LES LARMES DANS LA PRIÈRE

Jg 16, 10-14 ; Lc 7, 11-17
Ste Monique - (27 août 1993)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

e passage de la résurrection du fils de la veuve de Naïm semble tout particulièrement s'appliquer à ce qu'a pu vivre Monique, la mère de saint Augustin, et au rapport entre saint Au­gustin et sa mère. Certains prédicateurs ou commen­tateurs ne portent pas Monique dans leur cœur car c'était une mère possessive, une femme à la volonté tenace et à laquelle il ne devait pas être facile de tenir tête. C'était ce qu'on appelle une "femme forte". Le fait que l'on puisse avoir des défauts qui pour d'autres sont des qualités n'est pas un empêchement à la sain­teté. C'est un peu finalement ce que nous montre le visage de sainte Monique. En somme, si elle n'avait pas eu ce caractère bien trempe, peut être que son fils n'aurait pas eu, lui aussi un caractère assez bien trempé pour résister avec la vigueur et la ténacité voulue aux hérésies qui se développaient à son épo­que. Sa manière obstinée de se battre contre le péla­gianisme est peut-être une qualité aujourd'hui recon­nue de saint Augustin, mais qu'il faut savoir aussi reconnaître comme un héritage de sa mère Monique.

Le rapport entre la mère et le fils fait aussi comprendre un autre aspect de leur relation. Monique a trouvé en elle la force d'élever quatre enfants dans un contexte très difficile, à une époque où une veuve seule n'avait pas de sécurité sociale et des moyens pour s'en sortir. Ce courage d'élever ses enfants se retrouve dans sa manière de se situer par rapport à eux et spécialement à Augustin. Elle estime le prix de la vie comme important mais pas simplement la vie physique mais aussi la vie spirituelle. C'est pourquoi elle n'a eu de cesse de convertir son mari qui ne le fera qu'à son lit de mort. De même elle n'aura de cesse de considérer qu'Augustin devrait avoir une vie spiri­tuelle à la hauteur de ce qu'il est, ce qui est remarqua­ble pour une femme. Si la vie physique n'est pas sous-tendue par une vie spirituelle intense, l'être est mort et peut-être vaudrait-il mieux qu'il meure physiquement que spirituellement. Monique avait engendré son fils saint Augustin physiquement, mais c'est dans les lar­mes et la prière qu'elle l'engendra à la vie spirituelle.

Il faut donc savoir rendre grâces à cette femme qui avait compris le secret même de la vie et dont l'ambition maternelle pour son fils n'avait rien à voir avec une ambition de ce monde. Elle avait à cœur de voir son fils être un saint. Nous avons donc en elle le visage d'une femme entière qui ne va pas par quatre chemins pour comprendre le prix de la vie spirituelle, le prix de la communion avec Dieu. Je laisse le fils parler de sa mère qui avait une vertu de réconciliation. Elle savait être pour tous une véritable mère et ré­concilier parfois les extrêmes. Écoutons un extrait des Confessions.

"A cette fidèle servante dans le sein de la­quelle vous m'avez créé, ô mon Dieu, ma miséricorde, vous avez encore départi une qualité précieuse. Quand deux âmes étaient en dissentiment et en conflit, elle ne s'employait qu'à rétablir la paix entre elles. Elle avait beau recevoir de part et d'autre de ces récriminations amères comme en vomit une ini­mitié toute gonflée de griefs et qui en a gros sur le cœur, quand en présence d'une amie, les ressenti­ments mal digérés se répandent en acides confidences sur le compte d'une ennemie absente, elle ne rappor­tait de l'une à l'autre que ce qui pouvait contribuer à les réconcilier. Je tiendrai une pareille discrétion pour vertu chrétienne si une triste expérience ne m'avait fait voir l'innombrable de gens qui, par je ne sais quelle hideuse contagion de péché partout ré­pandue, s'en vont répéter à des ennemis irrités les propos d'ennemis irrités, bien mieux y ajoutent des choses qui n'ont pas été dites. Un homme vraiment digne de ce nom ne devrait-il pas songer que ce n'est pas assez de ne jamais exciter ni accroître l'inimitié d'autrui si l'on ne s'emploie par surcroît à les éteindre par de bonnes paroles. Telle était ma mère. Et c'était vous, son Maître, qui l'aviez formée ainsi dans la se­crète école de son cœur."

 

AMEN