pas qu'elle boive entre les repas, peut-être par réaction, quand elle allait chercher du vin à la cave, elle goûtait le vin. De cette enfance, elle avait gardé un goût immodéré pour le vin. Saint Augustin ne cache pas ce penchant. Mais il raconte aussi comment sa mère va être délivrée de l'alcoolisme : un jour une servante lui reproche son goût immodéré du vin, et saint Augustin dit dans les confessions : "Si les amis parfois nous gâtent par leurs cajoleries ou leurs flatteries, quelquefois des ennemis nous corrigent par leurs invectives". Il note que parfois la vertu passe par nos ennemis, même par des personnes qui nous en veulent ou qui ont des pro­pos un peu forts à notre sujet.

Le drame de sainte Monique, c'est que son grand fils qui est très curieux va épouser les thèses des manichéens qui est une hérésie, qui entraîne une simplification de la foi chrétienne, pour faire un peu rapidement. Sainte Monique va par ses larmes, par sa constance, par son amour pour son fils, va ramener son fils à la foi chrétienne. Et quand son mari va mou­rir, son mari avec qui elle n'a peut-être pas eu forcé­ment un agréable commerce, cet homme était em­porté, elle va suivre Augustin qui s'embarque pour Rome. Sainte Monique sera là aussi pour la conver­sion de son fils en 386, et elle assistera aussi à son baptême un an plus tard. Ce qui est étonnant lorsque son fils est baptisé, qu'il a trouvé la foi chrétienne, quand son fils pourra s'élancer dans cette carrière ful­gurante, ce géant de la littérature chrétienne, de la sainteté que nous fêterons demain, pour Monique, sa tâche est accomplie. Et ce qu'elle a obtenu, elle l'a obtenu par ses larmes. Elle est exactement comme cette petite veuve de Naïm dont nous parle l'évangile, ces larmes qui ont touché Jésus, ces larmes qui sont comme une sorte de parole silencieuse, ces larmes qu'elle adressait à Dieu pour la conversion de son fils. Ce que peut-être tous ses efforts n'avaient pas pu ré­aliser, les larmes vont frayer le chemin pour que le fils trouve Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.

Ensuite il y a cette page admirable que je vous conseille de lire sur la mère et le fils qui se quittent à Ostie avec la révélation d'Ostie, et la mère va dispa­raître, laissant son fils faire sa trace.

Confions à Dieu toutes les difficultés que nous éprouvons parfois à amener des personnes pro­ches à la foi, surtout quand c'est un fils, une fille, un frère, une sœur, des personnes que nous voudrions tellement amener à la foi. Demandons à Dieu, parfois le don des larmes, peut-être, demandons à Dieu de ne pas être importuns envers celui avec qui le Seigneur prend plus de temps, nous qui avons eu cette chance de toucher à la foi. Confions particulièrement aussi toutes les mères qui ont perdu un enfant et qui sentent aussi douloureusement cette disparition.

 

 

AMEN