LA PRIÈRE D'INTERCESSION
Jr 18, 1-12 ; Lc 7, 11-17
Ste Monique - (27 août 1985)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ette page d'évangile s'applique parfaitement à la situation de Monique à l'égard de son fils Augustin. Si nous voulons bien considérer que la résurrection du fils de la veuve de Naïm est le signe non seulement d'une résurrection physique qui nous est promise, mais aussi de la résurrection spirituelle des pécheurs que nous sommes, nous pensons que les pleurs de la veuve de Naïm qui ont été le motif pour lequel Jésus a ressuscité son fils, sont étroitement semblables aux pleurs de Monique qui a obtenu de Dieu qu'Il ressuscite spirituellement son fils pécheur Augustin. Et le parallèle est d'autant plus frappant qu'il nous est dit dans l'évangile que " le mort se redressa, s'assit et se mit à parler" et que Saint Augustin quand il a été ainsi ressuscité de son péché, par l'intercession de sa mère, s'est mis à parler puisque son rôle dans l'histoire de l'Église est d'être le plus grand des prédicateurs de la Parole de Dieu et du message qu'Il nous ait transmis.
Le point sur lequel je voudrais insister à la fois dans l'histoire de Monique et d'Augustin et dans ce passage d'évangile, c'est que la prière de quelqu'un peut obtenir le salut de quelqu'un d'autre. Ce sont les prières et les pleurs de sainte Monique qui ont préparé le cœur d'Augustin à cette conversion. Par une communication mystérieuse qu'il n'est pas nécessaire d'imaginer comme étant consciente et psychologiquement ressentie ce n'est pas nécessairement parce qu'Augustin a vu pleurer sa mère et qu'il a compris sa détresse, qu'il a été amené à se convertir. Plus profondément il y a une communication mystérieuse entre le cœur des uns et le cœur des autres, c'est ce qu'on appelle la communion des saints. Et dans l'évangile, il arrive à plusieurs reprises que ce soit l'acte de foi de quelqu'un qui sauve et obtienne la guérison ou la résurrection de quelqu'un d'autre. Ici c'est bien évident, le jeune homme mort ne pouvait pas prier le Christ de le ressusciter, mais c'est sa mère qui a intercédé pour lui, et elle a intercédé d'ailleurs silencieusement, sans rien demander, par le simple fait qu'elle pleurait et que le Christ a été touché de compassion, en la voyant pleurer. Mais ailleurs dans l'évangile il nous est raconté, par exemple qu'un paralytique avait été amené à Jésus et que ceux qui le portaient avaient une telle foi que, ne pouvant approcher de Jésus directement par la porte à cause de la foule qui envahissait la pièce où se trouvait Jésus, ils ont enlevé le toit pour faire descendre le paralytique devant Jésus. Et l'évangile nous dit : "Voyant leur foi, Jésus guérit le paralytique". Il y donc un enseignement sur la communion des saints, c'est-à-dire sur cette possibilité que les actes d'amour que nous posons soient non seulement source de salut pour nous-mêmes mais aussi source de salut pour les autres, pour ceux que nous aimons. Non pas d'une manière automatique, bien entendu, nous ne pouvons pas nous convertir à la place des autres, il faut que le cœur de ceux pour qui nous prions soit réellement touché et que ce cœur s'ouvre réellement à la grâce de Dieu. Mais d'une manière mystérieuse l'amour qui manque peut-être à certains de nos frères pour que leur cœur s'ouvre, pour que leur cœur accepte de se laisser toucher par Dieu, peut être compensé par l'amour que nous pouvons apporter, par un surplus dans notre vie, par un certain nombre de prières, de sacrifices, de don de nous-même, d'imploration, de pleurs, comme ceux de sainte Monique.
En effet, nous ne sommes pas devant le regard de Dieu des êtres isolés les uns des autres qui, selon l'ancien cantique n'auraient qu'une "seule âme qu'il faut sauver", mais nous sommes tous membres les uns des autres. Nous constituons un corps, un corps spirituel qu'on appelle l'Église mais dans lequel tous les membres sont interdépendants les uns des autres. Et toutes les fois où nous posons un acte d'amour, cet acte d'amour n'est pas simplement un capital que nous amassons pour notre propre salut, mais, il fait monter le niveau d'amour de l'humanité tout entière, de l'Église tout entière. Et quand nous prions, notre prière est intercession c'est-à-dire poids efficace pour les autres, aussi bien et probablement mieux que pour nous-mêmes. D'ailleurs cette intercession est très vaste et très large, et le cœur de Dieu reçoit cette intercession et en quelque sorte la redistribue selon les besoins réels du corps de l'Église, de telle sorte qu'il vaudrait mieux non seulement ne pas prier pour soi, mais à la limite ne pas vouloir prier explicitement pour tel ou tel de nos frères, mais remettre cette prière entre les mains de Dieu pour qu'Il l'utilise en faveur de ceux qui en ont le plus besoin. Et c'est ainsi que peut-être, de même que sainte Thérèse de l'Enfant Jésus du fond de son Carmel priait pour les missions et pour tous ces païens qu'elle ne connaissait absolument pas et qui étaient sauvés par sa prière, de la même manière notre prière a pu sauver tel ou tel inconnu qui, au moment précis où nous prions, a besoin de l'amour que nous donnons à Dieu pour pouvoir franchir le pas que seul il n'arriverait pas à franchir, que ce pas soit celui de la conversion ou peut-être celui de l'ultime rencontre au moment de sa mort, peu importe.
Il y a donc une très grande importance à ce que nous comprenions que tout ce que nous faisons, tout ce que nous sommes, tout ce que nous disons à Dieu est ainsi redistribué à travers tout le corps de l'Église, selon les besoins réels de ce corps. Cette communion des saints se fonde d'abord sur notre communion avec le Christ. C'est parce que le Christ, dans sa croix, a sauvé l'humanité tout entière, qu'il veut par une libéralité plus grande encore nous associer, non seulement à la réception du salut mais aussi à l'obtention du salut. Le Christ non seulement nous donne les grâces dont nous avons besoin, mais encore nous associe à l'acquisition de ses grâces (si on peut dire) dont nous ou d'autres ont besoin. C'est notre participation à la Rédemption du monde cette participation qui s'appelle co-rédemption et qui fait que tout ce que nous faisons, tout ce que nous sommes vient, en quelque sorte, se mêler à l'immense courant d'amour qui est celui de la croix du Christ, pour sauver nous, nos proches ou encore des personnes lointaines, ceux qui ont besoin d'être sauvés et qui sont perdus.
Et il est merveilleux de penser qu'au moment où notre prière et nos actes d'amour servent à sauver des inconnus qui en ont besoin, d'autres inconnus, par leur prière, nous sauvent nous-même au moment où nous en avons besoin. Il y a à une sorte d'immense circulation d'amour envers tout ce corps qui est l'Église et le cas de sainte Monique et de saint Augustin n'est qu'une application particulièrement connue et particulièrement remarquable de cette vérité de notre foi, que nous récitons dans notre Credo quand nous disons : "Je crois à la Communion des Saints". C'est une chose extrêmement profonde et extrêmement nourrissante pour notre foi et pour notre vie, quelque chose d'extrêmement consolant que de savoir que nous sommes ainsi étroitement et profondément liés les uns aux autres, parce que liés au Christ qui nous rassemble tous en un seul corps.
AMEN