CÉSAIRE, MOINE ET ÉVÊQUE

1 Th 2, 2-13 ; Mc 4, 1-9
St Césaire d'Arles - (26 août 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Césaire (Mouriès)

F

rères et sœurs, le saint dont nous faisons mémoire aujourd'hui, spécialement dans ce diocèse, car il n'est pas beaucoup connu ailleurs, c'est donc saint Césaire, évêque d'Arles. Personnage qui aurait pu passer inaperçu, il est originaire de Bourgogne, il est Burgonde. A cette époque, il faut imaginer que les relations entre la région de Bourgogne d'aujourd'hui et la région Provence et la vallée du Rhône, est pratiquement une seule région. (Pour la langue provençale, le vrai nom est burgondo provençal parce que c'était la même linguistique qui a évolué depuis Dijon, Chaumont etc … jusqu'ici). Césaire n'est pas un provençal à l'accent marseillais, c'est un homme déjà du nord, un peu carré. Très vite, il manifeste une vocation monastique dont la grande référence est le monastère des îles de Lérins qui n'est pas encore la tour que l'on voit au bord de la mer, mais ce monastère a eu un grand rayonnement sur tout le monachisme provençal.

Saint Césaire devient moine, exemplaire, soigneux. Il se situe deux générations après saint Augustin, 450-470. Césaire ne pense pas tellement à la vie pastorale, c'est occasionnellement par des circonstances un peu fortuites qu'il est appelé au siège d'Arles. Arles depuis l'Antiquité, depuis Tibère, est la vitrine de Rome. C'est la devanture politique romaine par excellence en Provence. L'urbanisme est disproportionné par rapport à la population, c'est une ville un peu de pinardiers, parce que c'est toute la vallée du Rhône qui transite par Arles, et ce ne sont pas généralement des gens qui sont confits en dévotion. Les arlésiens de l'époque, beaucoup plus riches et opulents qu'aujourd'hui, ont des prétentions pour que leur ville devienne le siège du primat des Gaules. Césaire tentera de faire monter en épingle le siège d'Arles, mais sans succès. Il se retrouve devant une population un peu paradoxale, à la fois très romanisée, mais ce qui veut dire aussi très paganisée, les catégories religieuses du diocèse d'Arles sont très marquées par la vieille compréhension romaine qui disait : je t'envoie des sacrifices pour que tu m'envoies des choses favorables. Devant une population très à l'aise, riche, commercialement active, et un arrière-pays la Camargue qui elle est plus rustre, Césaire se heurte à cette population qui n'a pas le temps de se livrer aux activités culturelles et cultuelles de la ville.

Une des originalités de la pastorale de saint Césaire est assez géniale. Il va mettre l'accent sur deux choses : il va considérer qu'il faut absolument évangéliser la campagne d'Arles. Dans ses sermons, on relève des petites notations qui sont des comparaisons agricoles sur les bergers, les troupeaux, sur la culture, les plantes, parce qu'il parle à des paysans. C'est une pastorale du terroir. La deuxième chose plus marquante, c'est qu'il a été ébloui comme beaucoup d'évêques de la région, par la prédication de saint Augustin sur la grâce, la générosité de Dieu qui sauve sans condition. Seulement il se rend très vite compte que ce n'est pas tout à fait cela qu'il faut annoncer, parce que si on dit aux gens, ne vous en faites pas, nous irons tous au paradis parce que la miséricorde de Dieu est au bout et il nous pardonnera tout, il se rend compte rapidement que les gens en abusent. Il y a donc une sorte de mouvement sur toute la région de Provence, avec les fameux Conciles d'Orange qui sanctionneront tout cela, et on a appelé ce mouvement le semi pélagianisme. On dit aux gens, oui, la grâce de Dieu fait tout, mais vous devez quand même aussi faire quelque chose. Toute la négociation pastorale de saint Césaire dit que les gens doivent mettre leur énergie pour se convertir et obéir à la parole de Dieu, mais malgré tout, c'est quand même Dieu qui sauve. Cela donne une prédication à la fois très moralisante, il insiste aussi sur le fait que c'est la grâce de Dieu qui sauve mais à condition qu'on fasse ce qu'il faut !

Il a profondément marqué son époque. Il est aussi empreint de toutes les règles monastiques glanées à Lérins, règles qui ne sont pas aussi codifiées qu'aujourd'hui, et notamment, on pense que c'est lui qui a instauré un monastère féminin à Arles. Il a trouvé une fondatrice qui était sa sœur, Césarie, et il a traduit et adapté pour un monastère de femmes la règle de saint Augustin.

C'est une figure d'évêque assez intéressante, à la fois par son souci pastoral pour ne pas laisser des couches de population hors de la prédication de la parole de Dieu, faire une prédication suffisamment simple et proche pour toucher le cœur de ces populations fortement romanisées et paganisées, et ensuite essayer d'insuffler cette perspective du salut comme grâce et finalement de faire valoir l'importance de la vie monastique qu'il ne pouvait plus vivre dans le diocèse d'Arles mais qu'il avait cependant implanté dans la communauté fondée par Césarie.

 

AMEN